SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XXI
vous en voulez trop savoir ! et en donna aussitost advis au “roy François : ». Le roi répondit sans doute de manière à faire respecter sa sœur et à inspirer à ce mari brutal la crainte des représailles, car Henri d’Albret ne s’arrogea plus le droit de tyranniser les croyances de sa femme. Marguerite eut le pouvoir de l’amener par degrés à prendre part aux pratiques extérieures qu’elle suivait en dehors de. la religion catholique ; elle lui persuada de lire la Bible, de chanter des psaumes, d’écouter le prêche, et enfin d’assister à la cène, qui, dit-on, avait lieu dans les souterrains du château de Pau 2. Le roi de Navarre parut un moment se poser en protecteur des religionnaires. Marguerite continuait à se pénétrer de la lecture des livres saints, et elle avait une foi si ardente dans les divines consolations de cette lecture qu’elle disoit à son historiographe Bertrand Élie « qu’il ne laissast aucun jour sans avoir attentivement vaqué à la lecture de quelques pages de ce livre sacré, qui, arrosant nos âmes de la liqueur céleste, nous sert de fidèle préservatif contre toutes sortes de maux et tentations diaboliques 3 ». Son enthousiasme pour la Bible se révélait par une foule de chansons et de poésies spirituelles, qu’elle composait sur des textes de l’Ancien et du Nouveau-Testament; elle emprunta même à l’Évangile les sujets de quatre comédies 4, semblables aux vieux mystères, qu’elle fit représenter dans son palais par des comédiens et des chanteurs italiens, en présence de toute sa cour, qui applaudit à-ces espèces de prêches dramatiques. Quant aux prêches