SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XXII
de Marguerite, manda cette princesse, qui se mit en route sur-le-champ avec le seigneur de Burie, gouverneur de Guienne. Dès son arrivée, le roi la gronda fort ; mais, comme elle répondit en catholique, il la crut, de préférence à tous ceux qui l’accusaient de luthéranisme. Depuis ce voyage à la cour de France, Marguerite sembla renoncer à l’exercice d’un culte qu’elle professait toujours au fond du cœur; elle se contenta d’encourager Marot, qui était revenu d’exil, à traduire en vers français les Psaumes de David, d’après la version littérale du docte Vatable, et elle fit d’abord accepter par les catholiques les plus scrupuleux ces psalmes, qu’on chantait partout, à l'instar des branles de Poitou et des noëls bourguignons. Mais la Faculté de théologie censura Fœuvre de Marot, comme infidèle et sentant l’hérésie. Le poëte, pour éviter encore une fois le bûcher, l’estrapade ou la prison perpétuelle, s’en alla compléter sa traduçtion à Genève, où Calvin ne dédaigna pas de la publier lui-même et de l'accompagner de musique pour la mettre à l’usage de l’Église réformée. Marguerite, voyant que son frère ne pouvait et ne voulait arrêter la réaction catholique contre les réformateurs, cessa tout à fait de persévérer dans une voie qui eût été funeste à ses amis, au lieu de leur être favorable: elle n’abandonna aucune de ses convictions en matière de religion, mais elle ne les étala plus en public ; et, tout en conservant un commerce de lettres assidu avec Calvin, elle se montra presque papiste : elle se confessait à François Le Picard, docteur en théologie, doyen de Saint-Germain- PAuxerrois, et communiait, de la main de ce dévot personnage, à l’église des Blancs-Manteaux, où sa piété faisait l'édification des fidèles. Mais elle s’occupait surtout de bonnes œuvres et de fondations pieuses : elle dota richement les’hôpitaux d'Alençon et de Mortagne,
distribua des sommes considérables aux pauvres, et fonda Phospice des Enfants-Rouges, à Paris, où l’on nourrissait et élevait des petits orphelins, qu’elle avait surnommés les enfants de Dieu le Père 1.
Sa charité chrétienne n’alla pas cependant jusqu’à pardonner au connétable Anne de Montmorency, qui avait cherché à la brouiller avec le roi: elle poursuivit au contraire de tous ses efforts la disgrâce et le bannissement de ce puissant favori. Le jour où la princesse de Navarre, Jeanne d’Albret, à peine âgée de douze ans, fut fiancée au duc de Clèves, à Châtellerault {le 15 juillet 1540), « ainsi qu’il la fallut mener à l’église, d’autant qu’elle estoit chargée de pierreries et de robe d'or et d'argent, et pour ce que, pour la foiblesse de son corps, n’eust su marcher, le roy commanda à M. le connestable de prendre sa petite-nièce au col et la porter à l’église : dont toute la cour s’estonna fort, pour estre une charge peu convenable et honorable en telle cérémonie pour un connestable, et qu’elle se pouvoit bien donner à un autre; de quoy la reyne de Navarre n’en fut nullement desplaisante, et dit: « Voila celuy qui me vouloit ruiner autour du roy mon frère, qui maintenant sert à porter ma fille à l’église » ; et le connestable en eut un grand despit pour servir d’un tel spectacle à tous, et commença à dire: « C’est fait désormais de ma faveur, adieu lui dis! » Comme il arriva : car, après le festin et diner des nopces, il eut son congé et partit aussitost 2 »
Ce mariage de la princesse de Navarre fut déclaré nul peu de temps après, et ce n’est qu’en 1548 qu’elle épousa Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, qui de-
1. Bayle, Diclionn. histor., articles MaroT et NAVARRE. 2. Brantôme. :