Brantôme, Dames galantes
cente qui résultait de l'intelligence des esprits et des âmes, sars exclure la vertu la plus chaste et la morale la plus rigoureuse. Ce n'était jamais de l’amour, c'était plus que de l’anitié. La lecture des anciens romans de chevalerie avait introduit à la cour ces habitudes de tendre et innocente familiarité entre les deux sexes, et leurs relations continuelles créaient dès lors cette société française dont le bon goût et la politesse devaient faire plus tard l'admiration et l’exemple de l’Europe. Louis XII
et la moins terrestre de l’amour; c’est Margueri qui a inventé les dénominations de frère et de sœuY
Le d'alliance, sous lesquelles on pouvait s’aimer et se Id dire publiquement sans encourir ni blâme ni soupçon :\
naïve réminiscence de ce bon vieux temps où tout chevalier avait sa dame et toute dame son chevalier.
Ces souvenirs plaisaient beaucoup à Marguerite, qui, dans sa petite cour d'Alençon comme dans celle de son frère, avait remis en honneur les traditions de la chevalerie ; elle s’amusait à faire renaître les cours d’amour du moyen âge, et les poètes, qui l’entouraient sans cesse en qualité de valets de chambre pensionnaires, ne traitaient pour elle que des sujets de galanterie raffinée et de doctrine amoureuse. Tels étaient aussi les sujets ordinaires qui occupaient ses inspirations poétiques. Cependant,
1. Voyez les poésies de Clément Marot et la nouvelle XXVI de l’Heptaméron.
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SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME vil
à cause de ce penchant naturel vers l’exagération des sentiments tendres, elle n’en eut que plus de mérite à résister même aux entraînements de son cœur, quoique Brantôme dise d’elle: « En faict de joyeusetés et de galanteries, elle montroit qu’elle en sçavoit plus que son pain quotidien », car elle fut aimée du connétable de Bourbon, suivant une tradition qui n’ajoute pas qu’en lPaimant avec la même tendresse elle ait jamais cessé d’être vertueuse'. Elle fut également aimée de l’amiral Bonnivet, le favori de François I®', le plus beau et le plus entreprenant des seigneurs de la cour; mais elle ne l’aimait point, dit-on, et elle eut moins de peine à résister à une audacieuse tentative de violence de la part de cêt amant dédaigné, lorsque Bonnivet s’introduisit la nuit par une trappe dans la chambre où elle couchait, et fut contraint de se retirer honteusement, son visaige tout sanglant d’esgratignures et morsures qu’elle lui avoit faictes 2.
Le procès et la fuite du connétable de Bourbon, qu’elle aurait bien voulu protéger contre le ressentiment de Louise de Savoie, furent suivis de la défaite de François I® à Pavie et de sa captivité à Madrid. Cette fatale bataille de Pavie porta deux coups terribles à la duchesse d'Alençon : car, si son frère resta prisonnier du connétable et des Espagnols, ce fut la faute de son mari Charles d'Alençon, dont la lâcheté entraîna la déroute de l’armée française et la prise du roi, ce prince, qui commandait l’arrière-garde, ayant fait sonner la retraite
1, On a bâtisur cette tradition deux romans ridicules, quoique encore estimés au dernier siècle : Histoire de Marguerite de Valois, et Histoire secrète du connétable de Bourbon. Voyez ci-après la notice bibliographique sur les ouvrages de Marguerite,
2. Elle a raconté elle-même son aventure sous des noms supposés, dans la nouvelle IV de l’Heptaméron.
au moment où son concours pouvait encore décider du sort de la journée. Le duc d'Alençon n’osait plus reparaître devant Marguerite, dont il appréhendait les trop justes reproches. Il mourut de chagrin à Lyon, le 11 avril 1525, deux mois après le funeste événement qui l'avait déshonoré aux yeux de sa femme et de la France entière.
Marguerite donna sans doute peu de regrets à son mari, en présence du malheur de son frère : c’était là son unique préoccupation. Elle dirigeait et activait les négociations qui avaient pour but le retour de François Ier dans son royaume; mais Charles-Quint les entravait par tant d’obstacles que le roi craignit de ne jamais sortir de l’Alcazar de Madrid. François 1** tomba dangereusement malade, et pendant plusieurs jours le bruit de sa mort se répandit par toute la France. « Quiconque viendra à ma porte, disait sa sœur au désespoir, m’annoncer la guérison du roy mon frère, tel courrier, fustil las, harassé, fangeux et malpropre, je l’iray baiser et acoler comme le plus propre prince et gentilhomme de France ; et qu’il auroit faulte de lit et n’en pourroit trouver pour se délasser, je luy donnerois le mien et coucherois sur la dure, pour telles bonnes nouvelles quil m'apporteroit! ! » Elle partit précipitamment pour aller donner elle-même des soins et des consolations au malade, dont elle connaissait le naturel et la complexion mieux que les médecins, tandis qu’elle travaillerait à la délivrance du prisonnier, qui refusait de se racheter au prix d’une fraction de sa couronne.
Ce fut durant ce iong et pénible voyage qu’eile mit en rimes les tristes pensées qui remplissaient son âme. Cette élégie, qu’elle composa en cheminant dans sa li-
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1, Brantôme, Dames illustres.