SUR MARGUERITE D'ANGOULÈEME IX
tière, comme la plupart de ses ouvrages, est à la fois un monument de sa piété fraternelle et un chef-d'œuvre de grâce et de sensibilité exquise :
Le désir du bien que j'attends
Me donne du travail matière,
Une heure me dure cent ans,
Et me semble que ma litière
Ne bouge, ains retourne en arrière, Tant j'ay de m’advancer désir.
Oh! qu’elle est longue, la carrière Où à la fin gist le plaisir !
Je regarde de tous costez
Pour voir s’il n'arrive personne, Priant sans cesse, n’en doutez,
Dieu que santé à mon roy donne; Quand nul ne vois, l'œil j’abandonne:
A pleurer; puis, sur le papier,
Un peu de ma douleur j’ordonne :
Voilà mon douloureux mestier !
Ok! qu’il sera le bienvenu, , Celuy qui, frappant à ma porte,
Dira : « Le roy est revenu
En sa santé très-bonne et forte! »
Alors sa sœur, plus mal que morte, Courra baiser le messager
Qui telles nouvelles apporte :
Que son frère est hors de danger !
Marguerite vint s’embarquer à Aigues-Mortes, descendit à Barcelone et arriva enfin à Madrid. L'empereur
sortit de-son palais pour aller à la rencontre de cette princesse, et il l’accompagna chez le roi, qui à la vue de sa sœur reprit tout à fait couraget. François I* disait souvent que sans elle il estoit mort, dont il lui avoit ceste obligation qu’il reconnoistroit à jamais et l’en aimeroit2. En effet, il recouvra bientôt la santé avec l’espoir de retourner dans ses États, grâce à l’intervention de Marguerite.
Celle-ci ne tarda pas à rejoindre l’empereur à Tolède.
Elle s’était fait suivre de Philippe de Villiers, grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, que le siège de Rhodes, héroïquement soutenu contre les Turcs pendant plusieurs mois de blocus et d’assauts, avait couvert de gloire. Elle entama sur-le-champ des pourparlers avec Charles-Quint, sous les auspices de l’illustre grand maître: elle offrit une somme considérable, en dehors des offres qui avaient déjà été faites; elle insista pour que la sœur de l'empereur, Madame Éléonore d'Autriche, fût accordée en mariage au roi, qui était veuf depuis un an, et déclara qu’elle était prête à épouser elle-même le connétable de Bourbon, à qui l’empereur avait promis la main de sa propre sœur. Ces nouvelles propositions n’eurent pas plus de succès que les autres.
Désespérée de n’avoir pu rien terminer avec Charles- Quint, Marguerite revint à Madrid pour faire ses adieux à son frère, et elle lui conseilla de se soustraire par la fuite à une captivité dont on ne prévoyait plus le terme. Un plan d’évasion fut même arrêté entre eux : aussitôt après le départ de Marguerite, le roi devait se noircir le visage, prendre le costume d’un nègre qui le servait dans sa prison, et s'échapper de l’Alcazar sous ce déguisement;
1. Sandoval, Historia de la vida ÿ hechos del emperador Carlos V. 2. Brantôme, Dames illustres.