‹ L'Heptaméron des nouvelles, réimprimé par les soins de D. Jouaust avec une notice, des notes et un glossaireChapitre 22 sur 36 · ET ANALYTIQUE XXXII · texte numérisé non relu

ET ANALYTIQUE XXXII

nationale, fonds Colbert, n° 7572), et il joignit au texte un commentaire historique, avec une notice sur Marguerite d'Angoulême et beaucoup ‘de documents inédits.

Le cadre de l’Heptaméron est très-ingénieux'; il appartient à l’auteur, “qui s’est inspiré probablement de ses propres souvenirs.

Dans une introduction qu’elle nomme Préface, la reine de Navarre suppose que plusieurs personnes s’étaient rendues, le premier jour de septembre, aux bains de Caulderets, dans les Pyrénées. Au bout de trois semaines, vinrent des pluies tellement fortes que « toutes les cabanes et logis dudit Caulderets furent si remplies d’eau qu’il fut impossible d’y demeurer ». Quelques baigneurs sont emportés par la rapidité des torrents qu’ils essayent de franchir; d’autres se réfugient chez des bandoliers (bandits), qui les attaquent au milieu de la nuit; d’autres se perdent dans les montagnes et sont dévorés par les ours. Les gentilshommes, dames et damoiselles qui restent encore en vie, après avoir échappé à tant d’accidents, parviennent à se retrouver, au nombre de dix, à l’abbaye de Notre-Dame de Serrance; et à, pendant dix jours que doit durer la construction d’un pont qu’on leur bâtit pour traverser le gave béarnais, ils forment le projet de se raconter, entre eux, dix histoires par jour, pour passer le temps.

La princesse avait l’intention de faire, comme Boccace, un Décaméron, c’est-à-dire cent Nouvelles divisées en dix Journées ; mais Claude Gruget a donné le nom d’Heptaméron au recueil de Marguerite, parce qu’elle n’avait pu achever que sept Journées et deux contes de la huitième, ce qui forme un Total de soixantedouze Nouvelles. On prétend que les vingt-huit autres n’ont jamais existé, quoique les manuscrits de ce recueil portent quelquefois le titre de Décaméron, comme celui qui était dans la bibliothèque du président de Thou, et qui a passé dans la Bibliothèque du roi, aujourd’hui nationale (fonds Colbert, n° 7576).

Des aventures galantes de gentilshommes, de prêtres et de moines ; des séductions de jeunes filles encore novices ; des stratagèmes ingénieux ou plaisants employés pour tromper les tuteurs et les maris jaloux, voilà quels sont à peu près les thèmes de la plupart des Nouvelles que racontent tour à tour les hôtes de Notre-Dame de Serrance. Quelques critiques chagrins et atrabilaires n’ont vu dans cet ouvrage qu’un impur ramas d’aventures obscènes et d’impiétés révoltantes; d’autres, plus modérés, y ont cru remarquer une morale peu sévère, cachée sous une apparence de candeur et de piquante naïveté; d’autres enfin, pour couper court à tout débat, n’ont trouvé rien de mieux que de se ranger de l’avis de ceux qui pensent que l’Heptaméron n’a jamais été com-

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