SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XI
mais un de ses valets de chambre fit échouer son projet de fuite en le dénonçant à l’empereur, qui ordonna seulement de chasser le nègre, et qui ajouta cette phrase conditionnelle au sauf-conduit de la duchesse d'Alençon : Pourvu qu’elle n’ait rien fait contre l’empereur et au préjudice de la nation!. François I** se vit gardé plus étroitement et séparé de ses plus fidèles serviteurs. Marguerite alla trouver Charles-Quint et lui parla st bravement et si honnestement aussi sur ce mauvais traitement qu’il en fust estonné. Elle lui dit, entre autres menaces, que, si le roi venait à mourir en Espagne, sa mort n’en demeureroit impunie, ayant des enfants qui quelques jours deviendrotent grands, qui en feroient la vengeance signalée. « Ces paroles, prononcées si gravement et de si grosse colère, donnèrent à songer à l’empereur, si bien qu’il se modéra et visita le roi, et luy promit force belles choses qu’il ne tint pourtant pas pour ce coup. Or, si elle parla bien à l’empereur, elle dit encore pis à son conseil, où elle eut audience, là où elle triompha de bien dire et bien haranguer, et avec une bonne grâce dont elle n’estoit point dépourvue 2. » Néanmoins les conseillers de Charles-Quint le poussèrent à un acte déloyal envers cette grande princesse, qui fut secrètement avertie qu’on devait, à l’expiration du délai de son sauf-conduit, la retenir prisonnière en Espagne, du moins jusqu’à ce que le roi eût cédé sur les honteuses conditions qu’on lui imposait pour sa délivrance. Mais François Ier feignit de se résigner à une captivité perpétuelle plutôt que de souscrire à son déshonneur, et, pour faire mieux croire qu’il se préparait à rester longtemps éloigné de son royaume, il data de Madrid un édit