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Madame de Roncex, estant aux Cordeliers de Thouars, fut si pressée d’aler à ses affaires que, sans regarder si les anneaux du retraict estoyent netz, s'ala seoir en lieu si ord que ses fesses et habillemens en furent souillés, de sorte que, criant à l’ayde et desirant recouvrer quelque femme pour la nectoier, fut servye d’hommes qui la veirent nue et au pire estat que femme se sçauroit monstrer *,
N la maison de M" de la Tremoille, y avoit % une dame nommée Roncex, laquelle, ung jour que sa maistresse estoit allée aux Cor-
FF deliers de Thouars, eust une grande necessité d’aller au lieu oùonne peut envoier sa chamberiere.
1. Cette nouvelle, qui se trouve être la onzième dans tous les manuscrits, est imprimée la dix-neuvième dans l’édition de 1558. Claude Gruget l’a remplacée par les Propos facetieux d’un Cordelier. Il est fort possible, d’ailleurs, que la reine de Navarre soit
l’auteur des deux nouvelles.
Et appella avecq elle une fille, nommée La Mothe, pour luy tenir compaignie ; mais, pour estre honteuse et secrette, laissa ladite Mothe en la chambre, et entra toute seule en un retraict assez obscur, lequel estoit commung à tous les Cordeliers, qui avoient si bien rendu compte en ce lieu de toutes leurs viandes que tout le retraict, l’anneau et la place estoient tout couverts de moust de Bacchus et de la deesse Cerès passé par le ventre des Cordeliers. Ceste pauvre femme, qui estoit si pressée que à peine eut-elle le loisir de lever sa robbe pour se mettre sur l’anneau, de fortune s’alla asseoir sur le plus ord et salle endroit qui fust en tout le retraict, où elle se trouva prinse mieulx que à la gluz, et toutes ses pauvres fesses, habillemens et piedz si merveilleusement gastez qu’elle n’osoit marcher ne se tourner de nul cousté, de paour d’avoir encores pis. Dont elle se print à crier tant qu’il luy fut possible : « La Mothe, m’amie, je suis perdue et deshonorée! » La pauvre fille, qui avoit oy autresfois faire des comptes de la malice des Cordeliers, soupsonnant que quelques uns fussent cachez là dedans qui la voulsissent prendre par force, courut tant qu’elle peut, disant à tous ceulx qu'elle trouvoit : « Venez secourir M'"° de Roncex, que les Cordeliers veulent prendre par force en ce retraict. » Lesquelz y coururent en grande diligence, et trouverent la pauvre dame de Roncex qui crivit à l’ayde, desirant avoir quelque femme qui la peust nectoier. Et avoit le derriere tout descouvert, craingnant en approcher ses habillemens, de paour de les gaster. A ce cry-là entrerent les gentilz-hommes, qui veirent ce beau spectacle, et ne trouverent autre Cordelier qui la tourmentast sinon l’ordure dont elle avoit toutes les fesses engluées. Qui ne fut pas sans rire de leur cousté, ni sans grande honte du cousté d’elle : car, en lieu d’avoir des femmes pour la nectoier, fut
servie d'hommes qui la veirent nue au pire estat que une femme se povoit monstrer. Parquoy, les voiant, acheva de souiller ce qui estoit net, et abaissa ses habillemens pour se couvrir, obliant l’ordure où elle estoit pour la honte qu’elle avoit de veoir les hommes; et, quand elle fut hors de ce villain lieu, la fallut despouiller toute nue et changer de tous habillemens avant qu’elle partist du couvent. Elle se fust voluntiers corroucée du secours que luy amena La Mothe; mais, entendant que la pauvre fille cuydoit qu’elle eust beaucoup pis, changea sa collere à rire comme les autres.
« Il me semble, mes dames, que ce compte n’a esté ne long ne melencolicque, et que vous avez eu de moy ce que vous en avez esperé. » Dont la compaignie se print bien fort à rire. Et luy dist Oisille : « Combien que le compte soit ord et salle, congnoissant les personnes à quiil est advenu, on ne le sçauroit trouver fascheux; mais j’eusse bien voulu veoir la myne de La Mothe et de celle à qui elle avoit amené si bon secours. Mais, puis que vous avez si tost finy, ce dit-elle à Nomerfide, donnez vostre voix à quelqu’un qui ne pense pas si légierement. Nomerfide respondit : « Si vous voulez que ma faulte soit rabillée, je donne ma voix à Dagoucin, lequel est si saige que, pour mourir, ne diroit une follye. » Dagoucin la remercia de la bonne estime qu’elle avoit de son bon sens, et commencea à dire : « L’histoire que j’ay deliberé de vous racompter, c’est pour vous faire veoir comme amour aveuglist les plus grands et honnestes cueurs, et comme meschanceté est difficile à vaincre par quelque benefce ne biens que ee soit. »
© AN S#) E matin, la compaignie ne peut si tost de ES <S venir en la salle qu’ils ne trouvassent
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