SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XII
son premier mari, ou bien à.titre d’apanage'. Henri d’Albret ne manquait pas absolument des qualités nécessaires à un prince : il était brave, il avait à cœur de bien gouverner son petit royaume et d’être aimé de ses sujets ; mais il n’avait aucune des qualités qui font le bonheur d’une femme, car il était dur, mélancolique, brutal, jaloux. Cette union fut donc souvent troublée par des divisions intestines qui eurent même un fâcheux éclat à la cour et qui exigèrent plus d’une fois l’intervention de François Ier. Des deux enfants sortis de ce mariage, le premier, nommé Jean, mourut en 1530, à l’âge de deux ans, et le second, qui était une fille, née en 1529, fut cette illustre Jeanne d’Albret qui exerça tant d'influence sur les événements politiques de son temps et qui eut pour fils Henri IV.
Marguerite, quoique vivant mal avec son mari, ne le seconda pas avec moins de zèle dans ses efforts pour améliorer la situation intérieure du Béarn. Le pays était inculte et stérile par la négligence des habitants ; ils y attirèrent de bons laboureurs choisis dans différentes provinces de France, et ils y propagèrent, par ce moyen, les meilleures traditions de l’agriculture, en centuplant la richesse du sol; ils fondèrent et embellirent des villes, bâtirent et ornèrent des châteaux, notamment celui de Pau, qu'ils avaient entouré de jardins magnifiques; réformèrent la législation coutumière du fors d’Oleron, créèrent une chambre de justice pour les appels en dernier ressort, et ouvrirent à la fois toutes les sources de la prospérité publique. Henri d’Albret ne fit aucune tentative pour reprendre la Navarre, car le roi son beau-frère, qui eut toujours trop d’ennemis sur les bras, ne put em-