Histoire générale de la Maison de France, t. I
- He A7 + XIV NOTICE HISTORIQUE
ployer une armée à cette expédition, que la puissance de Charles-Quint rendait impossible ; mais le roi de Navarre s’appliqua du moins à ne rien perdre des domaines qui lui restaient , et, pour les défendre contre les invasions des Espagnols, il couvrit de places fortes les frontières du Béarn et mit Navarreins en état de soutenir un long siége. Marguerite eut part à tous ces actes de sage gouvernement!, et elle recueillit, en récompense, l'affection des Béarnais, qui la voyaient avec joie tenir sa cour à Pau et à Nérac.
Cette cour rivalisait avec celle de France par le choix remarquable des personnes qui la composaient : c’étaient les dames les plus renommées en beauté et en esprit; c’étaient les gentilshommes les mieux faits et les mieux enlangagés; c’étaient surtout des savants, des poètes, des musiciens, des peintres, toute une brillante élite d’artistes et de littérateurs que Marguerite nourrissait et protégeait d’une main royale. Ses valets de chambre, le gentil Clément Marot, le satirique Bonavènture Des Periers, l'élégant traducteur Claude Gruget, Antoine Du Moulin, De la Haye, etc., avaient fait surnommer sa chambre un vrai Parnasse. Tout y reffntissait de musique, de vers, d’ingénieux entretiens’Ët de joyeux devis; chacun rimait, chantait, parlait, contait à son tour. Or il y avait entre ces esprits excellents un lien commun, plus fort et plus étroit que celui de l’amour des lettres et des arts : cette cour était le foyer de la réforme religieuse, ou plutôt philosophique, qui devait aboutir au calvinisme, en s’éloignant de son but et aussi de ses premiers apôtres. Marguerite, entraînée par cette curiosité inquiète et par ce doute perpétuel qui la pous-