SUR MARGUERITE D'ANGOULÈME XV
saient vers les choses nouvelles et inconnues, embrassa d’abord avec sympathie les idées et les espérances des philosophes, tels que Rabelais, Étienne Dolét, Bonaventure Des Periers, qu’on nomma plus tard thés ou libertins, et en même temps elle écoutait avec un égal cnthousione les leçons pieuses de Roussel, de Calvin, de Le Fèvre d’Étaples, qui n’étaient que des prédicateurs évangéliques.
Le dernier, dont la longue carrière avait été consacrée à la recherche de la vérité, eut surtout l’estime et la confiance de Marguerite, qui l’aimait et le respectait comme un père. Le Fèvre d’Étaples, parvenu à l’âge de cent et un ans, ne se reprochait rien dans toute sa vie, si ce n’est de s'être tenu éloigné des lieux où se distribuaient les couronnes des martyrs, et d’avoir toujours évité la mort que tant de personnes souffraient pour l'Évangile. Un jour, en 1536, comme il se laissait aller à ces regrets en présence de la reine de Navarre, qui était à table avec lui, elle le consola si bien qu’il s’écria : « Îl ne me reste donc plus que d’aller à Dieu que je sens qui m'appelle! » Puis, jetant les yeux sur elle, il ajouta : « Madame, je vous fais mon héritière. Je donne mes livres à Me Girard Le Roux; ce que je possède et mes habits aux pauvres ; je recommande le reste à Dieu.
ue me reviendra-t-il donc de votre succession? — Le soin de distribuer ce que j’ai aux pauvres. — Je Île veux, répliqua-t-elle, et je vous jure que j'ai plus de joie de cela qué si le roi mon frère m'avait faite son héritière, » Il dit adieu à la reine et aux autres convives, en se levant pour aller prendre quelque repos; ilse coucha et rendit l’âme aussi doucement que s’il se fût endormi.
1. Bibliot. françoise de La Croix du Maine, article MARGUERITE, note de Falconnet, édit. de 1772.
XVI NOTICE HISTORIQUE ù
Dès les premières persécutions contre les luthériens, en 1523, Marguerite s’était déclarée ouvertement leuravocate, sinon leur complice, et ceux-ci la regardèrent alors comme suscitée de Dieu pour rompre, autant que faire se pouvoit, les cruels desseins d’Antoine Duprat, chancelier de France, et des autres incitant le roy contre ceux qu'ils appeloient hérétiques. Elle fit sortir de prison, malgré la Sorbonne et l’inquisiteur de la foi, son poète Clément Marot, accusé d’avoir mangé du lard en carême; elle s’efforça de sauver le malheureux Berquin, qui, par son entêtement fanatique, rendit inutile cette puissante intervention auprès de ses juges; elle détourna plusieurs fois des censures et des accusations prêtes à frapper les livres et les auteurs soupçonnés d’hérésie. Bien plus, elle offrait une retraite dans sa principauté de Béarn à ceux qui étaient poursuivis et ménacés. Roussel, Calvin, Le Fèvre d’Étaples, s’y réfugièrent auprès d’elle. « Cette douce princesse n’eut rien plus à cœur, pendant neuf ou dix ans, qu’à faire évader ceux que le roi vouloit mettre aux rigueurs de la justice. Souvent elle lui en parloit, et à petits coups taschoit d’enfoncer dans son âme quelque pitié des luthérienst. »
Elle avait fait traduire en langue vulgaire les prières de l’Église, par Guillaume Parvi, docteur de Sorbonne, évêque de Senlis et confesseur du roi; elle mit entre les mains de François I ce missel français, et elle le répandit à la cour, qui faillit adopter, à son exemple, la messe à sept points et la messe en français, double hérésie bientôt réprimandée par la Sorbonne et prohibée par arrêt du Parlement. Marguerite avait, en outre, composé elle-même un poème mystique sous le titre : le