ROSES NOIRES
Nous y vivrons tous trois. Jamais le mauvais sort N'ira nous chercher là; c'est une maisonnette, Un jardin est au bout, un peu d'ombre, un peu d'eau Et surtout de bonheur! — Nous mettrons une grille Au bassin, pour garder notre enfant, pauvre agneau ! j La mère l'arrêta : « Tu l'aimes donc, ta fille! »
C'était de la folie! Et du matin au soir
On parlait de l'enfant ! Jusqu'à son mariage
Les occupait! Tous les deux, conduits par l'espoir,
Le suivaient de leurs cœurs au delà de leur âge !
Le grand jour arriva. — Du fond de sa douleur,
La femme s'écria, laissant voir un sourire :
« Ce n'est pas trop souffrir pour un si grand bonheur !
Et le mal augmentait 1 Mais elle pouvait dire :
« Préparez le berceau ! que les langes soient doux
Pour le chéri ! « C'était, hélas ! le mot suprême !
Ce ne fut pas l'enfant qui vint au rendez*vous De la vie ! Et la mère emporta sans blasphème
Sur son sein refroidi, comme un enfant qui dort, De tant de doux projets l'espérance et le gage ! Et le père suivit le funèbre équipage
Emportant trois défunts ! Son bonheur était mort.