‹ L'herbier; poésiesChapitre 23 sur 29 · ROSES NOIRES · texte numérisé non relu

ROSES NOIRES

Nous y vivrons tous trois. Jamais le mauvais sort N'ira nous chercher là; c'est une maisonnette, Un jardin est au bout, un peu d'ombre, un peu d'eau Et surtout de bonheur! — Nous mettrons une grille Au bassin, pour garder notre enfant, pauvre agneau ! j La mère l'arrêta : « Tu l'aimes donc, ta fille! »

C'était de la folie! Et du matin au soir

On parlait de l'enfant ! Jusqu'à son mariage

Les occupait! Tous les deux, conduits par l'espoir,

Le suivaient de leurs cœurs au delà de leur âge !

Le grand jour arriva. — Du fond de sa douleur,

La femme s'écria, laissant voir un sourire :

« Ce n'est pas trop souffrir pour un si grand bonheur !

Et le mal augmentait 1 Mais elle pouvait dire :

« Préparez le berceau ! que les langes soient doux

Pour le chéri ! « C'était, hélas ! le mot suprême !

Ce ne fut pas l'enfant qui vint au rendez*vous De la vie ! Et la mère emporta sans blasphème

Sur son sein refroidi, comme un enfant qui dort, De tant de doux projets l'espérance et le gage ! Et le père suivit le funèbre équipage

Emportant trois défunts ! Son bonheur était mort.

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