LES MESSAGÈRES
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LES MESS^GÈXES
-Le navire a quitté le port, il se balance Sur sa coque, et devant la verte immensité Il hésite un instant, puis tout à coup s'élance, Et suit comme un chemin sur la vague arrêté.
Il marche nuit et jour, en fuyant le sillage Dont l'angle au loin grandit, brise de son avant La lame turbulente, et poursuit son voyage, Impassible vainqueur de la mer et du vent.
146 l'herbil:
Plus rien que l'horizon sans borne ; il est le centre D'un cercle où son tranchant, comme un soc fécondant, Rejette à ses côtés les grands flots qu'il éventre, Y semant la lueur du jour en les fendant.
Le poitrail tout chargé de longs fils d'algue verte, Il court, sans se lasser, dans ce cercle enfermé. Suivant la morne route incessamment ouverte, Bercés, homme et navire, au rvthme accoutumé.
Pourtant un bruit léger, un fin battement d'ailes Vient au soleil levant rompre cette torpeur; De petits cris très doux comme un chant d'hirondelles Caressent notre oreille! On regarde, on a peur
De s'être trompé. Non ! des races inconnues D'oiseaux nouveaux, parés de nouvelles couleurs, S'abattent près de nous, semblent venir des nues. Nos oiseaux ont des chants tout différents des leurs
LES MESSAGERES I47
Eux, sont comme un parfum d'une prochaine rive, Comme des messagers qui montrent le chemin D'un pays vers lequel sûrement on arrive, Qu'on ne voit pas encore et qu'on verra demain !
Ainsi, quand son printemps tombe aux choses passées, Q.uand sa jeunesse a fui, qu'il n'a plus de dessein, L'homme autour de son front, de nouvelles pensées. Messagères d'en haut, sent voler un essaim !
II accueille, étonné, ces dernières venues. Leur gravité lui plaît, leur aspect étranger; Il ne comprend pas bien ces douces inconnues Q.ui semblent animer un rêve passager.
Célestes à demi, mais presque encor mortelles, Qui les envoie à nous et d'où nous viennent-elles" — De la rive prochaine où descend tout humain, Qu'on ne voit pas encore et qu'on verra demain !
CLAUDION
Sous ce titre : Claudion, l'auteur a rassemblé quelques fragments qui formaient à peu près le quart d'un poème dont le héros, très réel, était une sorte de Werther. Claudion se tira plus mal d'affiiire que le personnage de Gœthe : Werther se brûla la cervelle, lui n'y put parvenir, et pour cause, le pauvre garçon ! Après avoir souffert toutes les douleurs morales que la nature a inventées et perfectionne sans cesse pour l'humanité, il avait trouvé, ayant peur de la mort et horreur de la vie, un moyen terme, quelque chose qui n'est pas encore la mort et qui n'est déjà plus la vie; il avait choisi l'ivresse, il s'était « mis à boire » ! Cette fois la nature fut clémente et lui accorda l'apoplexie foudroyante.
CL^iUVIOlsL
Je H quoi, vous, mes amis, vous voulez que j'oublie Ce lien adoré qui m'attache à la vie
Et qu'ont tressé les jours heureux !
Mais ne savez-vous pas que son âme à la mienne Est unie à ce point qu'en enlever la sienne
Serait les briser toutes deux !
Parce qu'elle est partie, avez-vous donc pu croire Qu'un souvenir si doux sortait de ma mémoire,
Que mon cœur était oublieux ! A quoi bon me parler d'absence, de voj-age. Quand pour voir devant moi sourire son image
Je n'aurais qu'à fermer les yeux!
Pour que son souvenir de mon âme s'efface Il faudrait de mon cœur ôter jusqu'à la place
Que son chaste amour parfuma, Changer ces bois charmants qu'embellit sa présence. Prendre aux oiseaux leurs chants, aux forêts leur silence.
Aux cieux les astres qu'elle aima!
Aussi bien, laissez-moi; ma blessure est de celles Que ne guérissent pas les amitiés fidèles,
Et qui saignent jusqu'à la mort!
Laissez faire le temps, et, je vous en supplie. Songez qu'en me disant qu'il faut que je l'oublie
Vous me la rappelez encor!