TS
J ETANT à pleine main, comme un riche semeur Qui, dédaignant le grain de sa poche alourdie. Le lance sans compter au gré de son humeur. Voilà trois ans entiers que j'ai pris de ma vie! Mon regard ne cherchait ni terre ni sillons, J'allais semant toujours les heures, les journées. Le vent les emportait dans ses noirs tourbillons Comme les fleurs du foin à son soufile fanées ! De tant de jours passés les fantômes sont là, Je les retrouve tous et mon âme en est pleine ;
[6o l'herbier
Cet amour si léger qu'un jour il s'envola
Comme un fil de l'automne au souffle d'une haleine,
M'apparaît souriant, et je lui tends les brasl
Je revois le logis, la fenêtre, la porte,
Ma raison veut l'oubli de ce vide fatras,
L'âme qui se souvient est encor la plus forte,
Et ce passé maudit qui me poursuit partout,
En remplissant mon cœur, mes yeux et ma mémoire.
Je serais, en luttant, sûr de l'effacer tout.
Que lâche je fuirais en craignant la victoire!