LES RACINES
Les racines sont généralement la partie la plus intéressante de la betterave au point de vue agronomique ou potager. Seules celles de la poirée n'offrent pas d'intérêt. Ces dernières, qui ne sont pas utilisées, sont en général extrêmement fourchues à 5m à rot" de profondeur; c’est même une des nombreuses raisons qui font redouter aux obtenteurs de graines l’hybridation des betteraves avec les poirées, hybridation qui se traduit toujours par l'obtention de plantes « racineuses » qui se décèlent dès la première génération.
La forme des racines sauvages n’est pas nécessairement fourchue. Beaucoup de betteraves sauvages ont des racines pivotantes. Munerati donne une photographie d’une d’entre elles avec un pivot bien net (114). Nous donnons nous-mêmes trois figures de betteraves sauvages récoltées par nous, à racine très pivotante et sans radicelles latérales (fig. 11, 12 et 13).
Dans les betteraves fourragères, les racines fortement enterrées sont généralement plus riches en sucre que celles qui ont une proportion plus considérable de la racine hors terre; c’est un fait que nous avons remarqué et qui avait été signalé par Malpeaux (98). Lorsque nous avons fixé des races plus riches en saccharose et en matière sèche chez les betteraves fourragères, les descendances ont été souvent plus enterrées que dans le type courant.
M. Thouret nous a fait remarquer un caractère qui, selon lui, se trouve chez les betteraves cultivées lorsqu'elles ont été hybridées de betteraves sauvages : celui d’avoir des radicelles horizontales presque perpendiculaires au pivot de la racine. Cette forme, que nous avons vue dans des betteraves cultivées ayant monté à graine la première année dans des proportions très considérables, se retrouve dans le type sauvage figuré (fig. 14).
Les betteraves racineuses ou fourchues sont éliminées par le sélectionneur à cause de la présomption qu’elles donneront lieu à une progéniture présentant le même défaut. Ces betteraves racineuses possèdent des inconvénients connus pour la culture. Néanmoins, une racine de betterave peut se ramifier pour des raisons individuelles ou de milieu qui peuvent ne laisser aucune trace dans sa descendance : elle peut ren-
DE VILMORIN
Fig--ro- Betterave cultivée (mauvais porte-graines, collets multiples).
( Voy. page 23).
Page 28.
VILMORIN
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contrer un plan d’eau par exemple, fait qui nous a été cité par M. Hulleu, notre ancien chef du service des cultures, qui l'avait observé en Pologne sur toutes les betteraves d’un champ où le plan d’eau était remonté, à l'automne, à une quinzaine de centimètres du niveau du sol.
Le repiquage de plants, même très jeunes, provoque presque toujours la ramification de la racine.
Une terre très argileuse, la rencontre par le pivot d’une pierre assez grosse, peuvent aussi donner lieu à des betteraves fourchues. Dans un terrain très riche en humus les betteraves sont généralement plus racineuses que dans une bonne terre ordinaire; nous avons fait, à ce sujet, une expérience très démonstrative. Un même lot de sélection généalogique, cultivé en plein champ et dans une terre de jardin très riche, a donné dans le second cas, des racines extrêmement racineuses et méconnaissables. É
Inversement, des terrains sableux, profonds, favorisent l'apparition de racines à pivots allongés, sans racine latérale, de forme parfaite. Tout cela est bien connu des agronomes.
Le caractère qui consiste à présenter des racines fourchues dites racineuses n’est pas en relation directe avec la richesse. Les betteraves racineuses ont été trouvées tantôt plus riches, tantôt plus pauvres que les racines normales.
En ce qui concerne la forme proprement dite de la racine, la question n'est plus la même et paraît se poser autrement.
Blonski (16 et suiv.) (d’après Munerati) dit qu'entre plusieurs Betteraves de même diamètre à la tête, les racines les plus longues sont les plus riches; Briem (19 et suiv.), considère la tendance à sortir de terre et la forme raccourcie de la racine comme inconciliables avec la richesse; et l'opinion générale admet que la Betterave de forme allongée et difficile à arracher est toujours plus riche que celle qui est courte et d’enlèvement facile. On sait que la question a une importance capitale à l’heure actuelle en raison du problème de la main-d'œuvre. Une petite diminution de richesse serait amplement compensée par la plus grande facilité du travail et une perte moins grande, car les extrémités des racines longues sont fréquemment cassées et restent dans le sol.
Munerati (109 et suiv.), dans ses expériences, n’a pas trouvé de différences sensibles dans la richesse en sucre entre Betteraves sucrières très longues et d’autres manifestement plus courtes.
La tendance à sortir de terre, et à donner par suite des collets verts, est nettement héréditaire comme on le constate chez les Betteraves fourragères, et ne résulte pas, comme on le croyait autrefois, du peu de profondeur des labours. MM. Munerati et Mezzadroli ont analysé comparativement les parties vertes du collet et la zone non verte, et n’ont pas trouvé
de différence au point de vue richesse. De même des collets verts se sont montrés plus riches en sucre et plus pauvres en sels minéraux que des collets enterrés.
M. Saillard (155 et suiv.) nous a dit avoir plusieurs fois relevé un même lot de graines semées dans une quinzaine de champs d’expériences différents : certains champs donnaient notamment des betteraves à collet fortement hors terre, tandis que chez d’autres, les racines provenant de la même graine étaient enterrées. Il n’y avait aucune corrélation entre le collet hors terre, et la richesse. Nous n’en avons remarqué nousmêmes aucune.
Il n’y a pas de rapport obligatoire entre les formes très enterrées et la grande richesse en sucre, sauf si l’on prend les types extrêmes : la betterave ronde et la betterave très longue et enterrée. Dans ce cas, il semble bien y avoir, d’après nos expériences, une certaine corrélation ou, plus exactement, une association (linkage) entre la forme allongée et la richesse en sucre.
Séverin (166) a établi, par des études dynamométriques, quelles étaient les formes les plus faciles à arracher (fig. 16 et 17) (!). Ce sont des betteraves assez courtes et à collet légèrement hors terre. Nous avons un hybride intéressant à l'étude qui correspond aux formes données par Séverin. Il est le produit de l’hybridation d’une betterave courte et d'une betterave à sucre. Sa richesse en sucre est encore faible. Nous cherchons à lui donner, par de nouvelles hybridations, une richesse supérieure. Nous donnons au quatrième Chapitre une photographie des formes hybrides obtenues en Flet F? (fig. 105 et 106, page 119).
L'objection, si souvent faite, à la présence des collets verts dans les betteraves sucrières n’a donc plus de raison d’être. On sait, d’ailleurs, que certaines races sucrières de bonne qualité sont justement caractérisées par la présence, à peu près constante, de collets verts.
En ce qui concerne l'aspect extérieur de la racine, notamment la profondeur du sillon par rapport à la richesse en sucre, nous n'avons jamais constaté une corrélation bien nette.
Betteraves racineuses. — Nous avons vu, page 29, la grande variabilité que l’on constate à ce point de vue suivant les sols et les conditions de culture. Elle existe évidemment en ce qui concerne l’hérédité des formes plus ou moins racineuses: mais nous avons pu nous rendre compte que cette hérédité était entièrement masquée par les conditions de milieu. Dans notre champ d’expériences de collection, où nous cultivons chaque année et côte à côte sur quelques rangs, les lignées et les races les plus
(") La figure 15 représente au contraire des formes difficiles à arracher.
diverses, nous observons toujours sensiblement la même proportion de betteraves racineuses dans la même région du champ. Voici quelques chiffres se rapportant aux quantités de betteraves «racineuses », relevées par le même observateur, sur des lots d’égale étendue appartenant à différentes races de betteraves sucrières et de distillerie.
19 Betterave à sucre (Vilmorin A) :
En 1921 (suivant les lots) de 7à En 1922 (suivant les lots) de 20 En 1920 (suivant les lots) de 44
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racineuses » par lot.
racineuses » par lot.
racineuses » par lot.
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29 Betterave à sucre (Vilmorin B) :
En 1921 (suivant les lots) de 10 à 30 « racineuses » par lot. En 1922 (suivant les lots) de 19 à 42 « racineuses » par lot.
En 1920 (suivant les lots) de 40 à 83 « racineuses » par lot.
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30 Betterave à sucre (diverses races à l’étude) : En 1921 (suivant les lots) de 19 à 39 « racineuses » par lot. En 1922 (suivant les lots) de 19 à 47 « racineuses » par lot. En 1920 (suivant les lots) de 59 à 98 « racineuses » par lot.
4° Betterave de distillerie (Française riche) :
En 1921 (suivant les lots) de 16 à 34 « racineuses » par lot. En 1922 (suivant les lots) de 20 à 40 « racineuses » par lot. En 1920 (suivant les lots) de 42 à 67 « racineuses » par lot.
5° Betterave de distillerie (Brabant collet vert) :
En 1921 (suivant les lots) de 8 à 22 « racineuses » par lot.
En 1922 (suivant les lots) de 20 à 38 « racineuses » par lot.
En 1920 (suivant les lots) de 33 à 73 « racineuses » par lot. 6° Betterave de distillerie (collet rose) :
En 1921 (suivant les lots) de 8 à 20 « racineuses » par lot.
En 1922 (suivant les lots) de 14 à 33 « racineuses » par lot. En 1920 (suivant les lots) de 43 à 65 « racineuses » par lot.
On peut voir, d’après ces chiffres, que les différences entre les diverses races, au point de vue de ce caractère, sont entièrement masquées par celles dues au milieu.
L'apparition d'un épiderme rugueux est un caractère facilement fixable qui existe chez la betterave CRAPAUDINE. Nous avons vu apparaître ce caractère chez certaines variétés sucrières.
La contexture fibreuse de la racine des betteraves sauvages a souvent empêché Proskowetz d'analyser certains sujets. Les betteraves fibreuses ‘existent encore parmi les betteraves industrielles cultivées. La sélection