‹ L'hérédité chez la betterave cultivéeChapitre 14 sur 46 · HISTORIQUE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

HISTORIQUE GÉNÉRAL

L'apparition en France des différentes races cultivées de betterave et de bette s’est faite successivement : Les bettes sont les plus anciennes; elles remontent probablement à l’époque de l'occupation romaine; les betteraves potagères ont apparu en France dès la fin du xvi® ou au début du xvrre siècle. Les betteraves fourragères et sucrières ont été introduites à la fin du xvrre siècle.

Voici, à deux époques assez voisines de nous, les listes de variétés de Betteraves cultivées que mentionnaient divers auteurs :

Andrieux (6) (beau-père de Vilmorin), en 1771, mentionnait seulement :

La BETTERAVE ROUGE (Beta vulgaris).

La BETTERAVE DE CASTELNAUDARI (s2c).

La POIRÉE (Beta Cicla viridis).

La POIRÉE BLONDE A CARDES (Beta Cicla alba).

VILMORIN

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— Betterave sauvage à rac

J. DE VILMORIN

Fig. 14. —— Belterave sauvage à radicelles latérales horizontales (Voy. page 28).

DE VILMORIN

Fig. 15. — Betteraves à sucre, formes difficiles à arracher (Vowy. page 30).

Fig. 16, — Betteraves à sucre, formes faciles à arracher (Voy. page 30).

J. DE VILMORIN

Fig. 17. — Betterave à sucre de forme facile à arracher (Voy. page 30).

Philippe Victoire de Vilmorin, dans son premier Catalogue (1778), parle pour la première fois de betterave fourragère. Nous lisons au chapitre fourrages : « Nous tenons plusieurs autres fourrages dont nous omettons les avantages et la culture parce que les fermiers les connaissent assez. Tels sont....., le Dick WUuRzEL, espèce de Betterave cultivée en Allemagne pour la nourriture des vaches en hiver, etc..... ». Cette mention de la Betterave fourragère en France est donc antérieure de huit ans à l’intéressante Notice de l’abbé de Commerell (33) qui date de 1786. La Betterave sucrière a été également introduite par Vilmorin en 1775.

En 1840, le Bon Jardinier (1 et suiv.) mentionne :

La BETTERAVE ROUGE ORDINAIRE.

La PETITE ROUGE DE CASTELNAUDARY.

La ROUGE RONDE PRÉCOCE.

La JAUNE ORDINAIRE.

La JAUNE DE CASTELNAUDARY.

La JAUNE RONDE.

La JAUNE A CHAIR BLANCHE.

La BLANCHE DE PRUSSE ou de Silésie.

La BLANCHE A COLLET ROSE.

La BETTERAVE CHAMPÊTRE OU RACINE DE DISETTE.

La POIRÉE ORDINAIRE.

La POIRÉE A CARDES : « la blanche est la plus cultivée; il est d’autres races à côtes roses ou jaunes ».

Pendant ce laps de temps, 1778-1840, on a donc vu apparaître : une betterave rouge, la rouge longue précoce; cinq betteraves jaunes utilisées comme potagères; la betterave à sucre de Prusse ou de Silésie; la betterave à collet rose qui était aussi une betterave à sucre; et la betterave fourragère dite disette, plus ou moins semblable d’ailleurs à la « Dick Wurzel » dans certaines formes. Le «Bon Jardinier (1 et suiv.) » cite, parmi les poirées, les races à côtes colorées.

Nous allons reprendre en détail les différentes catégories de betteraves et bettes cultivées et les étudier successivement.

Les betteraves et poirées peuvent être divisées en : Betteraves sucrières et industrielles.

Betteraves fourragères.

Betteraves potagères.

Bettes ou poirées.

A.— Betteraves sucrières. — La plus ancienne observation relativement à la présence du sucre dans la betterave remonte, comme nous l'avons

DE VILMORIN 3

tre

dit page 22, à Olivier de Serres (127). En 1775, la betterave sucrière de Prusse ou de Silésie a été introduite en France par Philippe-Victoire de Vilmorin (203 et suiv.). En 1786, Achard organisait son champ d’expériences à Clausdorf près de Berlin; et, en 1802, la première fabrique de sucre fonctionnait à Cunern, en Silésie,

Mathieu de Dombasle a créé peu après Achard la première sucrerie française. Les sucreries françaises étaient déjà assez nombreuses sous la Restauration.

La variété d’Achard figure au Bon Jardinier de 1817, sous le nom de BETTERAVE BLANCHE DE PRUSSE. Elle était aussi connue sous le nom de Betterave blanche de Sulésie (fig. 18). Dans les essais de Verrières de 1820, il est dit : « bonne racine, généralement grosse et bien charnue; il en existe deux races : l’une à collet rose, l’autre à collet vert ».

La BETTERAVE BLANCHE DE SILÉSIE était une betterave moyenne, à petites feuilles, à racine conique, bien blanche, avec un collet très légèrement hors terre, un feuillage très léger. C’est elle qui a servi de point de départ à tous ceux qui, en Allemagne comme en France, jusque vers 1880, se sont occupés de la recherche des betteraves très riches; c’est dans cette race que Louis de Vilmorin a cherché ses premiers reproducteurs lorsqu'il a commencé à constituer la race qui porte son nom.

La BETTERAVE BLANCHE A COLLET ROSE figure dans les essais de Verrières de 1812-1813 avec la mention : « C’est la race la plus vigoureuse de toutes; elle a le collet ou la côte des feuilles colorés. La chair est sans mélange de rouge ».

Depuis Achard jusqu'à Louis Vilmorin, la betterave a été améliorée assez sensiblement au point de vue forme, grosseur et richesse. On pratiquait alors la sélection morphologique complétée, chez certains sélectionneurs, par celle des bains salés de différentes densités (procédé de Schuzenbach). Les betteraves qui tombaient au fond du bain le plus salé étaient les plus denses, et étaient choisies pour donner naissance à des familles de betteraves de richesse supérieure à la moyenne. Cette première discrimination à la densité par le système des bains salés a continué à être employée comme moyen d'investigation préliminaire sur de grands lots de betteraves par certains sélectionneurs.

La « Note sur quelques variétés de betterave blanche à sucre par Vilmorin-Andrieux » (182), publiée en 1861, donne des renseignements

Fig. 18. — Betterave blanche de Silésie.

ETES sur les betteraves à sucre qui étaient cultivées en France au moment des travaux de Louis de Vilmorin.

LA BETTERAVE DE MAGDEBOURG (fig. 19) (1) qui avait une forme assez régulière donnait une richesse supérieure aux betteraves à sucre « ordinaires ». Ces betteraves ordinaires étaient des formes plus ou moins améliorées de la betterave de Prusse ou de Silésie.

Elles produisaient à l’hectare 30 000K8 à 45000k% à NU) 7 pour 100 de richesse saccharine.

LA BETTERAVE IMPÉRIALE avait été importée d’Allemagne en 1858. Son obtenteur, Knauer (82), la décrivait ainsi : «La racine est rose à la levée; elle reste rose jusqu’à la moitié de sa longueur pendant les premiers mois, mais elle devient successivement, jusqu'à son entier développement, tout à fait blanche. Elle est remarquable par son produit, qui dépasse celui de toutes les variétés connues jusqu'ici, d'environ 25 pOUT 100 ».

Notre grand-père Louis de Vilmorin (192 et suiv.) avait remarqué la richesse particulière de cette betterave; elle avait toujours titré plus que les autres variétés cultivées en France. En 1858, elle donnait 13,8 contre 7,5 pour les betteraves françaises. Il s'était rendu chez Knauer, à Grobers près de Halle. Knauer avait trouvé une corrélation entre la forme du feuillage et la richesse en sucre; les plantes qui étaient le plus sucrées avaient des feuilles moins amples, les extérieures étant disposées horizontalement et appliquées contre le sol, et celles qui forment le bouquet central, dressées et comme frisottées; la racine était blanche, à collet vert, en forme de carotte très allongée et complètement enterrée, généralement plus petite que celles dont les feuilles étaient dressées et plus amples. Mettant à profit cette remarque, Knauer avait multiplié les betteraves qui présentaient cette caractéristique. La note de 1861 (182) ajoute que ce procédé de choix expéditif a été trouvé bon dans nos propres champs d'expériences, mais qu'il est nécessaire de le compléter par l'essai saccharimétrique. La race Knauer était tardive, mais elle conservait bien sa richesse en silo.

Knauer avait fait plusieurs sélections : d’abord LA BLANCHE ÉLECTO- RALE, qui était antérieure à l’Impériale; puis l'IMPÉRIALE, représentée

Fig. 19. — Betterave de Magdebourg.

() Les figures que nous reproduisons proviennent de clichés de l'époque, appartenant à la collection Vilmorin-Andrieux.

(fig. 20), et une seconde sélection (#g. 21) plus épaulée que la première et plus analogue aux formes modernes.

Fig. 20. — Betterave Fig. 21. — Bellerave blanche à sucre Impériale. blanche à sucre Impériale (Knauer).

Les betteraves blanches A SUCRE A COLLET VERT, tant race allemande que race française, étaient très voisines sinon identiques. Elles donnaient de 8 à 9 pour 100 de sucre avec de gros rendements de 40 000K8 à 45 000k8 à l'hectare.

A leur sujet, la Note cite les betteraves BOUTEUSES et DEMI-BOUTEUSES du Nord qui l'avaient ensuite plus ou moins supplantée. Ces betteraves avaient des collets sortant plus ou moins de terre, étaient plus productives comme poids à l’hectare et plus faciles à arracher. Les cultivateurs trouvaient ces « bouteuses » beaucoup plus avantageuses; au contraire les sucriers les trouvaient médiocres (sans doute à cause de la moindre richesse et de l’impureté des jus). De là est venue l'hostilité des fabricants contre les collets verts. Ce discrédit systématique des betteraves à collet vert semble fâcheux aux auteurs de la Note qui trouvent malgré tout, à cette époque, les betteraves blanches supérieures aux roses. Leur opinion a été confirmée par les événements (182).

La betterave BLANCHE A COLLET ROSE avait repris de la faveur vers 1860, grâce aux difficultés temporaires, dont nous venons de parler. Elle donnait

de très gros rendements, mais environ 7 pour 100 seulement de richesse moyenne. Aujourd'hui cette betterave ne sert plus qu’à de rares distilleries. Toutes ces variétés commerciales ou ces « marques » de betteraves avaient, au fond, de grandes analogies. Elles présentaient des types assez fluctuants. L'on vendait, à cette époque, pas mal de betteraves « acclimatées », c’est-à-dire originaires d'Allemagne, puis cultivées et sélectionnées en France pendant deux ou trois générations. Il nous faut signaler vers cette époque (1853) une petite race du Pas-de-Calais, mentionnée au « Bon Jardinier (1 et suiv.) » : betterave À SUCRE A RACINE BLANCHE OVOIDE, avec un tiers de son volume hors du sol; feuilles petites, étalées, très peu abondantes, à pétioles excessivement fins, laissant au collet une netteté parfaite. Cette race ne paraît pas être restée très longtemps en culture. Nous n’en trouvons plus mention ultérieurement.

Fig. 23.

Betteraves blanches à sucre améliorées Vilmorin.

La betterave améliorée de Louis de Vilmorin (192 et suiv.) dont nous parlerons longuement plus loin (p.69 et suivantes), obtenue en 1850, grâce à des choix individuels dans des sélections faites chez la betterave de Silésie, constitue un progrès décisif : la betterave a été enrichie de plusieurs degrés en deux ou trois générations. Nous en donnons ici le dessin (fig. 22).

La forme de la première betterave améliorée « Vilmorin » laissait à désirer; son auteur le reconnaissait lui-même. Une lignée améliorée . (fig. 23) était rapidement venue remplacer la forme de 1861. Des types à racine plus nette (fig. 24) ont, à leur tour, supplanté cette deuxième forme.

Les anciens types de betteraves blanche A SUCRE A COLLET VERT et blanche A SUCRE ROSE HATIVE (fig. 27, 28, 29) (1), qui venaient respectivement de la blanche à sucre à collet vert (ancienne) (fig. 25) et de la blanche à sucre à collet rose (ancienne) (fig. 26), avaient une forme moins racineuse que leurs devancières, ainsi que le montrent aussi les figures 30 et 31. La figure 32 nous montre une race de betterave blanche à sucre à collet rose plus nette et encore plus allongée.

Fig. 25. — Betterave blanche Fig. 27. — Betterave blanche Fig. 26. — Betterave blanche à sucre, à collet vert. à sucre, à collet vert. à sucre, à collet rose.

Une betterave de forme ovoïde importée en 1869 de chez Eïsebein et en 1870 de chez Pfaffe, en Allemagne, a figuré dans nos cultures à Verrières pendant quelques années. Elle portait le nom de BETTERAVE DE GUERLEBOCK (Gerlebocker) (fig. 33). Cette variété a été connue à l’époque sous le nom de B. D'ALLEMAGNE AMÉLIORÉE

(*) Cette betterave, n° 29, paraît avoir eu un pigment rose plus accentué que les autres betteraves roses,

Fig. 2$.— Betterave blanche Fig. 29. — Betterave bl. Fig. 30. — Betterave bl. à sucre à collet rose. à sucre rose hâtive. à sucre à collet verL.

l'ig. 51. — Betterave à sucre Fig. 32. — Betterave à sucre Fig. 43.— Betterave rose hâtive. à collet rose. à sucre, race Guerlebock.

Fig. 34. — Betterave à sucre améliorée Vilmorin. ( Voy. p. 42.)

. 35. — Betterave à sucre améliorée Vilmorin, (Sélection originale A.) (Voy. p.

Fig. 35.— Betterave à sucre Vilmorin B de 1920, pré-

parée pour étude de sa richesse en sucre au labo- Fig. 38. — Betterave à sucre raloire. (Voy. p. 42.) Klein-Wanzleben. (Foy p.42.)

Sue

Les Allemands, à leur tour, étaient devenus importateurs de betteraves à sucre Vilmorin qu'ils ont cultivées pures ou bien hybridées avec leurs races.

De 1870 à nos jours, les betteraves ont progressé au point de vue poids et surtout richesse. De nouvelles sélections Vilmorin venaient périodiquement remplacer les types antérieurement connus. La figure 34, page 40, représente un type Vilmorin de 1890. Les figures 35 et 36, pages 40 et 47, représentent les types de 1906. La figure 37, page 41, donne un type Vilmorin B de 1920.

Fig. 39. — Betterave à sucre Française riche Fig. 40. — Betterave noire (race Fouquier d'Hérouel). à sucre.

En 1886, la KLEIN WANZLEBEN, qui était déjà cultivée en Allemagne depuis un certain temps, a été importée en France (fig. 38), c'est une excellente race très riche, à feuillage abondant, très frisé au bord. En 1899 a été obtenue en France la Betterave FRANÇAISE RICHE, connue également sous le nom de race FOUQUIER D'HÉROUEL (fig. 39). Cette variété à racines très longues, à feuillage vert foncé très lisse, a pris naissance à la fabrique de Vaux-sous-Laon, par les soins de M. Fouquier d'Hérouel, en même temps qu'Henry de Vilmorin (197 et suiv.) l’obte-

OUR nait de son côté à Verrières, par un travail parallèle au sien, mais complètement indépendant.

Depuis une trentaine d'années, diverses marques ont successivement fait leur apparition ; nous ne citons que les principales : DIPPE, SCHREIBER, STRUBE, METTE, en Allemagne; WoHANKA, en Bohême; BUSzZCZYNSKI et LASzINSKY, ainsi que BRANICKA, en Pologne et en Galicie; quelques marques italiennes et KUHN, en Hollande.

Toutes ces marques ont une équivalence presque complète au point de vue variété. Il y a entre elles à peine de petites différences de forme, de feuillage, de poids moyen et de richesse saccharine. Deux ou trois se différencient légèrement, parce qu’elles sont un peu moins riches, généralement plus lourdes, et à collet vert.

Les marques françaises de betterave à sucre, équivalentes ou même légèrement supérieures aux marques allemandes, ont entre elles des petites différences du même ordre, sensibles évidemment au point de vue industriel, négligeables au point de vue spécifique. Les deux sélections Vilmorin (A et B) ne se distinguent l’une de l’autre que par la longueur des racines, une richesse saccharine et un poids différents.

Il a été employé par les sucriers, à titre de témoin pour reconnaître leurs lots en culture, diverses betteraves assez riches en sucre, mais pas autant que les sucrières proprement dites, et de couleur très différente : la NOIRE A SUCRE, (#g. 40), introduite dans nos cultures en 1884; la jaune à SUCRE DE HESBAYE, en 1870. La première est curieuse par sa peau rugueuse, caractère que nous avons vu fixé chez certaines races, ou bien qui apparaît, parfois, chez des races cultivées ne le présentant pas habituellement.

La Betterave BRABANT (fig. 41) (blanche à sucre à collet vert), créée par Brabant à Onnaing et répandue dans nos cultures en 1880 est assez différente de la betterave à sucre : elle est plus hors terre, présente un fort collet vert; elle est très lourde, et un peu moins riche en sucre. C’est une excellente betterave pour la distillerie.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des betteraves blanches ou très peu teintées; les deux suivantes et d’autres marques commerciales qui s’en rapprochent, sont plus ou moins pigmentées.

La betterave blanche A SUCRE A COLLET gris fut introduite dans nos cultures en 1872. La teinte de cette betterave est toujours plus ou moins rose: la partie enterrée est rose pâle ou presque blanche.

La blanche à SUCRE A COLLET ROSE (fig. 42) (de distillerie à collet rose) est plus ancienne et remonte à 18209. Elle est plus colorée que la précédente. Nous avons fait, nous-mêmes, très facilement, des lignées de betteraves à collet gris en partant de racines à collet rose.

Il existe plusieurs marques de la variété à collet rose, notamment celle de DENNETIÈRES.

Fig. 41. — Betterave à sucre à collet vert race Brabant,

Fig. 42. — Betterave blanche à sucre à collet rose.

— Je

B.— Betteraves fourragères. — Parmi les betteraves fourragères, nous parlerons d’abord des fourragères blanches parce qu'on peut trouver une filiation de certaines d’entre elles avec la betterave sucrière, et par la betterave sucrière avec la betterave sauvage; ensuite nous parlerons des betteraves sucrières colorées de rose, de rouge ou de jaune.

La filiation dont nous venons de parler est explicite pour la BLANCHE LONGUE HORS TERRE du « Bon Jardinier (let suiv.) », 1851, sous-variété isolée, par M. Chenu, dans la betterave à sucre. C'était une variété allongée et hors terre. Elle a complètement cessé d'exister actuellement.

Fig. 43. — Betterave disette Fig. 44. — Betterave géante blanche blanche à collet vert. demi-sucriére.

La betterave DISETTE, qui existait dès 1786, présentait de nombreuses formes culturales différentes : la forme «hors terre » (fig. 43) DISETTE BLANCHE A COLLET VERT, la disette «en terre » qui figurent dans les essais de Verrières de 1810.

Il existait aussi une betterave champêtre DISETTE dite CAMUSE.

De 1850 à 1858, la betterave BLANCHE PLATE NOUVELLE DE VIENNE figure dans les cahiers de culture de Verrières sans grandes précisions sur ce qu'était cette race aujourd’hui éteinte.

La GÉANTE BLANCHE DEMI-SUCRIÈRE (fig. 44), introduite dans nos cultures en 1897, et très populaire actuellement, a été choisie dans les anciennes races de betteraves à sucre, parmi les plantes qui étaient considérées comme inférieures pour la sucrerie à cause de leur faible richesse, leur grand collet vert, et probablement l’impureté du jus fourni en sucrerie. Au point de vue fourrager, c’est une excellente variété. Malgré sa qualification de « demi-sucrière » elle ne possède pas une richesse en sucre sensiblement plus grande que celle de la plupart des fourragères.

La betterave OVOIDE DE BESSAY, souvent notée comme riche en matière sèche, est une sorte de « géante blanche », de forme ovoïde et assez courte. Elle a été surtout cultivée de 1900 à 1910; elle est moins répandue maintenant. On la trouve encore dans le département de l'Allier, ainsi que l'indique M. Lassimone (89).

La betterave disette blanche à collet vert (BETTERAVE DE PUILBOREAU) semble bien être une variété de la betterave disette, se rapprochant de la betterave disette de l'abbé de Commerell (33) dont nous parlerons plus loin, mais toute blanche. Malgré la possibilité d’une origine distincte, elle offre cependant, avec certaines racines de betterave géante blanche demi sucrière s’écartant du type, une relative analogie. Elle semble avoir existé depuis 1851.

Deux betteraves blanches du catalogue Vilmorin, la BLANCHE PLATE DE VIENNE (1851) dont nous avons parlé plus haut, et la BLANCHE GLOBE (1868) n'offrent qu'un petit intérêt rétrospectif : c’est d’avoir été les devancières de formes ovoïdes qui ont récemment réapparu et que nous cultivons actuellement.

La betterave la plus voisine des blanches fourragères est la blanche à collet rose DISETTE D'ARGENT; elle n’est plus guère cultivée. Vient-elle de la blanche à collet rose qui était une sucrière ? C’est possible. Avant 1860, elle était connue sous le nom de blanche à collet rose. Sauf la teinte rosée, ses caractères étaient voisins de ceux de la disette blanche à collet Vente

La betterave champêtre, appelée DISETTE CAMUSE par Vilmorin- Andrieux (181 et suiv.) est restée assez semblable au type originaire de l'abbé de Commerell. Elle est sans doute, comme parent d'un certain nombre d'hybrides, l'origine de plusieurs variétés modernes. Nous voyons dans « Les Plantes Potagères », édition de 1856, l'indication d'une betterave argentée qui a produit (en deuxième génération) un

— Ai —

mélange de betterave blanche à sucre et de betterave disette. La description de l’abbé de Commerell semble bien indiquer que la plante originaire était elle-même hybride. La fixation d'un certain nombre de « variétés » différentes à caractères distincts a certainement eu lieu.

Fig. 45. — Betterave disette d'Allemagne.

La DISETTE D'ALLEMAGNE (fig. 45) et la variété anglaise ELVETHAM sont assez voisines de la betterave champêtre et doivent participer à la même origine. En 1830, il existait au moins deux variétés de disette : la DISETTE ORDINAIRE et la DISETTE GRANDE ESPÈCE. Une variété très répandue, d’origine anglaise, la MAMMOUTH (fig. 47), et cultivée en France depuis 18871, peut aussi en être rapprochée. La betterave allemande KLUMPEN ROTE DICKE rentre dans cette catégorie.

La betterave DISETTE CORNE-DE-BŒUF (fig. 46) est assez voisine de la disette d'Allemagne; elle était connue dès 1856: elle reproduit assez fidèlement son caractère d’avoir des racines allongées et tordues. Sa facilité d'arrachage est estimée en petite culture. C’est ce qui lui assure un certain débouché dans quelques régions.

Fig. 46. — Betterave disette Fig. 45. — Betterave disette Corne-de-bœuf, Mammouth.

La ROSE DEMI-SUCRIÈRE provient d’une betterave qui a eu longtemps une vogue assez méritée, la betterave à collet gris. Lorsqu'on essaie de choisir les lignées les plus riches en sucre et en matière sèche, la plante s’enterre généralement; il y a évidemment, dans ce cas, une certaine corrélation entre la richesse en sucre et la forme enterrée des racines.

La ROSE DES ARDENNES est une marque de rose peu différente de la rose demi-sucrière et simplement plus hors terre.

Le coloris rose va jusqu’au rose foncé et presque au vrai rouge, au moins

pour l'épiderme, dans certaines variétés de betteraves fourragères. Il existe deux variétés très anciennes de betteraves rouges : la ROUGE GLOBE (fig. 49), variété assez petite, à chair blanche, cultivée depuis 1831; et, depuis 1860, la ROUGE OVOIDE (fig. 50); mais ces deux variétés disparaissent de nos jours. La betterave fourragère rouge la plus répandue est maintenant la GÉANTE ROUGE DEMI-SUCRIÈRE (fig. 51).

Fig. 50. — Betterave rouge ovoïde. Fig. 49. — Betterave rouge globe.

En Allemagne, la GÉANTE ROUGE DE PFAHL a quelque analogie avec la rouge demi-sucrière française.

En Angleterre, la BROCK’S RED INTERMEDIATE en est également très voisine, mais elle est à pétioles et feuilles verts.

La DISETTE NÉGRESSE, LECLERC ou RILLIEUX (fig. 52) est une betterave fourragère très pigmentée de rouge, surtout répandue depuis 1870 jusque vers 1890. À l'époque actuelle sa culture a beaucoup diminué.

Les betteraves fourragères à épiderme jaune ont débuté en France entre 1786 et 1823, à une date qu'il est difficile de préciser. Nous trouvons dans les cahiers de Verrières de 1823, la mention d’une betterave « jaune jaune » (sic) provenance Mathieu de Dombasle, comparée à la jaune cultivée par Philippe-André de Vilmorin (1). Avant 1830, le « Bon Jardi-

(*) Bellerave jaune jaune (n° 583) : « Race bien différente de notre jaune; elle ne paraît pas s’allonger autant. Peau jaune clair; chair blanche; une seule à chair jaune pâle; feuilles sans aucune teinte de jaune, ou dans les nervures ou dans les pétioles; en dernier, conser-

DE VILMORIN

nier » (1 et suiv.), mentionne la betterave JAUNE BLANCHE et la JAUNE ORDINAIRE. Il n’est pas facile, entre parenthèse, de décrire rétrospectivement des types anciens qui ont, en grande partie, disparu, ou se sont, depuis, modifiés par hybridation.

Ensuite est apparue la JAUNE D'ALLEMAGNE (fig. 53), betterave impor-

Fig. 51. — Betterave Fig. 53. — Betterave Fig. 52. — Betterave géante rouge demi-sucrière. jaune d'Allemagne. disette négresse.

tante dans l'histoire de la culture, parce qu'il en a été isolé deux formes assez différentes : la BETTERAVE DES BARRES (fig. 54), par Louis Vilmorin (?) et la BETTERAVE DE VAURIAC (fig. 55), par M. A. Gay.

Les différentes Betteraves des Barres cultivées au Danemark descendent d’une marque de Betterave des Barres venue dans ce pays par l'Angleterre, et plus ou moins hybridée de betterave Tankard, ce qui a vant une Leinte verdâtre qui n'existe pas dans la Beltcrave blanche; c'est par cela seul que le feuillage en diffère » (Verrières, cahier d'essais, 1823).

(?) Une forme intermédiaire entre la betterave d'Allemagne et la betterave des Barres, a été la betterave des MorreAux. Nous en donnons deux figures (/ig. 56 et 57).

donné aux racines un pigment orangé d'intensité variable suivant les différentes sélections (49 brs).

Il faut rapprocher de la Betterave des Barres les YELLOW OVAL, YELLOW

Fig, 55. — Betterave de Vauriac. Fig, 54. — Betterave des Barres.

MAMMOTH INTERMEDIATE, et quelques autres variétés commerciales anglaises.

Les graines obtenues sans sélection suivie peuvent donner un mélange de formes betterave des Barres et betterave de Vauriac; l'instabilité de la forme de beaucoup de betteraves fourragères est très grande, surtout dans les blanches demi-sucrières non sélectionnées et dans les jaunes. Nous reverrons cette question plus loin au sujet des travaux de Birger

Kajanus (78 et suiv.).

Fig. 58. — Betterave jaune globe. Fig. 59. — Betterave jaune globe à petite feuille.

Les betteraves JAUNE GLOBE (#g. 58) sont extrêmement populaires en Angleterre. La première mention en France semble être celle du « Bon Jardinier » de 1852. L'Ouvrage « Les Plantes Potagères », édition de 1856, leur assignait comme origine probable la jaune ronde. Une forme JAUNE GLOBE APLATIE existait au catalogue Vilmorin-Andrieux en 1862. La variété à PETITES FEUILLES (fig. 59) a été répandue en France, surtout depuis 1885. Il existe un grand nombre de marques anglaises de ces variétés globe. Nous avons essayé la plupart d’entre elles dans notre champ d'expériences. Il se présente toujours, dans ces variétés, un certain nombre de racines en forme de toupie; la couleur n’est pas non plus très bien fixée; elle varie du jaune orangé foncé au jaune tirant sur le citron, sans cependant avoir généralement la teinte orangé vif de la betterave Tankard.

Cette Betterave TANKARD (fig. 6o), de forme ovoïde, est d’origine

Fig. 60. — Belterave Tankard. Fig, 61. — Betterave orange globe.

anglaise. Elle est très colorée; c’est, avec la poirée du Chili, la variété du genre Beta qui a le pigment orangé vif le plus prononcé; les pétioles sont orangés; la chair est zonée d'orange. Elle s’est répandue un peu en France depuis 1883.

L'ORANGE GLOBE (fig. 61), variété anglaise aussi, possède une certaine

Le

intensité de pigment orangé vif, mais à un moindre degré que la Tankard. Elle est connue en France depuis 1885.

Un certain nombre de variétés étrangères se rapprochent des principaux types dont nous avons parlé. La Betterave allemande CHAMPÊTRE MAMMOUTH JAUNE D'OR est voisine de la jaune d'Allemagne, mais avec un pigment orangé, genre Tankard.

La KLUMPEN GELBE DICKE se rapproche de la Barres, maïs avec une grande irrégularité au point de vue couleur. Dans cette race, les trois

Fig. 62. — Betterave jaune d'Eckendorf.

suivantes et un certain nombre de variétés anglaises, allemandes et danoises, on trouve, soit en mélange, soit à l’état de type (dans la GATE PosT, par exemple), un coloris jaune très pâle qui a fait communément appeler ces betteraves : betteraves citrines. Une région agricole qui a fait, sur contrat, de ces betteraves étrangères pour graine a vu se produire une multitude d'hybridations accidentelles et des betteraves citrines hybrides se sont retrouvées dans des Vauriac, dans des blanches, des roses et des rouges.

La GATE PosT est une betterave anglaise ovoïde et citrine. L’INTER-

VILMORIN

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