‹ L'hérédité chez la betterave cultivéeChapitre 17 sur 46 · ÉPOQUE ANCIENNE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE ANCIENNE

Les idées qu'on se faisait dans l'antiquité et le moyen âge au sujet des différents caractères héréditaires chez la betterave nous sont peu connues. Nous savons seulement qu'Olivier de Serres (127) a signalé en 1605 la présence du sucre dans la racine. Marggraf en 1745 est parvenu à l'isoler. Il a trouvé 6,2 pour 100 dans la variété blanche et 4,5 pour 100 dans la variété rouge.

Un renseignement, trouvé dans plusieurs ouvrages, indique que l’on considérait en Italie, il y a 200 ans environ, que les betteraves potagères n'étaient pas d’origine indigène, mais étaient venues d'Allemagne. On ne donnait pas de détail précis sur les races ni sur leur fixité. En ce qui concerne la France nous savons que la betterave fourragère a été introduite d'Allemagne chez nous avant 1778, puisque Philippe-Victoire de Vilmorin (188) indique à cette date la « Dick Wurzel » comme déjà connue. La description que donne l'abbé de Commerell (33) de la betterave disette en 1786 se rapporte à une betterave fourragère analogue sinon identique.

Cette description est assez exacte pour que nous puissions nous représenter à peu près quelles étaient les formes et pigments de ces betteraves, certainement hybrides.

Au xvirIe siècle on pratiquait une sélection sommaire pour les bettes ; nous lisons, dans une note portant le millésime de 1755 : «on choisit, pour replanter, les poirées à carde qui sont les plus blondes ».

M. de Commerell recommande la transplantation de la betterave comme pratique de culture. Cet usage est encore suivi en France, dans l'Ouest, à Thouars notamment.

Nous citons in extenso le chapitre de Commerell intitulé : « Choix des betteraves qu'on doit réserver pour la graine. »

« Le temps de la récolte est le moment de choisir les racines propres à porter de la graine; les seules bonnes sont celles qui ont atteint une grosseur moyenne, qui sont unies, lisses, couleur de rose en dehors, et intérieurement blanches ou marbrées de rouge et blanc : tels sont les signes qui caractérisent celles qu’il faut conserver et cultiver. Celles qui sont toutes blanches ou toutes rouges, sont ou dégénérées, ou de vraies bette-

raves de jardin, dont la graine, par la négligence des cultivateurs, s’est mêlée avec celle de la Betterave champêtre. On doit loger séparément dans un endroit totalement à l'abri de l'humidité et de la gelée les racines qu'on destine à reproduire de la graine. »

Il est intéressant de remarquer, dès 1786, le soin apporté au choix des porte-graines : les betteraves qui sont toutes blanches sont considérées comme dégénérées, c’est-à-dire qu’elles ne donnent plus le type recherché à cette époque. Celles qui sont toutes rouges sont des vraies betteraves de jardin. L'abbé de Commerell ne parle que de négligence des cultivateurs et de mélange de graines et ne tient aucun compte du vicinisme (1) qui, d’après son texte, devait évidemment être très fréquent. Un chapitre suivant indique « la manière de prévenir la dégénération des racines ».

« La graine de la betterave champêtre dégénère comme toutes les autres, quand on ne prend pas la précaution de la changer de terre tous les ans, ou au moins tous les deux ans; c’est-à-dire de semer dans une terre forte celle qui a été produite par une terre légère et sablonneuse, et dans un sol léger, celle qui est venue dans une terre compacte et forte. Ainsi, les cultivateurs des deux espèces de terres, en faisant tous les ans des échanges de leurs semences, se rendent réciproquement service. Cette graine se conserve dans toute sa bonté pendant trois et quatre ans.» |

Il est évident que la méthode conseillée reposait plutôt sur une illusion que sur une réalité, et que la dégénérescence ne provenait pas de la culture faite plusieurs années de suite dans un même terrain, mais bien de

causes tout autres (?).

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