‹ L'hérédité chez la betterave cultivéeChapitre 4 sur 46 · NOS OBSERVATIONS EN CULTURE · texte numérisé non relu

NOS OBSERVATIONS EN CULTURE

Nous avons cultivé un certain nombre de BETA en champ d'expérience. Les graines provenaient en majeure partie de divers jardins botaniques.

Il est à remarquer que le plus grand nombre des échantillons de graines ainsi reçus ne reproduisent tout simplement que des betteraves cultivées, fort éloignées des formes sauvages, ou bien, parfois, des hybrides. Les autres observateurs ayant cultivé avant nous des betteraves sauvages, notamment Proskowetz, indiquent aussi les déconvenues qu'ils ont eues dans ce sens.

Rares sont les correspondants qui nous ont envoyé de la betterave sauvage authentique, vulgaris L. et maritima L., notamment. La fécondation croisée chez la betterave est la règle; le pollen, très léger et abondant, est porté très loin par le vent. Les jardins botaniques qui récoltent leurs graines sont exposés à des hybridations, soit par les betteraves entre elles, soit par les betteraves cultivées, situées dans des champs ou jardins appartenant à des tiers, et souvent à grande distance. Ce fait de l’hybridation habituelle chez les betteraves est extrêmement important; il doit être signalé dès le début de notre travail. La présomption d’une hybridation possible doit être toujours présente à l'esprit de l'observateur. Seules les betteraves autofécondées sous isoloir ou provenant d’une localité fort éloignée de tout champ ou jardin où se trouvent des betteraves cultivées, ont chance de ne pas être hybridées.

Nos betteraves ont été semées le 127 mai, tant en 1921 qu’en 1922; des observations ont été faites de temps en temps jusqu’à l'automne.

Ho

Beta trigyna Waldst. — Provenances : jardins botaniques de Lyon et de Dublin (un lot de graines d’une autre provenance a été du B. vulgaris L.).

Les graines, semées en mai, n’ont levé qu’à la fin de l’été. Elles ont formé une rosette de feuilles de 35°" à 40cm de diamètre; les feuilles étaient lancéolées, vert foncé, légèrement rugueuses; le pétiole teinté de rose violacé à la base. Ces plantes étaient conformes à la description de Waldstein et Kitaibel et identiques à celles cultivées au Muséum d’Histoire naturelle de Paris et à Svalof (Suède); les plantes ont fleuri et fructifié la seconde année (fe. 5, 6 et 7 et PI. VI, fg. 7).

Beta vulgaris L. (Beta maritima L.). — Nous avons eu divers lots de provenances diverses et plus ou moins hybridés. Un lot originaire du jardin botanique de Dublin, cultivé sous le n° 5243, s’est montré uniforme sous tous rapports. Il n’y a pas eu de plantes montant à graine la première année. Le feuillage était étalé en rosette, lisse, vert foncé, obovale lancéolé, bien homogène; les pétioles verts ou à peine teintés de rose. Les feuilles avaient 35° à 40cm de long en tout; le pétiole 20°" de longueur. Nous avons analysé les huit racines obtenues qui nous ont donné les poids et richesses suivants :

Richesse terres HO OO TO Ge TAC AGO MN O7 Poids en gram.. 590 240 240 230 290 150 140

Un autre lot provenant du jardin botanique de Marseille, cultivé en 1922 a présenté des caractéristiques analogues.

Une plante intéressante (#g.2 et 3) originaire des Iles d'Hyères (Tôt de la Gabinière) et récoltée en 1912 par notre collaborateur Meunissier, s’est maintenue sans variation dans notre champ d'expérience de Verrières; les individus hybridés ont été rares.

Une particularité de ce lot est de monter à fleur dès la première année, quoique tout à fait en fin de saison, par des ramifications latérales, d'abord diffuses, puis dressées.

La dimension des plantes est de 4otm de hauteur en moyenne; le port est rameux; les rameaux et les feuilles sont verts, légèrement lignés et teintés de rose violacé, au moins chez les plantes existant actuellement à Verrières. Notre attention n'avait malheureusement pas été attirée sur la question de la pigmentation, et celle-ci n’a pas été examinée en 1913 sur les plantes provenant de graines récoltées aux îles d'Hyères, et les échantillons d’herbier de cette année là ne peuvent nous donner aucune indication à cet égard. Cependant, comme les plantes de 1921 et 1922 sont absolument conformes aux plantes originelles, il n’y a pas lieu de croire à une hybridation, et les plantes de première année devaient présenter de très légères traces de pigment. Les dimensions des feuilles sont

DE VILMORIN

Fig. 5. Beta trigyna (racine âgée de plusieurs années) (Voy. page 6).

Fig. 6. Beta trigyna (feuilles) (Voy. page 12).

Pages 12 et 13

J. DE VILMORIN

Fig. =. — Beta trigyna, inflorescences (herbier Vilmorin) (Voy. page 6).

les mêmes que dans le lot de Dublin cité plus haut, mais en diffèrent très nettement par le bord de la feuille qui est très frisé et ondulé. Nous montrons (fig. 2) une betterave sauvage montant à graine la deuxième année.

B. patula Soland. — Ce BETA a été cultivé par Proskowetz (140) qui n’a pu faire d'analyse parce que la racine était trop ligneuse. Les graines qui nous ont été envoyés par le jardin botanique de Dublin, ont donné des plantes assez diverses comme port et feuillage. La moitié des plantes est montée à graine la première année; les racines étaient jaunes ou rose pâle. Le poids des racines variait de 220% à 500%. Le chiffre de polarisation oscillait entre 8 et 13 pour 100. Le lot était probablement hybridé (fig. 8).

Beta Bourgaei Coss. — Nous avons cultivé des Beta Bourgaei Coss. reçus sous ce nom du jardin botanique de Rome, et d’une autre provenance sous le nom de B. maritima L.. Les plantes obtenues ont un feuillage plus réduit que dans le Beta maritima L.. Toutes les plantes montent à graine dès la première année. Le pigment rose violacé est plus ou moins abondant selon les individus. Certains ont des rameaux entièrement rose violacé ; d’autres ont les glomérules teinté de rose rougeûtre assez vif.

Beta chilensis Hort. — (Jardin botanique de Genève). Plantes d'aspect peu homogène. Tout est de la poirée plus où moins colorée, ce qui répond d’ailleurs à la description purement horticole de cette plante.

Enfin, nous avons cultivé des plantes reçues sous le nom de B. patellaris Moq. et de B. rubra qui n'étaient que du B. vulgaris L.

En résumé, dans nos cultures personnelles, nous n’avons pas trouvé, jusqu'à présent, une grande richesse en sucre dans les quelques racines de betteraves sauvages que nous avons pu analyser. Les plus grandes richesses observées sont les suivantes : Beta vulgaris L. (N° 5243) donne une racine avec 14,6 pour 100 de sucre et Beta patula Soland. (N° 5251) une racine avec 13 pour 100 de sucre.

M. Saïllard (159), dans une communication du 6 février 1922 à l’Académie des Sciences sur la composition des betteraves sauvages récoltées à Primel, Trégastel (Finistère) indique les richesses en sucre suivantes : 13,80 minimum, 19,60 maximum, c’est-à-dire des résultats élevés.

M. Munerati nous a écrit en 1921, pour nous indiquer que le brix optique de deux Betteraves sauvages récoltées par lui a été de 24,3 et 23,2, ce qui correspondrait à des richesses en sucre, pour 100% de pulpe, aux environs de 20 pour 100.

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