OBSERVATIONS SUR LES BETTERAVES SAUVAGES
Il importe de choïsir, comme matériel d'étude, des betteraves véritablement sauvages, et non des plantes accidentellement hybridées par des betteraves cultivées. Nous exposons plus loin l'intérêt que présente l'étude des pigments des betteraves, et le fait qu'on n’a pas rencontré de Beta maritima L. ou Beta vulgaris L. réellement sauvage qui présente du pigment rose ou jaune en grande abondance, surtout dans la racine.
Ainsi que nous l'avons exposé page 11, on ne saurait jamais être assez difficile en fait de matériel d'étude; il y a toujours danger d’hybridation avec des variétés cultivées chez une plante essentiellement soumise à la fécondation croisée. Parmi les betteraves que nous avons vues et même récoltées, il faut écarter un grand nombre d'échantillons recueillis à une distance où le croisement avec des betteraves cultivées était possible. On admet, dans la pratique de la culture à graine, qu’il faut 8oom d’éloignement de tout autre individu du genre BETA pour avoir quelque présomption sérieuse de non hybridation. Il faut augmenter cette distance s’il s’agit de champs entiers de betterave à graine. II faut donc chercher des betteraves sauvages aussi loin que possible des cultures et jardins. Nous avons remarqué deux localités qui nous paraissent répondre aux conditions désirées : les levées de la digue de la Vire à son embouchure audessous d’Isigny et le cap Levy près Cherbourg. Le Beta maritima L. habite une zône littorale assez étroite entre la zône des salicornes, SUEDA, etc. et l'endroit où commence la flore de l’intérieur du pays. Cette zône se limite quelquefois comme largeur à 1% ou 2m, Là où le relief du pays est très faible, et où il y a des plages, elle s'étend quelquefois à quelques dizaines de mètres, rarement plus. La Betterave sauvage affectionne les terrains caillouteux, les sables; elle s’installe quelquefois sur les dépôts de varech. Nous l'avons cherchée en vain aux environs de Cherbourg, au pied des régions de falaises de Gréville, de Landemer au grand Catel, et de l’anse de Brick à la pointe du Brulay, où nous avons été conduits par M. Corbière (34), auteur de la Flore de Normandie; ces localités étaient éloignées de toute culture de betterave et nous espérions y trouver des plantes à l'abri de toute hybridation fortuite. Nos recherches ont été vaines. Par contre, on en trouve au pied des falaises de la région de Boulogne.
On la trouve aussi dans la vallée de la Garonne et de ses affluents ainsi que l’indiquent Dupont et Riffard (44). Elle s’y comporte comme une mauvaise herbe difficile à détruire. Dans ces localités la betterave sauvage ne monte à graine que la deuxième année; elle est vivace et donne de la graine plusieurs années consécutives; elle n’est pas colorée, sauf à la base du pétiole qui est rouge.
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Dans les localités visitées au bord de la mer, les plantes étaient généralement à port étalé: on voyait à peine quelques rameaux érigés sur les fortes touffes; celles qui se trouvaient sur des vases ou sur des sables avaient souvent les rameaux entièrement appliqués sur le sol.
Les plantes observées du 8 au 11 septembre 1922, présentaient deux stades de végétation : les unes, petites et peu développées, avaient seulement une rosette de feuilles et généralement pas de rameaux florifères; elles doivent provenir des graines de 1921 et fleuriront en 1923. Certaines plantes, assez rares à ce stade de végétation, présentaient un ou deux rameaux florifères à peine développés qui auront du mal à donner de la graine fertile en 1922. Nous avons observé, comme Munerati (109 et suiv.), d'assez grandes différences individuelles dans la forme et la dimension des feuilles; le limbe était plan ou frisé au bord, suivant les individus (1).
Les autres, qui possédaient de fortes racines quelquefois très ligneuses, ramifiées, généralement épaisses, souvent de 4®m à 5tm au collet, étaient manifestement des plantes installées depuis 1921, ou avant.
Il ne semble donc pas qu'il y ait des betteraves sauvages annuelles en Normandie. En 1922 (année fraîche et peu ensoleillée) tout l’ensemble est constitué par des betteraves montant la deuxième année et des betteraves vivaces.
Les racines étaient généralement fourchues ; cependant quelques jeunes betteraves, provenant de graines de 1921, poussées sur des amas naturels de varech, présentaient une forme assez régulièrement pivotante (fig. It, 12 et 13). Nous parlerons en détail, Chapitre IV, des colorations de ces betteraves sauvages. Dans aucune station, et même près des lieux habités, nous n’avons trouvé de betterave ayant du pigment jaune.
Sur la digue de la Vire, à un endroit isolé de toute betterave cultivée, nous avons relevé les colorations des betteraves sauvages. Nous avons trouvé :
8 pour 100 des plantes à rameaux et glomérules entièrement verts.
4 pour 100 des plantes présentant des glomérules rouge violacé à la base (disque des styles rouge, bas des sépales rouge, et des rameaux fortement teintés de même couleur).
88 pour 100 des plantes à rameaux plus ou moins rouge violacé et plus ou moins intense; les extrémités des rameaux et les feuilles étaient toujours vertes.
Le pigment s’étendait quelquefois au collet des racines qui était parfois rose. Les premiers jours d'octobre, à notre second passage, nous avons
(!} Certaines betteraves présentent des rosettes de feuilles à l'extrémité des rameaux florifères (fig. 4).
observé sur certaines plantes un commencement de brunissement des feuilles qui débutait par la partie centrale du limbe, le long des principales nervures.
Dans le voisinage du fort de la Hougue, nous avons trouvé deux plantes extrêmement colorées de rouge; la racine même était rouge, au moins au collet. À côté de cette plante nous en avons trouvé plusieurs qui avaient de gros feuillages extrêmement diffus rappelant les betteraves cultivées. Nous avons pensé qu'il s'agissait là d’une hybridation accidentelle produite par des betteraves cultivées dans le fort où il y a eu des jardins militaires pendant toute la guerre; il y existe encore maintenant des jardins où se trouvent souvent des betteraves potagères qui peuvent hybrider les betteraves sauvages.
Fig. 1. — Glomérules de Zeta macrocarpa Guss., récoltés à Perrégaux (Algérie) par M. Ducellier 1922. (Voy. p. 10.)
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