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Les betteraves fourragères sont soumises à une amélioration agronomique depuis longtemps, mais seulement depuis peu à une amélioration chimique. Les bettes et betteraves potagères sont de modestes légumes.
L'étude exacte des formes hybrides pour ces trois dernières catégories de plantes reste à faire. Il faut encore un travail considérable pour combler cette lacune, étude fort longue, étant donné que la plante est bisannuelle.
Au sujet de cette étude des formes intermédiaires il faut répéter une fois de plus combien sont grands dans cette matière les risques d'hybridation dont nous avons parlé.
La fécondation croisée, chez la betterave, est la règle. Nous rappellerons ici le parallèle souvent établi entre les plantes généralement autofécondées comme le blé et les plantes à fécondation croisée comme la betterave. Pour le blé, sous notre climat, la fécondation se produit à l'intérieur des glumes par le pollen de la fleur elle-même; les glumes ne laissent pas pénétrer le pollen étranger. Le blé reste donc très généralement identique dans tous ses caractères pendant de nombreuses générations. Au contraire, la betterave s’hybride par le pollen des plantes voisines; la fleur est largement ouverte et le pollen émis à l’air hibre; les types sauvages eux-mêmes ne sont, en réalité, que des hybrides ayant, la plupart du temps, des caractères communs. De même les types cultivés présentent, le plus souvent, une moyenne de caractères semblables; mais dans les deux cas, pour la betterave, nous avons affaire à une « population », c’est-à-dire à un ensemble d'individus fluctuant autour d'un type moyen.
On ne peut instituer des études sérieuses qu’en ayant recours à l’autofécondation, sous isoloir, des plantes en observation.
Les betteraves et bettes sont cultivées dans des régions très étendues. Il peut rester parfois, dans un champ de blé, de petits plants de betteraves provenant d’une culture de l’an précédent; ces plantes peuvent fleurir et venir hybrider des sujets en expérience qu'on aurait plantés près de ce champ de blé; cette chose nous est arrivée à nous-mêmes.
Il faut donc, si l’on opère sur des lignées d’une même espèce, les préserver des risques d’hybridation. Parfois les betteraves sauvages fleurissent avant les betteraves cultivées; l’on a alors, dans ce cas, des chances d'éviter l’hybridation.
Le mieux est d'isoler les lignées étudiées et de les cultiver à de très grandes distances de tout BETA; et l’optimum consiste à mettre les plants sous isoloirs.
Si l’on poursuit l'étude de l’origine des variétés cultivées, 1l est préférable de cultiver sous isoloirs les betteraves sauvages en lignées pures; si l’on veut étudier tel ou tel caractère il faudra, à notre avis, prendre
des plantes dont on connaît bien la filiation depuis quelques générations, les hybrider sous isoloir et ensuite cultiver isolément la descendance.
Nous excluons de tout travail sérieux les déductions tirées de l'étude des hybrides fortuits, et non volontairement créés, qui peuvent exister entre la betterave sauvage et les formes cultivées. Il ne nous paraît pas possible de faire état de ces descendances, dans lesquelles on ignore ce qu'est exactement un des parents. Il n’a pas été entrepris jusqu'à ce jour, à notre connaissance, d'étude approfondie et exacte sur les formes hybrides, sauf par Schindler (161), Proskowetz (140 et suiv.) et Munerati (109 et suiv.) qui ont opéré sur la sucrière.
On ne voyait pas autreïois le problème comme nous le concevons maintenant. Beaucoup de savants et de praticiens ne se rendaient pas compte qu'ils se débattaient désespérément au milieu d’une population d'hybrides complexes, indéfiniment réhybridés entre eux par un pollen anonyme et vagabond.
Ajouterions-nous qu'il y a encore fort à faire actuellement pour éclairer les idées des savants, et encore plus des cultivateurs de graines, sur les dangers de l’hybridation.