LA BETTERAVE A SUCRE
Nous trouvons une ancienne Note sur une forme hybride dans les cahiers de culture (189) de Verrières de 1869 : «Betterave maritime améliorée pour le sucre (n° 344).» Cette betterave originaire de Cancale (Ille-et-Vilaine) était peu fixée; la plus grande partie était composée de plantes extrêmement racineuses ; quelques sujets étaient de la blanche à sucre à collet rose.
Les formes hybrides entre la betterave sauvage et la betterave sucrière cultivée font l’objet des travaux de Rimpau (147 et suiv.), de Schindler (161), de Proskowetz (140 et suiv.). Plus récemment cette étude a été méthodiquement entreprise par le professeur Munerati qui possède déjà une documentation très abondante (109 et suiv.).
Rimpau (147 et suiv.) (cité par Munerati) considère le B. vulgaris L. comme annuel, et la betterave cultivée, qui fleurit la première année, comme faisant retour à la forme ancestrale. Par des hybridations entre la betterave à sucre à caractère bisannuel et le Beta patula Soland., annuel, il a montré que le caractère de montée à graine la première année était dominant et apparaissait dans la première génération.
Schindler (161), et ensuite Proskowetz (140 et suiv.), ont cultivé de la betterave sauvage B.maritima L. (graines envoyés par le professeur Flahault de Montpellier).
Schindler dit que la betterave sauvage cultivée dans un terrain fertile
devient rapidement charnue. En cultivant comparativement des betteraves dans des pots et en pleine terre il a aussi observé que celles cultivées en pleine terre donnent un diamètre triple (8 cercles concentriques de faisceaux libéroligneux).
Les tissus des premières, celles cultivées en pots, étaient plus ligneux que ceux des formes cultivées. ;
Proskowetz continua les expériences de Schindler avec 40 glomérules, qui lui donnèrent 56 plantules, dont 13 à couleur rouge intense, 41 à couleur rougeâtre et 2 blanc terne.
Les travaux de Proskowetz sont très importants et comportent de nombreux détails. 2
Il a étudié un certain nombre de descendances de racines de B. maritina L., de B. vulgaris L. et de B. patula Soland.
Ses expériences portaient sur des graines d’origine de Schindler et aussi sur des graines de Marchesetti, de Trieste.
Il observa la turgescence remarquable des feuilles de betterave sauvage; leurs cellules ainsi que leurs stomates étaient, dit-il, plus petits que chez les variétés cultivées.
P. Monteil (106) a remarqué aussi, au sujet des stomates, de grandes différences suivant les races de betteraves : les stomates qui, dans l'espèce type, sont en moyenne au nombre de 75 à la face supérieure de la feuille, et de 115 à la face inférieure, par millimètre carré, varient de taille et de nombre suivant les conditions imposées par la culture; les betteraves fourragères, par exemple, dans lesquelles le limbe des feuilles est plus développé, ont un nombre beaucoup plus considérable de stomates par millimètre carré.
Dans le cours de ses premiers travaux, Proskowetz (140 et suiv.) observa certaines racines de richesse considérable : il cite, page 202 (1894), un chiffre de 22 pour 100 de sucre pour des betteraves sauvages cultivées; mais, dans l’ensemble, ce qu'ont remarqué aussi tous les observateurs venus ensuite, les richesses individuelles étaient des plus variées, allant de 1 pour 100 à 11 et 14 pour 100 de sucre.
Ses rapports de 1894 et 1806 notent très exactement la couleur des racines obtenues; la plupart sont blanches. Cependant il en signale de roses (1894, p. 205); d’autres qui se décolorent et perdent leur teinte rosée (p. 209); plus loin il parle (p. 217) de racines rouge intense.
En 1865, il mentionne une légère teinte rose à l'insertion des feuilles, ce qui, du reste, est fréquemment observé. Il parle plus loin de la disparition de ce caractère.
Les expériences de Proskowetz portèrent aussi sur des graines provenant de l'Inde « Mitha Palung » et sur le B. patula Soland. Des transformations se produisirent au cours des générations successives : la cou-
J. DE VILMORIN
s. — Bela patula (Madère, 1832, herbier Vilmorin) (Voy. page 9).
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leur rouge apparut brusquement dans le B. patula Soland. dont les plantes à l’origine étaient vertes. Cette couleur disparut, puis reparut. Il se produisit un certain nombre de formes bisannuelles qui purent être fixées. Il y eut apparition, généralement brusque, de formes rappelant les races cultivées. Proskowetz attribue ce fait à une mutation (mutation de Hugo de Vries) (212), et dit qu'il lui paraît possible, en partant du B. patula Soland. d'obtenir toutes les variétés cultivées.
La prudence nous oblige à ne pas souscrire aux affirmations de Proskowetz à cause du grave inconnu de l’hybridation possible. Ses plantes n'étaient pas isolées comme l’ont été à l’époque contemporaine les betteraves en expérience dont le produit devait être scientifiquement examiné. Ce phénomène de variation brusque n’est, le plus souvent, qu'une apparition de formes hybrides. Pour nous donc, qui rendons hommage aux travaux de Proskowetz, très remarquables pour leur époque, la question de l'existence de la mutation, au moins dans ce cas, reste posée.
Le professeur Munerati (109 et suiv.) s’est livré à une recherche minutieuse des origines de la betterave cultivée. Il a réfuté l’assertion de Schindler qui avait trouvé le pollen du B. maritima L. plus petit que celui de la betterave cultivée. A partir de 1909, ses betteraves sauvages ont été isolées individuellement.
Il faut remarquer ici que, pour l'étude de la transformation de la betterave sauvage en betterave cultivée, le professeur Munerati a employé, l’un des premiers avec Kajanus (78 et suiv.) et nous-mêmes (208), le seul mode d'étude scientifique qui puisse donner des résultats certains : l'isolement des racines à l'étude sous des tentes hermétiques. La plus grande partie des plantes étudiées par Munerati monta à graine la première année. Un petit nombre se montra bisannuel. Sur ce point Munerati déclare en substance : Que les betteraves sauvages qui ont pour caractère de monter presque toutes dès la première année, surtout si elles sont semées de bonne heure, prennent par la suite, pour certaines lignées généalogiques, le caractère de plantes bisannuelles. Nous reviendrons plus loin, Chapitre IV, sur cette question.
Il a observé, comme Proskowetz, l'augmentation rapide de la grosseur des racines de betterave sauvage, par suite de la culture; et il a trouvé, également, certaines plantes exceptionnellement riches en sucre et qui transmettaient ce caractère à leur descendance. Il a obtenu des hybrides à feuillage vigoureux; et, à égalité de poids, observé une plus grande vigueur; mais les betteraves sont si racineuses que la plante est presque inutilisable au point de vue industriel.