ET GRANDS-PARENTS
en
général.
pour 100.
en
général.
pour 100.
en
général.
pour 100.
Affections mentales . . .
Affections nerveuses. . .
Alcoolisme
Suicide
Crime
Caractères remarquables
et talents
Total
l’hérédité dans la folie
L’hérédité domine la folie tout entière, et c’est grâce aux modifications plus ou moins profondes qu’elle imprime à l’être psychique, que l’équilibre mental peut se rompre et le délire faire son apparition. Plus l’imprégnation héréditaire sera grande, plus facilement agiront toutes les causes banales telles que les chagrins, les fatigues, les veilles, qui par elles-mêmes sont absolument impuissantes à déterminer l’éclosion des troubles intellectuels. L’observation journalière démontre, en effet, que l’aliénation mentale, ne se développe pas chez le premier venu, au hasard, mais qu’elle ne germe au contraire que sur un terrain préparé, soit par une hérédité unilatérale soit par une hérédité bilatérale ou convergente. La recherche minutieuse de la tare héréditaire, chez les vésaniques proprement dits, a permis à Magnan d'établir une sorte de gradation qui, partant de la manie et de la mélancolie simples, passe au délire chronique, puis aux folies intermittentes, et aboutit à une catégorie de malades chez
Dans tous les malades chez lesquels l’hérédité est affirmée, on observe des antécédents :
Des parents 51,47 0/0
Des sœurs et frères des parents et des grands-parents. 22,83 0/0 Des sœurs et frères 24,70 0/0
Mais il faut noter que les affections mentales et autres, passent d’autant plus facilement inaperçues, que la parenté est plus éloignée et la forme de la maladie plus légère.
Ueber die Vererbung von Geisleskranklieiten nach den Beobachtungen in preussischen Irren-Anstalten. (Jahrb. f. Psychiatrie, 1879, p. 65.)
L’adultère est encore une cause d’erreur dont il faut tenir compte, et par conséquent les faits d’hérédité paternelle peuvent être plus contestables que ceux d’hérédité maternelle. Une cause d’erreur importante relève aussi de l’amour-propre des familles de malades, on n’avoue que difficilement avoir un aliéné dans sa parenté.
L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES
lesquels, les stigmates physiques et psychiques sont réel lcmcnt si frappants, les délires si spéciaux ont des allures tellement distinctes, qu’ils ont permis à Morel, Legrand du Saulle, Krafft-Ebing et Magnan de constituer le groupe de la Folie des héréditaires.
Dans la manie et dans la mélancolie, sur lesquelles je n’ai pas à insister, car ces deux formes mentales sont bien connues, la prédisposition est au minimum, et l’influence des causes extrinsèques, est prépondérante. Mais il n’est pas douteux, d’autre part, qu’un accès ne constitue pour l’individu qui a été atteint, un antécédent personnel, qu’il crée une disposition fâcheuse du système nerveux, non seulement pour le maniaque ou le mélancolique guéri, mais encore pour sa descendance.
Ainsi commence, par certains côtés, une déviation du type psychique normal, dont les écarts seront d’autant plus grands, que sa résistance au milieu social est moindre, et que sa sensibilité aux différents agents modificateurs (toxiques ou autres), est plus exquise.
La prédisposition héréditaire, reste souvent latente pendant un plus ou moins grand nombre d’années : c’est ainsi qu’il existe des formes mentales graves, assez fréquentes, à caractères nettement déterminés, à évolution régulière, telles que le délire des grandeurs, le délire des persécutions, constituant pour certains auteurs, Legrand du Saulle entr’-autres, autant de formes morbides distinctes et indépendantes. Or, d’après Magnan, il n’en serait point ainsi, et ces différentes formes de délires doivent être liées les unes aux autres, et constituent ce que cet auteur nomme le Délire chronique, qu'il ne faut point confondre avec la folie chronique.
On doit entendre d’après Magnan, sous le nom de Délire chronique, une affection à marche lente, à durée
extrêmement longue, et caractérisée par une évolution comprenant quatre périodes, dont la marche est successivement croissante, la forme essentiellement systématisée et qui aboutit fatalement à la démence. Ces quatre périodes du délire chronique sont : la période d'inquiétude, la période de manie de persécution, celle de la manie des grandeurs, et enfin la démence. Leur base essentielle consiste dans des hallucinations. Jusqu’à Magnan, chacune de ces périodes était regardée comme une sorte d’entité morbide, et cette opinion est encore celle de plus d’un aliéniste. Lorsque l’on suit ces malades pendant longtemps, on les voit passer, comme l’a montré Magnan, par les différentes périodes précitées avant d’aboutir à l’état de démence, ce qui montre bien qu’il ne s’agit point dans chacune d’entre elles, d’une véritable entité morbide. Ici encore l’hérédité est la cause dominante, car si l’on fouille avec soin les antécédents de famille du délirant chronique, on retrouve presque toujours, chez les ascendants en ligne directe, quelquefois seulement chez leurs collatéraux, des accès maniaques ou mélancoliques, des intoxications avec délires, et diverses modifications psychiques de durée plus ou moins longue, ayant amené soit le suicide, soit l’homicide, soit des crimes ou délits divers. De plus, et c’est là un fait très important, cette hérédité ne se démasque que tardivement, et, jusqu’au moment où le délirant entre dans la période d’incubation, rien dans ses mœurs, ses habitudes, son état intellectuel, ne fait prévoir la possibilité d’un effondrement de la raison.
Dans les folies intermittentes, dont je n’ai à discuter ni le nombre ni la classification, la prédisposition héréditaire est bien plus marquée encore, et souvent on parvient à découvrir une hérédité convergente, soit que le
L’HEREDITE DANS LES MALADIES
père et la mère aient été aliénés tous deux, soit que la convergence se soit produite déjà pour l’un des deux parents. D’autre part, il n’est point inutile de noter, que ces vésaniques faussent de plus en plus, du fait de leurs accès, le mécanisme cérébral déjà compromis dont ils ont hérité, et qu’ils donnent ainsi naissance à des êtres, chez lesquels apparaît aux yeux de tous, la marque originelle, et qui côtoient, le vaste domaine occupé par les héréditaires dégénérés s’ils n’y entrent pas de plain-pied. En résumé, au fur et à mesure qu’on procède avec plus de soin, à l’enquête sur la valeur mentale des ascendants, sur les désordres intellectuels qu’ils ont présentés, on arrive à la conviction, que dans l’immense majorité des cas, la prédisposition héréditaire est la condition sine qua non, du développement de l’aliénation mentale.
De même pour toutes les folies, qui surviennent au cours d’un état physiologique ou pathologique, c’est la prédisposition héréditaire qu’il faut accuser, c’est son intensité qu’il faut doser pour ainsi dire, et c’est alors seulement, qu’on pourra établir un pronostic en connaissance de cause. Aucune forme mentale n’échappe à cette influence, et les folies diathésiques comme les folies sympathiques, n’ont point d’autonomie propre. Ces dénominations sont commodes pour l’étude, mais il faut bien savoir qu’elles ne désignent pas des entités morbides, mais uniquement la réaction d’un système nerveux, dont les éléments nobles ont subi des adultérations, inconnues d'ailleurs dans leur essence, et que comprend le terme général d’hérédité.
Je n’ai jusqu’à présent, envisagé la transmission des maladies mentales des ascendants aux descendants, que pour en montrer la réalité, pour rendre témoignage de l’importance de la prédisposition, et je n’ai pour ainsi
dire considéré, que le fait brut dans son origine et dans ses conséquences. Mais il est possible de faire davantage. L’analyse clinique minutieuse des phénomènes délirants présentés par un certain nombre d’aliénés, a permis de s’assurer, qu’ils ne dépendaient pas tous d’une même maladie, mais qu’ils devaient, au contraire, de toute nécessité, être reconnus comme le produit de plusieurs maladies distinctes, agissant chacune pour son compte, se mêlant, mais ne se combinant jamais, et n’ayant les unes sur les autres que des réactions peu accentuées. C’est cet état pathologique complexe, que Magnan a le premier réduit en ses éléments constitutifs, et dont il a cité de nombreux exemples, dans son beau travail sur la Coexistence de plusieurs délires d’origine différente chez le même aliéné (1). Il résulte en effet, des observations de Magnan et de celles qui sont prises journellement dans son service, que la tare héréditaire de ces maladies complexes, est complexe elle-même; il en résulte de plus, qu’assez souvent l’hérédité est similaire, soit pour la vésanie soit pour la névrose épileptique. De sorte que l’influence paternelle et l'influence maternelle, ne convergent plus pour donner un produit hybride de dégénérescence, mais un descendant qui les réunit sans les confondre. Le fait est surtout frappant pour l’épilepsie, et il n’est point rare, bien que divers auteurs aient soutenu et soutiennent encore le contraire , de rencontrer l’épilepsie franche parmi les ascendants d’un aliéné. Cette coexistence de plusieurs délires, chez un même aliéné, est du plus haut intérêt au point de vue clinique, car ils évoluent ensemble sur le même terrain sans se mélanger. Ainsi, on peut voir un délirant chronique à forme mélancolique, être
(1) Magnan, Archives de Neurologie, t. I, p. 49, 1883.
atteint d’épilepsie et de délire alcoolique. Sous l'influence d’un traitement bien dirigé, le délire alcoolique disparaîtra bientôt, l’épilepsie également, mais au bout d’un temps plus long toutefois ; et la mélancolie persistera seule. Cette idée d’origine toute récente, pourra permettre, lorsqu’elle aura été suffisamment méditée par les médecins aliénistes, de mieux saisir la part de responsabilité qui revient à l’hérédité, dans la classe si nombreuse des vésanies sine matériel.
Disons quelques mots de la marche du délire chronique, et des différentes périodes de cette entité morbide, à peine entrée aujourd’hui dans le cadre nosologique.
A début insidieux, à marche progressive et régulière dans ses manifestations, le délire chronique, survient presque exclusivement, chez des gens déjà marqués d’une tare héréditaire.
La maladie peut se déclarer à un âge plus ou moins avancé, sans qu’on puisse môme invoquer dans ce cas, l’existence d’une cause occasionnelle bien manifeste, pouvant expliquer l’apparition des phénomènes d’inquiétude et de malaise, qui marquent le début et l’invasion des manifestations délirantes.
N’ayant jamais présenté aucun désordre intellectuel, pouvant révéler la maladie dont il portait en quelque sorte le germe, le malade est envahi peu à peu par un malaise, une fatigue vague, un sentiment d’inquiétude, accompagnés souvent de désordres plus ou moins marqués, dans ses fonctions physiologiques ou dans ses relations extérieures. L'insomnie intermittente, les troubles de la digestion, la tendance à l’isolement, sont les premiers symptômes qui dévoilent à un esprit attentif, l’état intellectuel du malade. Ce dernier oublie peu à peu les impressions qu’il a ressenties durant cette première période, à
laquelle Magnan a donné le nom de période d’ inquiétude, et il faut, quand on cherche plus tard à rétablir les faits, interroger avec soin l’entourage, pour ne pas laisser passer inaperçues ces premières manifestations morbides.
Progressivement, la persistance de ces troubles somatiques, auxquels viennent s’adjoindre des hallucinations de l’ouïe, de l'odorat, du goût, de la vue, assez rares d’ailleurs, amène le malade, à rechercher la cause du désordre physique et moral, qu'il observe en lui-même. La défiance pénètre en lui; il accuse ses voisins, ses proches; il croit qu'on cherche à lui être désagréable, il s’imagine qu’il est devenu un objet de dérision, il croit à des ennemis invisibles.
Quand il parvient à mieux systématiser son délire, i[ coordonne dans son imagination maladive les faits qu’il observe ; il cherche à remonter à la source.
Les mets qu'on lui présente ont un goût étrange, il suppose que celui qui les lui sert, est complice de la nuée d’ennemis qui le poursuit. La bande invisible l’accuse de méfaits imaginaires, et peu à peu s’ancre dans son esprit la conviction bien arrêtée, qu’il est soumis à une série de persécutions, dont les auteurs sont plus ou moins bien désignés par lui, suivant la systématisation plus ou moins parfaite de ses conceptions délirantes.
La variabilité possible des moyens dont disposent ses ennemis, est en quelque sorte indéfinie, et la cause â laquelle il rapporte de préférence les impressions subjectives qu’il perçoit, dépend essentiellement de sa culture intellectuelle, et du milieu dans lequel il a vécu.
Les démons, les magiciens, les agents mystiques, sont les principaux fauteurs de désordre, chez les malades à idées religieuses. JD’autres fois, les influences politiques, les idées de persécution par des associations puissantes, D. 4
L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES
dominent la scène pathologique. Enfin, les moyens mis en œuvre sont de toutes sortes, l’électricité, le magnétisme, les influences occultes, sont le plus fréquemment indiquées.
Sous l’empire de ces persécutions, le malade change perpétuellement de maison, de ville, il quitte son pays. Quelquefois, une interruption passagère, lui fait croire que ses ennemis ont perdu sa trace; mais bientôt la réapparition des symptômes morbides lui indique que cette espérance est vaine, et que les ennemis acharnés à sa perte, n’ont fait que ralentir un moment leurs tentatives coupables. Alors affolé, ne sachant à quoi attribuer cette poursuite, à quoi rapporter toutes ces persécutions, il cherche quel peut être le mobile de ceux qui s’acharnent ainsi contre lui.
C’est ainsi que par une transition insensible, le complexus pathologique change peu à peu, et que succède à la période des persécutions, une troisième modalité du délire.
Si l’on en veut ainsi à sa vie, si l'on cherche à l’atteindre dans ses affections ou ses intérêts, c’est que la jalousie de ses ennemis a suscité chez eux le désir de l’amoindrir, de le dénigrer ou de lui nuire.
Quand le malade cherche à réagir, et croit connaître un des auteurs de ses malheurs ou de ses souffrances, il peut commettre un homicide, mais le plus souvent affaibli par la fatigue physique et morale, il ne cherche qu’à se dérober à ses persécuteurs, soit par la fuite soit par le suicide. Alors il enfante dans son esprit des conceptions délirantes, capables d’expliquer les haines qu’il a soulevées. Il se croit riche, puissant, il est monarque, il est mêlé à un titre quelconque à de puissants intérêts, il est chargé d’une mission importante par ses amis, ses parents,
ses compatriotes; envoyé par Dieu, il se croit un pouvoir surnaturel, s’identifie avec toutes les puissances occultes. C’est le délire des grandeurs dans son plein développement, et avec toutes ses conceptions subjectives.
Enfin sons l’influence de ce travail intellectuel prolongé, de ces tourments incessants, de cette surexcitation psychique intense et continue, le délire, si bien systématisé au début, s’effondre, l’association des idées disparaît, l’intelligence se détruit, et le malade tombe dans une période finale de démence, où, inerte, béatement satisfait de luimême, privé de rapports avec le monde extérieur, il devient un être inconscient et réduit à la vie végétative.