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N° LXIX

GARÇON Mort à 13 ans de

méningite.

GARÇON

Migraines

syncopes,

lithiase

unique.

GARÇON

Convul-

sion

dans l’enfance, nerveux, crises

hysté-

riques.

PERE

Eczéma,

mort subitement.

MERE

Hystérique.

GARÇON Mort d'anthrax au cours d’un diabète.

GARÇON Diabète, monde phthisie.

GARÇON

Ilémorrhoïdaire. Migraines et épistaxis dans l’enfance, rhumatisant à 55 ans, sciatique, nodosités d’Heberden, asthmatique. A la suite de pertes d’argent, accès de manie hypochondriaque, crises de nerfs actuellement guéri.

Les relations entre les névroses et l’arthritisme sont on ne peut mieux établies aujourd’hui, et, pour ce qui concerne spécialement les psychoses, les rapports qu’elles affectent avec d'autres maladies, relevant aussi d’un état de dégénérescence, telles que la scrofule, la tuberculose et le rachitisme, sont établis depuis déjà assez longtemps. « Aliénés, idiots, scrofuleux, rachitiques, en vertu de leur commune origine, de certains caractères physiques et moraux, doivent être considérés comme les enfants d’une même famille, les rameaux divers d’un même tronc » (Mo rca ij de Tours). Le fait avait déjà frappé Portai,

qui avait noté la coïncidence fréquente, dans une même généalogie, de la manie, de l’épilepsie et de la phthisie pulmonaire (1), et récemment Grasset a appelé l’attention, avec un peu d’exagération toutefois, sur la fréquence de la scrofule et de la tuberculose chez les hystériques (2).

Dans la goutte, les troubles nerveux de toute espèce sont très fréquents, tiennent une grande place dans la symptomatologie de cette affection et peuvent affecter l'intelligence, la motilité, la sensibilité générale et spéciale. M. Charcot a fait remarquer que l’on peut rencontrer, dans la goutte, des formes analogues à celles du rhumatisme cérébral, le délire aigu, la folie et la céphalée (3) L’aliénation mentale a été observée dans la goutte par Whytt,qui en a rapporté plusieurs exemples ; on a observé également des cas de folie, survenant à la suite de la cessation brusque d’un accès : Lorry, Garrod en ont rapporté plusieurs cas, et Dagonct a mentionné des faits d’accès d’aliénation mentale (4), alternant avec des accès de goutte, mais c’est surtout l’hypochondrie, pouvant aller jusqu’à l’impulsion suicide, que l’on rencontre le plus souvent chez les goutteux, en tant que manifestation mentale. Féré en a rapporté récemment un exemple (o). Quant à la mélancolie, qui n’est pas très rare dans la goutte, le retour des accès la fait en général disparaître. Notons,

(1) « Je connais une petite ville du département du Tarn, dont les individus de quelques familles sont atteints successivement, de génération en génération, de manie, d’épilepsie ou de phthisie pulmonaire; quelquefois, cependant, cette maladie est plus heureusement remplacée par d’autres moins fâcheuses. » Porta.l, Considérations sur la nature et le traitement des Maladies de famille et des maladies héréditaires. 3e édition, Paris, 1814, p. 36.

(2) Grasset, The Relations of Hysteria wilh scrofulous and the tubercular Diathesis. (Brain, 1884, january, t. VI, p. 133 et suiv.)

(3) Garrod, édition française, par Charcot et Ollivier, Paris, 1867, p. 582.

(4) Daoonet, Traité élémentaire et pratique des Maladies mentales, 1862

(5) Loco cilato , p. 57.

enfin, que la paralysie générale elle-même peut s’observer au cours de la goutte : M. Charcot en a observé un exemple (1). L’hémorrhagie et le ramollissement du cerveau sont fréquemment observés chez les goutteux et les arthritiques. L’hémorrhagie cérébrale, en particulier, est souvent une maladie de famille : Piorry en a cité un exemple, et Dieulafoy a montré que l’hérédité dans cette affection était chose assez fréquente (2). Mais, ici, il ne s’agit pas d’une affection héréditaire du système nerveux; ce qui se transmet des parents aux enfants, en vertu de la goutte ou de l’arthritisme , ce n’est point l’hémorrhagie cérébrale, mais bien la prédisposition à l’artérite, amenant à sa suite l’anévrysme miliaire (Charcot et Bouchard), et partant l’hémorrhagie. Ce qui s’hérite dans ce cas, c’est la lésion vasculaire, et non l’hémorrhagie cérébrale. Enfin ce qui montre encore bien qu’il ne s’agit pas dans l’espèce d’une maladie nerveuse héréditaire, c’est que les descendants de ces malades, ne paraissent point plus exposés que d’autres aux affections du système nerveux (névroses ou psychoses) : ils héritent ou non des anévrysmes miliaires de leurs générateurs, mais là se borne toute l’influence de la transmission héréditaire, qui porte sur le système vasculaire et non point sur le système nerveux.

A côté de ces apoplexies à lésions matérielles, on peut observer, chez les goutteux, des phénomènes congestifs ou apoplectiformes, alternant parfois avec les manifestations articulaires, ce qui tend à prouver que quelquefois ces métastases de la goutte vers le cerveau sont purement dynamiques, semblables, en cela, aux attaques d'aphasie ou

(1) Cité par F'éré. Obs. LXXVIII, p. 58.

(2) Dieulafoy, Du rôle de l’Hérédité dans la production de l'hémorrhagie cérébrale. Acad, de méd., 1876. {Gaz. hebdom., 1876, p. 594). — Voy. aussi la thèse de Cellier, inspirée par Dieulafoy, De l'influence de l'Hérédité dans la production de l’hémorrhagie cérébrale. Th. Paris, 18 77.

d’aphémie transitoires, que l’on peut observer aussi dans les mêmes circonstances (Gairdner, Charcot). Notons enfin que, chez les goutteux, on rencontre fréquemment, parmi les troubles du début, le vertige, pouvant simuler la symptomatologie du vertige labyrinthique (Bouchard).

Parmi ces troubles prémonitoires, on peut noter encore les gastralgies, la migraine (1), si commune chez eux, l’asthme qui peut précéder les accès ou alterner avec eux, et qui, parfois même, peut alterner avec des accès de manie goutteuse, comme Norman en a rapporté tout récemment des exemples, dont un entre autres avec hérédité nerveuse très nette (2).

L’épilepsie n’est point rare chez les goutteux, Féré en a rapporté plusieurs exemples dans sa famille névropathique (3); il en est de même des accidents hystériformes qui, comme l’a montré M. Charcot, se voient quelquefois chez les femmes au cours de la diathèse urique. Mosséena rapporté récemment un exemple chez un enfant de dix ans et demi. Les tics ont été aussi observés chez les goutteux, et Lhirondel et Féré ont noté la coexistence de la goutte et de la maladie de Parkinson. Notons enfin, chez ces malades, la fréquence des névralgies de divers ordres, de la sciatique entre autres, et des douleurs lancinantes des membres. Les relations entre la goutte et le diabète ont été indiquées plus haut, je n’ai pas à y revenir; je signalerai seulement, en terminant, que la névrose, angine de poitrine, s’observe assez communément dans la goutte, et

(1) Norman, On Insanity alternating with spasmodic asthma. ( Journal of Mental Science, 1885, april.)

(2) Loco citato, p. 52. Obs. 73, 74, 75, 76.

(3) Je rappellerai ici que, clans la statistique portant sur 350 épileptiques, que je rapporte dans le tableau de la page 117, la migraine se rencontre chez les ascendants dans la proportion de 24,5 p. 100, proportion plus forte que celle de l’épilepsie, qui n’est que de 21.2 p. 100.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

que dans ces cas sonpronosticesten général tout autre que lorsqu’on la rencontre associée à d’autres états morbides. L'angor pectoris est un syndrome et non point une maladie. Associée fréquemment aux lésions cardio-aortiques, où son pronostic est extrêmement grave, elle peut se rencontrer dans d’autres états morbides, tels que le tabes (Landouzy,Vulpian), l’hystérie, la maladie de Basedow (Marie), la dyspepsie (Potain), aussi doit-on : ainsi que l'a montré Landouzy, diviser cette névrose en deux grandes classes. « Dans la première, l’accès angineux est produit par des causes occasionnelles agissant sur un substratum organiquement lésé; dans la deuxième, les malades doivent leurs accès à des causes occasionnelles survenant sur un substratum fonctionnellement lésé,» et plus loin Landouzy (1 ), étudiant la pathogénie de ces fausses angines de poitrine, l’établit de la façon suivante :

« Une interprétation plus complète des faits montre qu’il est toute une catégorie de malades qui souffrent d’angine de poitrine, comme ils ont souffert d’asthme, d’accès de palpitations, de névralgies, d’anesthésies, de contractures ou de mille autres perversions nerveuses, qui pour apparaître n’ont besoin que d’être conditionnées par des perversions fonctionnelles, fuyantes ou tenaces, légères ou graves, circonscrites ou diffuses, frustes ou éclatantes, ressortissantà des vices de nutrition transitoires ou durables, que ceux-ci soient acquis ou qu’ils soient héréditaires. C’est envisagée de la sorte, que la question de l’angine de poitrine deviendra une des questions doctrinales et pratiques les plus intéressantes, et qu’on se convaincra que, par l'analyse de ses conditions étiologiques et pathogéniques, on ne saurait pas plus la distraire

(1) L. Landouzy, De l’Angine de poitrine envisagée comme symptôme dans ses rapports avec le nervosisme arthritique. ( Prog . médical ,) 1883.

de l'étude de l’arthritisme que de l’étude de l’un de ses aboutissants les plus accapareurs du nervosisme ». (Landouzy.)

Les associations morbides entre la goutte et les affections nerveuses, que je viens de passer brièvement en revue, s’observent aussi, et avec une fréquence à peu près égale, dans le rhumatisme. Dans l’hystérie, il n’est point rare de rencontrer ce dernier, et les deux maladies peuvent évoluer ensemble, sans s’influencer notablement l'une l’autre. Les manifestations cérébrales du rhumatisme, comme celles de la goutte, sont bien connues; dans ces différents cas, le rhumatisme ne fait que réveiller une prédisposition : c’est surtout chez les névropathes et chez les héréditaires que l’on voit éclater le rhumatisme cérébral, tantôt sous forme de céphalée, tantôt sous forme de délire avec ou sans agitation maniaque (folie rhumatismale Griesinger, Mesnet), et cela suivant la prédisposition spéciale du sujet. Peut-être en est-il de même pour les localisations du rhumatisme sur la moelle et ses enveloppes, mais ici encore, comme pour les localisations spinales des maladies infectieuses, les documents que nous possédons sont encore insuffisants, pour se prononcer d’une façon certaine, dans uri sens ou dans l’autre.

C’est en raison de la coexistence fréquente du rhumatisme et des névropathies, que l’on peut se rendre compte de la fréquence des manifestations psychiques au cours des maladies du cœur (1). Il est à regretter que l’hérédité

(1) Hirtz, Des Manifestations cérébrales dans les affections cardiaques. (Th. Paris, 1877). — Marratê, Des troubles mentaux dans l'asystolie. Th. Paris, 1880. — Limbo, Contribution à l'étude des Encéphalopathies d’origine cardiaque. Th. Paris 1880. — D’Astros, Des Troubles psychiques chez les cardiaques. Th. Paris, 1881.

J. -B. Laurent, Contribution à l’étude du Délire dans les maladies du cœur. Th. de Lyon, 1884.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

nerveuse n’ait pas été recherchée avec plus de soin, dans tous les cas d’encéphalopathie dite cardiaque : cependant le travail de Laurent renferme plusieurs observations, tendant à prouver que la prédisposition joue un rôle prépondérant dans le développement du délire.

Le rhumatisme peut accompagner quelquefois la maladie de Parkinson, mais c’est surtout avec la chorée qu’il alfecte des rapports intimes, à tel point que, pour certains auteurs, la chorée ne serait qu’une des formes du rhumatisme, d’où le nom de chorée rhumatismale qui est quelquefois donné à cette névrose.

Les relations du rhumatisme et de la chorée sont importantes à étudier, non seulement au point de vue purement statistique, mais encore et surtout au point de vue doctrinal, car c’est sur l’existence d’une chorée dite rhumatismale que l’on s’est appuyé, pour chercher à établir la nature arthritique de beaucoup d’affections du système nerveux, en particulier des névroses.

Ce fut Bouteille d’abord, puis des médecins anglais, Copland, Babington, Brighl, qui insistèrent les premiers, sur la coexistence de la chorée, du rhumatisme et des affections cardiaques, et la première statistique sur ce sujet est due à Hughes (1) qui, sur 108 cas de chorée, en mentionne 14, compliqués de rhumatisme et d’affection cardiaque. Dix ans plus tard, le même auteur publia, avec Burton Browne, une deuxième statistique, où la proportion précédente se trouve absolument renversée (2); car, sur 104 cas bien observés, les auteurs précédents n’en constatent que 15, sans rhumatisme ou lésion cardiaque. S. Ivirkes (3) soutient une opinion analogue, et en 1850,

(1) Hughes (Guy’s Hospital Reports, 1846).

(2) Hughes and E. Burton Browne (Guy’s Hospital Reports, 1856).

(3) S. Ivirkes, Medic. Times and Gazette , 1869.

G. Sée, publiant un travail sur les relations de la chorée et du rhumatisme, arrive aux mêmes conclusions que les auteurs précédents (1). II. Roger, notant également les coïncidences entre la chorée, le rhumatisme et les affections cardiaques, distingue une chorée rhumatismale, une chorée cardiaque et une chorée rhumatico-cardiaque ; il insiste sur ce fait, à savoir, que, le rhumatisme articulaire des enfants étant plus souvent subaigu qu’aigu, et fréquemment limité à un petit nombre de jointures, bien souvent la présence du rhumatisme doit avoir échappé à l’attention des observateurs. Sur 71 choréiques, cet auteur a observé 47 fois l’endocardite seule, 19 fois l’endo-péricardite et 5 fois seulement la péricardite (2). G. Sée avait sur 128 choréiques constaté 61 fois le rhumatisme et les aifections du cœur. West (3), Ogle,'Jacobi, Pye Smith (4), rapportèrent des statistiques concordantes avec celles de G. Sée et de Roger, et en 1878, Clitïord Albutl et G.Gee (S), insistèrent encore sur les relations qui existent entre la chorée et l’endocardite. Enfin, Rroadbent, cherchant à établir une relation entre les affections du cœur et la chorée au point de vue pathogénétique, en vint à imaginer l’hypothèse de l’embolie cérébrale capillaire, comme pouvant donner lieu aux symptômes par lesquels se traduit cliniquement la danse de Saint-Guy.

La nature rhumatismale ou rhumatico-cardiaque de la chorée, admise par beaucoup de médecins en France et en Angleterre, ne trouva que peu de crédit en Allemagne : Steiner sur 252 choréiques ne constate que 4 fois l'exis-

(1) G. Sée, De la Chorée et des affections nerveiLses. {Mêm. de l’Ac. de médecine , 1850.)

(2) Roger, Séméiotique des maladies de l’enfance. Par;s, J £64.

(3) West, Diseuses of Infancy and Children (London, 1813).

(4) Pye Smith (Guy 's Hospital Reports!, 1876.

(5) Clifford Albutt and Gee : Med. Times and Gazette. 1878, p. 505.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

tence du rhumatisme articulaire ; Ziemssen, tout en reconnaissant que l’on rencontre l’endocardite chez les choréiques, ne croit pas la chose très fréquente, et Leuhe, s’appuyant sur les elfets négatifs du salicylato de soude dans la chorée, s’oppose à toute identité de nature entre cette affection, et le rhumatisme articulaire (1), Lebert, Strümpell (2), émettent une opinion analogue à celle de Ziemssen. Eichhorst croit que, dans beaucoup de cas, les souffles de la pointe des choréiques relèvent de l’anémie et non d’une lésion valvulaire (3). Enfin, Virchow, tout en reconnaissant que, dans bon nombre de cas, le rhumatisme accompagne la chorée, estime que, dans la grande majorité, cependant, cette connexion n’existe pas (4). En résumé, pour les auteurs précédents, on voit que si tous ou presque tous admettent une coïncidence plus ou moins fréquente du rhumatisme avec la chorée, ils n’y voient pas cependant l’expression d’une loi. En résumé, nous sommes aujourd’hui en présence de deux opinions fort différentes, quant aux rapports qui peuvent exister entre le rhumatisme et la chorée. En France et en Angleterre, on y voit une relation de cause à effet; en Allemagne, une coïncidence. Ajoutons enfin que récemment, une nouvelle opinion vient de se faire jour sur la question qui nous occupe. Pour Joffroy, les arthropathies des choréiques ne seraient point rhumatismales, mais bien de nature nerveuse, et analogues à celles que l’on rencontre dans certaines affections du système nerveux central ou périphérique: ce seraient des arthropathies choréiques et non rhumatis-

(1) Leubk, Deutsch Archw. f. Iclin. Médecin., XXV, 2 et 3, p. 242.

(2) Strümpell, Lehrbuch d. Speciel. Pathol, und Thérapie, 1884, t. II, p. 392.

(I) Eichhorst, Lehrbuch d. Speciel. Pathol, und Thérapie, 1885, t. III, p. 434.

(4) Virchow, Pathologie und Thérapie, t. I, pp. 104-i 65.

males. Celte interprétation, possible dans quelques cas exceptionnels, me parait inadmissible, si on l’applique d’une façon générale aux lésions articulaires que l’on rencontre au cours de la chorée de Sydenham (1).

Dans un travail très récent, Prior (2), reprenant l’étude du rhumatisme chez les choréiques, donne les chiffres suivants basés sur une statistique personnelle. Dans un premier groupe comprenant 85 malades, il n’existait ni rhumatisme ni affection cardiaque ; dans un deuxième groupe comprenant un seul malade, il y avait affection du cœur et rhumatisme; dans le troisième groupe comprenant 4 malades, il y avait bien encore lésion cardiaque, mais cette dernière s’était développée plusieurs années avant l’apparition de la chorée.

Ainsi donc, sur les 92 malades de Prior, il n’y en a que 5 où il existe une connexion entre le rhumatisme, les lésions du cœur et la chorée, 5,4 p.100; tandis que la noncoïncidence est de 94,6 p.100. Du reste, comme le fait remarquer cet auteur, quelle que soit l’importance de la statistique, on peut invoquer un grand nombre d’autres arguments contre l’existence d’une relation entre le rhumatisme et la chorée. Cette dernière est surtout une affection de l’enfance et de l’adolescence, c’est le contraire pour le rhumatisme articulaire aigu et l’endocardite; la danse de Saint-Guy frappe les filles plus souvent que les garçons, et c’est encore précisément l’inverse pour le rhumatisme. L'étiologie de ces deux affections ne se ressemble donc guère ; en outre, et c'est là un point sur lequel Prior n'a point à mon avis suffisamment insisté, l’héré-

(1) Joffroy, De la nature et du traitement de la chorée. (Progrès médical . 1885, p. 437 et 486.)

(2) Prior, Ueher den Zusammenhang zwischen Chorea minor mit Gelenkrheumatismus tind Endocarditis . (Berliner klinisch. Wochensch ., 1886, u° 2. p. 17.)

dité nerveuse joue, comme je l’ai montré précédemment (1), un rôle prépondérant, sinon unique, dans le développement de la chorée. Enfin, le rôle considérable que peuvent jouer les impressions morales, la suggestion, dans le développement de cette affection, sont, comme l’indique très justement Prior, bien peu en faveur de la nature rhumatismale de la danse de Saint-Guy.

On peut donc dire aujourd’hui que la chorée de Sydenham n’est point une affection rhumatismale, que, suivant les races et suivant les pays, la proportion peut varier quant à la fréquence de la coïncidence de ces deux affections, mais qu’en tout cas, il n’existe pas entre elles une relation de cause à effet, l’une ne dérive pas de l'autre. Le rhumatisme articulaire n’engendre point la chorée, il peut bien apparaître chez un malade, avant, pendant ou après la danse de Saint-Guy, mais ce n’est qu’affaire de pure coïncidence. La chorée de Sydenham ne reconnaît qu'une seule cause, à savoir : l’hérédité nerveuse, similaire ou dissemblabl e, qui crée la prédisposition. Cette dernière peut être réveillée de différentes façons, tantôt par une impression morale quelconque, tantôt par la suggestion, souvent par le rhumatisme articulaire, quelquefois par d’autres maladies infectieuses (rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde, diphthérie), enfin par l’état de gestation. Dans ces différents cas, on a toujours affaire à la même symptomatologie, la prédisposition héréditaire a été mise enjeu de diverses manières, mais le résultat est toujours le même , c’est toujours de la chorée dont il s’agit. 11 faut donc se garder de l’axiome * post hoc ergo propter, et ne point prendre pour une cause ce qui n’est que le résultat d’une simple coïncidence. Il n'existe pas une chorée rhu-

(1) Voy. p. 126 et suiv.

matismale, mais bien du rhumatisme chez un choréique; cette dernière éventualité est, du reste, loin d’être la règle, et lorsqu’elle existe, il ne s’agit, somme toute,je le répète, que d’une pure et simple coïncidence.

Ce que je viens d’exposer, à propos des rapports du rhumatisme et de la chorée, s’applique à ce qui concerne les relations de la goutte et de l’arthritisme, avec toutes les affections du système nerveux. Ici non plus il n'y a pas de relation de cause à effet, il n’y a que des associations symptomatiques plus ou moins fréquentes, c’est une question de terrain et non une question de graine. L’arthritisme et le nervosisme ont entre eux de nombreux points de contact, mais ils ne s’engendrent pas mutuellement ni réciproquement. Si l’on compare chacun de ces états morbides à un arbre à nombreux rameaux, on voit facilement (M. Charcot, communication orale)lespoints où certains de ces derniers, passant d’un arbre à l’autre, établissent entre les deux souches primitives, des liens d’étroite parenté. En continuant à employer la môme comparaison, on peut dire que certaines branches de l'arbre neuro-pathologique (chorée de Sydenham, maladie de Parkinson, hystérie) sont en connexion plus ou moins marquée avec des branches de l’arbre de l’arthritisme; tandis que d’autres, issues également de la même souche nerveuse (épilepsie, neurasthénie), affectent avec celles de l’arthritisme des rapports beaucoup moins intimes. Pourquoi cette intimité existe-t-elle dans certains cas, et point dans d’autres? C’est là une question à laquelle il est encore impossible de répondre actuellement; le fait existe, il attend encore son interprétation.

Envisagés dans leur pathogénie, l'arthritisme et le nervosisme peuvent être, ainsi que je l’ai indiqué précédemment, considérés comme relevant d'un trouble géné-

ral de la nutrition, et c'est à ce fait qu’ils doivent vraisemblablement leurs connexions fréquentes. Ce sont l’un et l’autre des produits de dégénérescence, et, comme le fait remarquer Féré, « c’est à ce titre que la névropathie, la scrofule, la tuberculose, l’arthritisme, etc., se trouvent diversement combinés dans les familles, et dans certaines conditions, leurs manifestations se transforment et s’excitent réciproquement » (1).

Si nous jetons maintenant un regard sur les faits rassemblés au cours de ce travail, nous pouvons voir que ce qui domine, dans toutes les affections du système nerveux envisagées au point de leur genèse, c’est le facteur de l’hérédité. Cette dernière peut être similaire ou dissemblable, directe ou collatérale, atavique, homochrone, etc., mais on peut dire qu’elle existe toujours à la base de toutes les affections nerveuses. C’est elle qui crée l’état d’opportunité morbide, ce que l’on appelle la prédisposition, qui peut être définie: la maladie qui sommeille. Mais tous les sujets prédisposés ne voient pas leur névropathie éveillée par le même excitant. Chacun d’eux a son organe faible et plus irritable , dont l’excitation détermine l’explosion de la névropathie qui existait chez lui à l’état de tension. C’est ainsi qu’il faut comprendre la genèse des folies dites sympathiques , c’est ainsi qu’il faut comprendre l’action des fièvres éruptives, c’est ainsi encore qu’il faut comprendre faction du traumatisme signalée d’abord par Brodie chez les hystériques, et dont M. Charcot a montré, depuis des années, le rôle considérable, en tant que point de départ de beaucoup d’affections nerveuses. Cette action du traumatisme dans la provocation des troubles nerveux n’a pas tou-

(1) Fkrk, loco, citato , p. 63.

jours Ja même valeur pathogénétique, comme l'a indiqué M. Charcot. Tantôt le traumatisme met en évidence une disposition nerveuse déjà spécialisée : ainsi un choréique guéri de sa chorée pourra la voir réapparaître à l’occasion d’un choc. D’autres fois le traumatisme localise la manifestation nerveuse dans le voisinage de l’endroit frappé : ainsi dans la contracture hystérique, par exemple. D’autres fois enfin, il précipite la marche de l’affection déjà existante : tel est le cas quelquefois pour le tabes (Féré).

Il en est de même pour le choc moral, qui ne peut agir encore que sur un terrain prédisposé de par l’hérédité; aussi puissantes, aussi variées que puissent être les causes morales, elles sont insuffisantes par elles seules, pour altérer les facultés intellectuelles; l’aliénation mentale 11e se crée point de toutes pièces, il lui faut un terrain favorable pour se développer.

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