DES RELATIONS QUI EXISTE N, T AU POINT DE VUE
DE L’HÉRÉDITÉ
ENTRE LES AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX ET CERTAINES MALADIES GÉNÉRALES GOUTTE, ARTHRITISME, RHUMATISME
Des travaux de Weismann que j’ai précédemment, exposés, il résulte que l’hérédité est le résultat de la persistance indéfinie à travers les générations, de ce qu’il appelle le plasma germinatif, provenant de chacun des éléments reproducteurs (ovule et spermatozoïde). Si, avec M. Bouchard on considère l’hérédité pathologique comme un trouble de la nutrition transmis des parents aux enfants par les éléments mêmes de la génération, il est facile de comprendre le mécanisme suivant lequel s’effectue cette hérédité pathologique. L’ovule et le spermatozoïde participent au mouvement nutritif de chacun des générateurs; en d’autres termes, leur activité vitale est exactement la même que celle de chacun de ces derniers. Par conséquent, l’hérédité des parents aux enfants, n’étant qu'une hérédité cellulaire, ne peut être que la transmis-
L’HEREDITE DANS LES MALADIES
sion, — dans les cellules qui se forment successivement chez l’embryon, — de l’intensité du mouvement nutritif de chacun des générateurs; de telle sorte que, dit M. Bouchard, l’enfant représente le type vital de ses générateurs, parce qu’il tient d’eux la reproduction d’un type vital déterminé (1).
Cette hérédité peut être bonne ou mauvaise, la bonne hérédité se définit d’elle-même ; en quoi consiste l’hérédité mauvaise? En une déviation du type nutritif normal dans toutes les cellules de l’organisme, et très vraisemblablement, dans des déviations en plus ou en moins de ce mouvement nutritif (Bouchard).
Lorsque nous nous trouvons en présence d’un individu, qui est doué par hérédité d’une mauvaise vitalité, nous sommes obligés de rechercher si nous avons affaire à une variation en plus ou à une variation en moins, dans l’intensité des échanges de nutrition.
L’augmentation del’intensité du mouvementnutritif est peu compatible avec la durée de l’existence, car elle amène trop rapidement la consomption par excès des oxydations ; et si l’on se trouve en présence d’un individu à durée de vie moyenne, par le fait même que la vie s’est maintenue chez ce dernier, il faut que nous soyons en présence soit d’un type nutritif normal, soit d’un type nutritif amoindri.
Ainsi que l’indique M. Bouchard, les vies anormales héréditaires ou les santés originellement défectueuses, les constitutions chétives ouvrant leurs portes à la maladie, les dispositions morbides héréditaires et permanentes, les diathèses, ne peuvent être comprises autrement que comme une continuation directe, de par 1 hérédité , des cellules
(1) Cours de la Faculté (1882) inédit.
des générateurs douées d'une activité nutritive alanguie, jusqu’à celles de l’enfant.
Ces déviations du type normal de l’activité nutritive ne se montrent pas nécessairement avec le même degré, dans tous les systèmes et dans tous les appareils, bien qu’elles existent dans tous (Bouchard). Les conséquences de la permanence de cet état anormal de la nutrition pourront se traduire par des états dynamiques et des troubles fonctionnels. L’élaboration insuffisante de la matière à l’intérieur de la cellule pourra laisser s’accumuler, dans les tissus ou les humeurs, des substances qui normalement doivent être métamorphosées, ou bien les cellules ayant une nutrition imparfaite, pourront être par cela même conduites à fonctionner d’une manière anormale.
Au premier groupe appartiennent l’obésité, le diabète, la goutte; dans le deuxième, on peut ranger la migraine, l’asthme, les névroses; et dans ces dernières, on est forcé d’admettre une modification dans le fonctionnement de l’élément nerveux (Bouchard).
Si la théorie semble indiquer qu’il existe une sorte de déviation héréditaire commune dans ces cas où, du fait de l’état défectueux de la santé des générateurs, l’individu aura toute sa vie une existence défectueuse, l'observation démontre que cette visée n’est pas aussi théorique qu’elle pourrait le paraître au premier abord. Il existe en effet (Bouchard) un grand groupe de maladies de la nutrition, dont le fonds commun consiste certainement dans un ralentissement de cette dernière. Ces maladies, qui sont presque toujours héréditaires, constituent le groupe des maladies arthritiques, que l’on peut prendre comme type. Cliniquement et anatomiquement, ces maladies sont multiples, mais elles sont de même famille et peuvent s’as-
L’HEREDITE DANS LES MALADIES
socier, se succéder, ou alterner les unes avec les autres (Bouchard).
Or il n’est point rare d’observer, que les sujets présentant d'une manière bien nette le trouble nutritif qui se traduit par ces maladies, engendrent des individus névropathes, hystériques, choréiques, migraineux, asthmatiques, névralgiques, atteints de céphalée pendant leur adolescence, etc. L’hypochondrie, l’épilepsie, l’aliénation mentale, peuvent aussi se rencontrer dans ces conditions (Bouchard).
Dans un mémoire, auquel j’ai déjà fait allusion plusieurs fois dans le cours de ce travail, Landouzy et Ballet ont exprimé une manière de voir analogue, dans les termes suivants : « Ce dynamisme anormal de la cellule, qui met l’organisme en opportunité morbide nerveuse, ce dynamisme anormal — résultante vraisemblable de la prédominance chaque jour plus grande, dans nos civilisations intensives, du fonctionnement du système nerveux — peut, on le conçoit, par hérédité directe ou par atavisme, se transmettre à tout ou partie d’une descendance. De cette manière, nous pouvons, de nos générateurs, recevoir des cellules nerveuses qui, douées, à un taux bas ou élevé, d’activité fonctionnelle, nous préparent un tempérament nerveux; « le tempérament n’étant que la caractéristique « dynamique de l’organisme, le tempérament étant tout « ce qui concerne les variations individuelles des activi- « tés nutritives (1) » . On conçoit qu’un fils puisse recevoir de ses générateurs une manière d’activité nutritive de son appareil nerveux telle, que celui-ci soit congénitalement vulnérable, que chez ce fils, d’ores et déjà, l’appareil nerveux constitue un locus minoris resistentiæ.
(1) Bouchard, Cours de pathologie générale.
« On conçoit que, dans de pareilles conditions d’organisation, l’économie doive presque fatalement, un jour ou l’autre, verser dans le sens de la suprématie fonctionnelle et de la déviation nutritive. On conçoit que, dans de semblables conditions organo-dynamiques, un fils doué des aptitudes dynamiques et fonctionnelles, aussi bien que des aptitudes réactionnelles de son père, on conçoit que ce fils naisse candidat aux perversions nutritives de l’appareil nerveux, et par suite aux perversions fonctionnelles du même appareil ; on conçoit dès lors que, survienne ou manque une cause adjuvante un jour ou l’autre, ce fils, de né qu’il était pour les perversions nerveuses, devienne un nerveux dans toute la force du terme : un tabétique classique, si ce trouble nutritif s’affirme et se fixe sur la moelle; un paralytique général, enfin, si le milieu dans lequel vit le névraxe, a été vicié et par suite enflammé, d’une façon chronique et diffuse [scléroses périneurocellulaires ) (1) ».
Les relations qu’affectent entre elles les maladies humorales, déjà établies dans beaucoup de faits par Bazin, sont aujourd’hui bien connues, et, MM. Charcot et Bouchard ont montré, par de nombreuses statistiques, la fréquence de certaines coïncidences morbides, telles que le rhumatisme, la goutte, le diabète, l’obésité, etc.
Dans les deux tableaux suivants, concernant des malades dontM. Bouchard a bien voulu me remettre les observations, les relations entre les névroses, l’arthritisme, le diabète, sont on ne peut plus nettes au point de vue généalogique.
(1) L. Landouzy et Gr. Ballet, Mémoire sur les causes de l’ataxie, juin 1882. Prix Civrieux. (Mémoire inédit communiqué, pp. 212-214.)
L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES
MERE
goutteuse.
PÈRE
Colique
néphrétique.
FRERE
Rhumati-
sant
Goutte, gravelle, lithiase biliaire, diabète et albuminurie
PERE
Eczéma, Prurigo à la suite des moindres doses de quinquina.
Lithiase biliaire, rhumatisant, sciatique.
Mort d’albuminurie.
MÈRE
Rhumatisme
articulaire
chronique.
Diabète,
névralgie
faciale.
Diabète.
MERE
Rhumatisante
Goutte,
Névralgies
Migraines
Gravelle Coliques hépatiques.
FRERE
Diabétique
albuminu-
rique.