‹ L'héréditéChapitre 32 sur 61 · IE PR · texte numérisé non relu

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contrôle, d'imaginer un mécanisme paraissant expli: quer, plus ou moins heureusement, le dynanisme cellulaire.

Les explications de ce genre peuvent séduire les biologistes pour lesquels le langage physico-chimique a le prestige de l'inconnu, mais on est en droit d’exiger qu'elles s'efforcent de rendre compte au moins des faits observés et de tous les faits. Or, il est un: foule d'observations cytologiques qui, en dehors de celles tendant à prouver la réelle constance numérique des chromosomes, permettent de leur assigner, à coup sûr, une certaine individualité. Ces faits ne recoivent aucune explication dans la théorie physicochimique de DELLA VALLE et en montrent les indiscutables lacunes.

Certains adversaires de la théorie chromosomique en sont venus à mettre en doute la réalité même des chromosomes en tant que structures cellulaires. Pour eux, ce sont les agents de fixation qui provoqueraient la coagulation des nucléoprotéides du noyau et produiraient les soi-disant chromosomes. Il était de mode, il y a quelques années, d'objecter : « Montrez-nous des chromosomes dans une cellule vivante. » Sans doute, il existait quelques observations isolées. En particulier, MüLsow (1912) avait pu compter les chromosomes dans les gamètes vivants d'un Nématode, Ancyracanthus, vérifier leur constance numérique, la distribution de l’hétérochromosome dans les gamètes et la fécondation. Mais ce sont les observations récentes de BELAR (1927-1928), de MARTENS (1927, 28, 29) et de CHAMBERS (1924) qui

ont mis hors de doute que les chromosomes sont des Structures parfaitement définies du COyeE visibles sur le vivant.

Travaillant le premier sur des cellules, végétales (stigmates d'Arrhenatherum, poils staminaux de Tradescantia, etc), le second sur des cellules animales (spermatocytes d'Orthoptères), MaARTENS et BELAR ont, tous deux, apporté la preuve de la réalité des structures chromosomiques. Les chromosomes constitués sont visibles sur le vivant ; si on soumet les cellules à l’action des fixateurs sans cesser l’observalion microscopique, on peut se convaincre que ces agents ne font que préciser, rendre plus apparentes les parties préexistantes. Il en est de même si l’on effectue ensuite la coloration. Les photogràaphies d’un même objet vivant, fixé, puis coloré, publiéés par BELAR, ne laissent sur ce point aucun doute. Ces recherches nous montrent que nous pouvons avoir confiance dans les images obtenues à l'aide d’une technique cytologique adéquate. Les anciennes objections faites à la valeur des chromosomes, en tant que parties structurées du noyau, sont désormais sans objet.

Ceci est d'autant plus vrai que l'analyse du contenu cellulaire, faite au moyen de la microdissection par le mieromanipulateur, a apporté de précieux renseignements sur la forme, la consistance des chromosürfies. Au moyen d'aiguilles extrêmement fines on à pü, sous lé contrôle de l'examen microscopique, toucher; dans la cellule vivante, des chromosomes, fes acérocher de manièré à les sortir de là cellule, constâter qu'ils se laissent étirer à la facon de corps

élastiques (CHamBeRs, 1924). Il serait difficile après de telles observations de mettre en doute leur réalité !

Le

En ce qui concerne l'individualité des chromosomes, un des points les plus importants consiste dans le fait que les chromosomes forment, dans les cellules non réduites, des paires. Gela est incontestable dans les cas favorables où certains chromosomes présenient des différences suffisantes de taille ou de forme pour qu'on puisse, avec certitude, les identifier. Ainsi, chez Drosophila melanogaster, il y a toujours deux paires de longs chromosomes, une paire de petits chromosomes sphériques et les deux hétérochromosomes (fig. 11). Cette répartition, mise en doute par Jerrrev et Hicks (4925) qui avaient utilisé une techrique déplorable, a, au contraire, été confirmée sur une vaste échelle par les observations récentes de GUYÉNOT et NAVILLE (1929). Chez Anasa tristis, Ep. Wizson (1, 1905-06, 3, 1907) à montré que chacune des onze paires de chromosomes esi formée d'éléments ayant une taille caractéristique (fig. 23). Les figures de plaques équatoriales de Locusta, publiées par Mour (1914), ne laissent, non plus, aucun doute sur l'existence de paires chromosomiques (fig. 14 et 13).

La signification de ces paires n'est pas douteuse lorsqu'on constate que les gamètes ne renferment qu'un élément de chaque paire, que la copulation des pronuclei, lors de la fécondation, reconstitue les paires chromosomiques et que ce sont celles-ci qui se manifestent, à nouveau, lors de l’accouple-

ment des chromosomes, au moment de la réduction chromatique. |

La valeur des chromosomes, en tant qu'unités, se trouve encore indiquée par le comportement des hétérochromosomes. Le chromosome X est, par exemple, toujours double dans un sexe, toujours simple dans l'autre, et cela résulte, comme nous l'avons vu, de la nature des gamètes ayant participé à la formation de l'œuf.

Il y a ainsi un nombre considérable de faits qui parlent tous en faveur de l’idée que les chromosomes ne sont pas des gels ou des amas quelconques, mais qu'ils présentent des attributs caractéristiques, qu2 l’on peut suivre à travers toutes les cinèses d’un individu ou d’une lignée. Ce sont des faits qu'une théorie physico-chimique digne de ce nom devrait pouvoir expliquer. Il n’est pas suffisant de les nier.

La notion que les chromosomes paraissent récupérer, à chaque cinèse, une individualité manifeste se trouve encore confirmée par l'étude du comportement de ces éléments, lors des croisements entre espèces. Dans ce cas, les gamètes apportent souvent des appareils chromosomiques très dissemblables, quan! au nombre et quant à la forme. Lorsque la fécondation a eu lieu, la chromatine va-t-elle, après s'être dissoute dans le suc nucléaire, réapparaître, lors du changement de phase, sous l'aspect nouveau que doit conditionner le nouvel équilibre entre un céytoplasme et un noyau hétérogènes ? L'accouplement de ces nouveaux chromosomes se fera-t-il sans difficultés, comme cela est à prévoir, si l’on admet qu'il est indépendant de toute différence qualitative, les chro-

mosomes étant supposés avoir tous une constitution homogène ?

Toutes les observations montrent, au contraire, que les appareils chromosomiques paternels et maternels se retrouvent, avec toutes leurs caractéristiques, côte à côte, dans chaque cinèse de l'hybride. Elles établissent que l’appariement des chromosomes est rendu presque impossible, ce qui est la preuve évidente que ce phénomène dépend de la nature des chromosomes en présence.

C'est ainsi que HARRISON et DONCASTER (1914) ont réussi à croiser deux papillons, Lycia hirtaria qui possède 28 chromosomes assez grands et Z{hysia 20-

Be CS vos ms NE es Se 1, \ 1e RE A ca ee # e 1%: se. pe ve <> Ÿ [] # | 2 .e A pee AT" # e « Fs Cd ve. ROC Se a.%,0 6 PRE Qi \ 0e °° oo ° A B. C Fig. 41. — A, chromosomes (2 n) dans une spermatogonie

de Lycia hirtaria; B, chromosomes (2 n) dans Ithysia zonaria ; C, chromosomes (2 n) de l’hybride entre les deux espèces (d’après Harrison et DoNcASTER).

naria qui en à 112, plus petits pour la plupart. Les gamètes de Lycia renferment 14 chromosomes et ceux d'{thysia 56. Or, l'hybride présente précisément, dans ses cellules, 70 chromosomes, c'est-à-dire la somme (14 + 56) de ceux contenus dans les gamètes des parents. On peut de plus reconnaître, d’après leur taille, les chromosomes venant du père et ceux venant de la mère (fig. 41).

Des observations identiques ont été faites par FE-

sem.”

Ph? T/HÉRÉDITÉ

DERLEY (1913) au cours de croisements entre trois espèces de Pyg:æra ayant respectivement, dans leurs gamètes, 30, 29 et 23 chromosomes. Dans chaque cas, le nombre diploiïde dans l'hybride est la somme des nombres haploiïdes des deux parents. Il y a plus

les phénomènes de maturation sont profondément modifiés. Quelques chromosomes réussissent à s’apparier et subissent ultérieurement la disjonction. Mais la plupart, ne rencontrant aucun partenaire adéquat, ne s'accouplent pas et présentent une simple division longitudinale. La descendance de ces hybrides offre alors certaines anomalies, par rapport au

type habituel de l'hérédité mendélienne, sur lesquel- «

les je reviendrai ultérieurement. Ce qu'il importe de noter dès maintenant, c'est qu'il y a un parallélisme irès remarquable entre les anomalies dans la distribution des chromosomes et les perturbations dans les phénomènes d’hérédité.

Les recherches de ROSENBERG (1, 1909) ont également montré que l'hybride Drosera obovata possède 30 chromosomes, c’est-à-dire la somme des nombres haploides des espèces parentes (Drosera rotundifolia, n — 10 ; D. longifolia, n — 20). Au moment de la maturation, 10 chromosomes de chaque espèce peuvent s’apparier et forment 10 gemini qui subissent une disjonction typique. Quant aux 10 chromosomes en excédent, ils ne forment pas de couples, ne sont insérés que lâchement sur le fuseau et passent au hasard à un pôle ou à l’autre, sans se diviser. Quelques-uns sont même rejetés dans le eytoplasme où ils se vacuolisent et forment des sortes de noyaux nains. Les mêmes phénomènes s’observent, à quelques va-

riantes près, aussi bien lors de la formation du pollen que pendant celle du sac embryonnaire.

La persistance des chromosomes des parents dans l'hybride se rencontre encore dans les hybrides de roses étudiés par BLACGKBURN et HARRISON (1921). Les roses ont généralement 14 chromosomes. Certaines espèces tétraploïdes ont le nombre double, 28. Les gamètes ont alors 7 ou 14 chromosomes et la réduction chromatique est parfaitement régulière. Les hybrides, par contre, ont soit 21 chromosomes (7 +14), soit 28 (7421), soit 35 (7+28) ou 42 HU P28) A0 tous ces hybrides présentent des anomalies dans la réduction chromatique, même s'ils ont un nombre pair de chromosomes. Ainsi, tandis que l'espèce tétraploïde, à 28 chromosomes, forme régulièrement des gamètes à 14 éléments, l'hybride à 28 chromosomes, provenant d'un croisement entre gamètes à 7 el à 21 chromosomes, ne forme que 7 couples ou gemini capables de disjonction ; les 14 chromosomes supplémentaires restent isolés. Les formes pentaploïdes à 35 chromosomes (7+28, 28 étant lui-même—7+21) ne forment également que 7 gemini, 21 chromosomes ne s'appariant pas. Dans les races hexaploïdes, à 42 chromosomes, il y a formation de 7 gemini, 28 chromosomes restant isolés.

Tous ces faits montrent surabondamment que l'appariement des chromosomes ne résulte pas d'un grossier phénomène physique, déterminant l'accolement de masses chromatiques quelconques ; ATV a, en réalité, appariement que de chromosomes présentäñit des structures et des constitutions sufTisam-

ment homologues. Cette observation suffit à mettre en évidence leur individualité.

La notion de l'individualité des chromosomes est encore confirmée par les faits de polyploïdie, de polysomie et d'aberrations chromosomiques. Ayant longuement examiné ces variations du patrimoine héréditaire dans un autre ouvrage (1), je n'y ferai ici qu'une simple allusion. Dans beaucoup de végétaux, plus rarement chez les animaux, se produisent des mutations qui entraînent une multiplication du nombre primitif de chromosomes. Par exemple, si

une plante a, comme nombre haploïde, 7 chromoso-

mes et comme nombre diploide 14, nous pouvons considérer qu'elle renferme deux séries de 7 éléments, puisque tous les chromosomes sont représentés par deux individus formant une paire. Appelons génome une série de 7 chromosomes ; la plante diploïde normale possède 2 génomes — 14. Or, il apparaît des mutants ayant 3, 4, 5, 6, 7, 8 génomes, etc, c’est-àdire 21, 28, 35, 42, 49, 56 chromosomes. Ce sont des formes polyploides que l'on distingue en triploïdes (3 génomes), tétraploides (4), pentaploïdes (5), hexaploides (6). etc Dans le cas où les chromosomes sont différents les uns des autres, on peut alors reconnaitre que tel chromosome n'est plus représenté par deux individus (nombre diploïde, normal) mais par 3, 4 , 5, 6, etc. Au moment de la réduction chromatique, ces chromosomes de même sorte se rapprochent en formant des groupes trivalents, tétrava-

(1, E. Guyéxor: La Variation, chap. VIII à X et XII.

lents, ete La distribution des facteurs génétiques , est superposable à celle des 3, 4, 5 chromosomes correspondants. Dans le cas où la réduction est possible sans anomalie, c'est-à-dire lorsqu'il y a un nombre pair de génomes (4, 6, 8), on constate que le nouveau type réalisé se maintient dans la série des générations. Si, comme le pense DELLA VALLE, les chromosomes n'étaient que des masses quelconques, dont le nombre moyen dépendrait de l'équilibre entre le cytoplasme et le noyau, on ne voit pas pourquoi ces organismes ne présenteraient pas un retour rapide à l’état d'équilibre primitif.

Dans les cas de polysomie, fort bien étudiés chez Datura stramonium par BLAKESLEE eb par BELLING, retrouvés dans Oenothera lamarckiana, Matthiola incana, Nicotiana tabacum, Lycopersicum esculentum et chez Drosophila melanogaster, il n'y a qu'une sorte de chromosome qui est à l’état triple ou quadruple, tandis que les autres ont le nombre diploïde normal. Par exemple, le nombre normal étant 24 (12 paires), les mutants polysomiques ont 25 ou 26 chromosomes, c'est-à-dire 11 paires normales plus une paire particulière, représentée par 3 ou 4 chromosomes au lieu de 2. On connaît des mutants correspondant au triplement ou quadruplement de l'un ou l'autre des 12 individus chromosomiques. Les facteurs contenus dans le chromosome triple ou quadruple présentent alors une distribution particulière qui permet d'établir que c’est bien dans Île chromosome envisagé qu'ils sont contenus. Chez la drosophile, on a observé de même des individus ayant 3 X ou 3 éléments de !a IV° paire (BRIDGES, 3, 1922) ; ici encore,

* les facteurs du 1° ou du 4° groupe ont une distribution, spéciale ét que lon peut prévoir.

Les aberrations chromosomiques consistent dans divers accidents que l’on peut déclencher par l’'action des rayons X, et qui amènent la soudure de deux chromosomes, la fragmentation d'un chromosome, la pérte d'un fragment de chromosome ou sa souduré sur un äütré élément chromosomique. Dans tous cés cas, à ces anomalies visibles correspondent dés anomalies adéquates dans la répartition des factéurs génétiques.

Tous ces faits montrent que Îles chromosomes ne sont pas dés grumeaux quelconques, mais des formalions aÿänt une forme, une taille et une constitution génétiqué caractéristiques, que ce sont de véritables individualités. Le caractère défini de leurs Variations en est une excellente démonstration.

fl semble que si l'on adopté les notions de conslance numérique er d’individualité des chromosomes, on Soit nécéssairement conduit à admettre la pérennité de ces éléments. Cela veut dire que les chromosomés pérsisteraiént, semblables à eux-mémes en tant que constitutior, pendant toute la vie de la cellule, aussi bien dans le noyau au repos que pendant la cinèse. Il y a quélques ännéés cette opinion pouvait être considérée commé franchement inconciliable avec lés donnéés de là cytologie. En effet, dès que la cinèse est terminée, les chromosomes paräissént s'éffacer, disparäître, 8i bien que, däns les

novaux au repos, on nobserve rien qui rappelle ces structures. La chromatine se présente alors, dans les préparations fixées et colorées, sous forme de grains et d'amas irréguliers distribués sans ordre dans le noyau, localisés surtout aux points d'intersection d'un réseau à peine colorable (fig. 42). Il

Fig. 42. — Spermatogonie de salamandre, dont le noyau cest au stade de repos (d'après PRENANT).

semble impossible de soutenir que les chromosomes soient des parties permanentes de la cellule, d'autant que les noyaux au repos, observés sur le vivant, paraissent avoir un contenu absolument homogène. Personnellement, au cours de recherches sur

la réduction cnroimatique chez la drosopnile, et bien qu'ayant l'attention très attirée sur ce point, j'ai été absolument incapable de reconnaître, dans le noyau au repos des spermatocytes, autre chose qu’un réseau très pâle, avant la première apparition des chromosomes sous forme de filaments à peine perceptibles.

Cependant, les très belles recherches de MARTENS parlent fortement en faveur d’une continuité morphologique entre les chromosomes en voie d’effacement à la fin de la division et les chromosomes qui réapparaissent de plus en plus nettement au début de la cinèse suivante. Je ne puis ici donner les arguments de l’auteur qui présupposent une connaissance approfondie des figures nucléaires, aux différents stades de la vie cellulaire. Par contre, je voudrais insister sur les raisons d'ordre génétique qui militent en faveur de la notion de pérennité des chromosomes.

Nous avons vu que, sous l'influence des rayons X, on peut produire plusieurs anomalies chromosomiques, telles que des soudures ou fragmentations de chromosomes ou des déplacements de segments chromosomiques qui abandonnent leur chromosome d'origine et vont se fixer sur d’autres éléments chromatiques. Que cela se produise une fois, nous pouvons le comprendre. Mais, comment concevoir, si les chromosomes se désagrègent réellement entre chaque division cellulaire pour se reformer à la suivante, que ces anomalies, au lieu d’être temporaires et de disparaître lors de la prochaine reconstruction, persistent pendant de nombreuses divisions de l'individu et soient transmissibles à la descendance, pendant

une suite illimitée de générations ? Il est vraiment difficile d'échapper à cette conclusion que les chromosomes gardent dans l'intercinèse, et sous une forme qui nous échappe, leur individualité.

Les belles recherches de microdissection de CHAM- BErs apportent, me semble-t-il, un peu de lumière sur cette question épineuse. Si l'on examine, sur le vivant, le noyau au repos des spermatocytes de l'Orthoptère Dissosteria carolina, on ne voit rien, même à l'ultramicroscope. Le noyau paraît optiquement vide : il est d'aspect homogène. Si l'on vient alors à léser mécaniquement la cellule par piqûre, on voit apparaître dans son noyau des filaments extrêmement fins, dont la disposition rappelle d'une façon frappante le réseau achromatique bien connu des cytologistes. L'observation est-elle prolongée, on voit ces filaments devenir plus précis : autour d'un axe hyalin se disposent des granulations d’abord espacées, puis de plus en plus nettes. Finalement, ces filaments se raccourcissent, l'écorce qui entoure lÎa partie axiale devient plus dense :; Les éléments ont alors acquis tous les caractères des chromosomes. Si Ja lésion mécanique est effectuée à un stade plus avancé, les premières phases sont éludées et ce sont des filaments déjà nets qui apparaissent d'emblée. Il arrive enfin un moment où ces filaments sont visibles sur la cellule vivante et intacte ; la piqüre ne fait plus que précipiter leur transformation en chromosomes caractéristiques.

Par ailleurs, nous savons que les chromosomes peuvent présenter des différences considérables de longueur et d'épaisseur suivant le moment où on les

considère : simples filaments grêles et très longs au début de la cinèse, ils se raccourcissent énormément en augmentant d'épaisseur au stade moyen de la division. Celle-ci effectuée, ils s'allongent de nouveau, redeviennent grêles et semblent disparaître.

Les filaments très fins que CHAMBERS a vu se former sont des structures d’une réalité indiscutable ; il a pü les accrocher avec une.fine aiguille deverre: les sortir du noyau, constater leur haut degré de viscosité, leur faculté de s'’étirer et de revenir sur eux-mêmes par élasticité. Lorsque ces filaments sont déjà visibles sur le vivant et se transforment rapidement, sous l'influence de la piqûre, en chromosomes du type métaphasique, il n’y a aucun doute qu'ils représentent des chromosomes en voie de condensation. La lésion mécanique ne fait que précipiter la concentration des chromosomes et, par suite, les rendre plus visibles. Si nous admettons que la piqûre intervient par le même mécanisme aux stades plus jeunes, nous pouvons en conclure que l’apparition de filaments très fins dans un noyau d'apparence homogène ne fait que révéler une structure préexistante, mais invisible.

L'apparence homogène du noyau examiné à l'ultramicroscope n'est pas, en effet, une objection suffisante pour nier a priori l'existence de telles « préstructures » chromosomiques. La visibilité des particules dépend de leur indice de réfraction et de leurs dimensions. RHUMBLER a montré qu'une émulsion d'huile où de gomme arabique, qui montre une structure alvéolaire au microscope, est parfaitement homogène à l'examen ultramicroscopique. D'autre part,

LA VALEUR D£S CHROMOSOMES 261

l'ultramicroscope ne nous permet d'apercevoir que des particules ayant comme plus petit diamètre de 0 micron 001 à 0 micron 004. Ces particules sont encore beaucoup plus grosses que les plus volumineuses molécules : entre le domaine des ultramicrons visibles à l’ultramicroscope et celui des molécules se trouve le monde des amicrons, inaccessibles à toute observation directe. Cette zone intermédiaire est d'ailleurs beaucoup plus étendue lorsqu'il s’agit de micelles hydrophiles, comme c'est le cas pour les albumines en général, les nucléoprotéides du noyau en particulier. Il est dès lors évident que des particules amicroniques pourraient être ordonnées suivant toutes les structures imaginables sans que celles-ci soient Île moins du monde visibles, De telles préstruclures ne deviendraient apparentes que par l’augmentalion de dimension de leurs grains ou par l'accumulation croissante de micelles autour de leurs éléments.

11 me semble, en définitive, que l’on peut formuler l'hypothèse suivante : dans le noyau au repos, les chromosomes existent sous une forme invisible, constitués par une file de particules amicroniques, formées d'une ou de quelques molécules. A l'approche de la cinèse, ces filaments s’accroissent et deviennent peu à peu visibles. Toute altération (piqûre, fixation) en amenant un accroissement brusque des structures latentes les révèle sous forme de filaments simulant généralement un réseau. Sur l'axe hyalin constituant la partie essentielle se fixent peu à peu des particuies de chromatine ; celles-ci augmentent l’épaisseur du filament, en même temps que la contraction de la partie axiale raccourcit le chromosome en for-

mation. Après 1a cinèse, le chromosome s'étire et s'amincit : la chromatine abandonne peu à peu le fi- Jament axial : le noyau repasse à l'état de repos.

I1 semble que les observations de CHAMBERS SUT la naissance des chromosomes apparents trouvent leur réplique dans les images qu'ofirent certaines cel-

Fig. 43. — Ovocyte de Rana; À, B, chromosomes des stades pachytène et strepsitène ; C, chromosomes plumeux.

lules, telles que les ovocytes de Batraciens. Là, les chromosomes visibles, après s'être accouplés, se séparent et entrent en repos pour une période de 3 ans. Pendant ce temps, l’ovocyte va s'accroitre et accumuler du vitellus à son intérieur. Or, les chromosomes d'abord bien colorables se transforment en sim-

ples filaments extrêmement fins, souvent à peine vi-

sibles et non colorables par les colorants de la chromatine : celle-ci paraît les avoir abandonnés et former des amas sphériques ou nucléoles chromatiques (fig. 43). Plus tard, ces « chromosomes plumeux » redeviennent colorables à mesure que la chromatine paraît s'accumuler à leur surface, puis se contractent fortement avant de subir la division réductionnelle. }

Des observations de ce genre, rapprochées de celles de CHAMBERS. conduisent à se demander quelle est la structure des chromosomes et surtout dans quelle partie se trouve le lieu matériel des facteurs génétiques. Nous ne pouvons sur ce point formuler que des hypothèses. Toutefois, on peut se demander si la chromatine qui représente pour Île cytologiste la partie essentielle du chromosome n'est pas une simple écorce particulièrement colorable, peut-être importante en raison de sa charge électrique et du rôle qu'elle peut jouer lors de la cinèse, mais Simple écorce autour de la structure fondamentale, Île filament primitivement invisible qui seul assurerait la pérennité et l'individualité du chromosome des généticiens. S'il en était ainsi, on comprendrait que le crossing-over puisse être réalisé à un moment où le chromosome est pratiquement invisible ; on saisirait pourquoi les longueurs calculées d’après les proportions de recombinaison (c'est-à-dire au moment où le chromosome est extrêmement grêle et al- Jongé) ne correspondent pas nécessairement aux longueurs réelles observées sur des chromosomes gros | et contractés.

En résumé, les chromosomes sont des structures

réelles de la cellule que l’on a pu voir et manipuler sur le vivant et les fixations correctes nous en donnent des images fidèles. Leur constance numérique est actuellement hors de doute ; leur individualité et leur disposition par paires ne sont pas moins certaines. Personne ne peut plus nier ces faits à moins de donner le pas aux idées préconçues sur les résultats de l'observation. La pérennité des chromosomes est vraisemblable et se présente comme une conséquence presque nécessaire de certains faits d'ordre génétique. Les points qui restent litigieux ne pourront être éclaircis que quand nous connaîtrons mieux la structure réelle des chromosomes et les rapports existant éntre le chromosome, riche en chromatine, du cytologiste et le chromosome dans lequel le généticien place le lieu matériel des facteurs héréditaires. En tout cas, aucune des objections adressées à la théorie chromosomique de l'hérédité, en se basant sur le caractère soi-disant artificiel des chromosomes, sur leur variabilité de nombre ou de constitution, ne peut désormais être prise en considération.

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