ATAVISME
soin par Sanson (93), qui a démontré son existence par des exemples nombreux et irréfutables.
Toutes les fois que Ton a créé par croisement une race soit de chevaux, soit de moutons, soit de bœufs, après l’avoir obtenue, on observe constamment des types qui font retour à l’une des formes mères, et il faut une sélection incessante pour la maintenir et la fixer.
Il est aussi certains cas, sur les confins de l’atavisme de race et de l’atavisme tératologique, qui semblent pouvoir être attribués à une véritable réversion vers une forme ancestrale, bien qu’il ne s’agisse pas de races récemment créées par l’homme, mais d’espèces naturelles. Telles sont les zébrures des mulets et des chevaux gris, les anomalies musculaires décrites par Testut (8 \ ) , qui reproduisent chez l’homme des dispositions particulières aux singes anthropoïdes, et le pélorisme de certaines plantes qui montrent, parmi leurs tleurs irrégulières, quelques fleurs régulières à 5 pétales, semblables à ce qu’étaient certainement les ancêtres moins différenciés dont elles sont descendues 1 .
1 Les observations de Sanson ont montré que les moutons métis Dishley-Mérinos, les bœufs métis Charolais-Durham, les chevaux nés du croisement des races asiatique et germanique, prennent d’abord aisément le type intermédiaire, puis font, presque invinciblement, retour à une des races mères. Les moutons du Berry ont reçu, dans le courant de ce siècle, quelques infusions de sang mérinos. Mais la pratique de ce croisement n’ayant pas été continuée, tous les caractères mérinos ont disparu. Cependant, on les voit de temps à autre reparaître dans la toison de quelques individus. — Les léporides sont de deux sortes, les uns sont redevenus de vrais lièvres, les autres de vrais lapins. — Parmi les béliers blancs et sans cornes de la race Southdown, il en naît fréquemment qui ont de petites cornes et le pelage noir, comme la race dont ils sont issus.
C’est, bien par une sorte d’atavisme de ce genre que les caractères moyens de la race interviennent pour rapprocher de la moyenne les produits des couples excep-
tionnels. Si vous accouplez des individus de très petite ou de très grande taille, < J ni aient la taille minima ou maxima de l’espèce, leurs produits seront plus grands que les parents dans le premier cas, plus petits dans le second. C’est l'effet de l’hérédité d’ancêtres de taille moins exceptionnelle.
(1 ai/ton (89) a établi ces faits et les a même mesurés au moyen d’expériences sur les pois de senteur et d’une statistique portant sur 160 familles. Pour les pois, il a exactement pesé et mesuré les graines, et formé des lots où toutes les graines étaient semblables dans chacun, tandis que les lots eux-mêmes différaient les uns des autres suivant une progression régulière. 11 a semé ces pois, et en divers points de l’Angleterre, côte à côte, de manière à ce que gros et petits fussent, dans chaque point, soumis à des conditions aussi identiques que possible, et il a pesé et mesuré tous les grains de la récolte. Pour les familles humaines, il a sollicité, par la voie des journaux, des renseignements détaillés, en promettant des prix d’une valeur totale
LES FAITS
y. Atavisme tératologique. — Toutes les fois qu'une hémitérie rappelle un caractère qui était normal clans les espèces dont dérive celle où on
de 500 livres sterling aux auteurs des meilleurs documents. Il est arrivé d'abord à cette conclusion que les deux parents ont une influence égale sur le produit. Soient maintenant M le degré moyen de la qualité étudiée dans la race, ± Q la quantité dont l’individu s’écarte de cette moyenne. Les deux parents ayant une influence égale, on peut prendre leur moyenne et considérer un parent moyen idéal unique qui sera, Q' étant le mâle et Q" la femelle :
(M db QO (5 :4- (M ± Q§ $ n
2 ~ ^ Le produit de ce parent moyen sera M zb | Q. Il y aura donc 2/3 transmis par l'hérédité, et 1 3 supprimé par l’atavisme. Ces 2/3 se partageant entre deux parents, on peut admettre que chaque parent et l’atavisme ont une influence semblable, égale pour chacun à 1/3 de l’excès de la qualité exceptionnelle sur la moyenne. — Nous avons dit plus haut comment il ramenait la taille de la femme à celle de l’homme en la majorant de 1 pouce par pied, soit 1/12.
Voici un exemple du calcul. Un homme a lm,72., une femme lm,62. La taille moyenne étant lm,69 pour l’homme et lm,56 pour la femme (ces chiffres sont hypothétiques), quelle sera la taille probable de leurs enfants ? Remarquons d’abord que les chiffres de la taille moyenne sont conformes à la règle, car lm,56 + lm,56 X -rr = lm,69.
La taille corrigée de la mère est 1,62 + 1,62 X -h= lm,755. La taille du parent moyen est (lm,72 -f- lm,755) X | — lm,7375 qui excède la taille moyenne de 1,7375 — 1,69 = 0,0475 dont les 2/3 sont 0,0313. La taille des enfants mâles sera donc 1,69 -j- 0,0313 = lm,7213 et celle des filles sera donnée par l’é quation: x + ~ x — lm,7213, d’où x = 1,7213 X Hr = lm,59.
Galton trouve qu’inversement, tout enfant ayant une particularité M + Q, dépassant la moyenne M de la quantité Q, a chance d’avoir un parent moyen M
Tout cela s’appliquerait non seulement à la taille mais à tous les caractères physiques et intellectuels.
L’auteur tire de là une loi de stabilité qui maintient l’espèce en dépit de la variation individuelle.
Les chiffres de Galton sont intéressants, car ils donnent la mesure de la décroissance de l'influence héréditaire que l’on soupçonne sans pouvoir l'évaluer. Un individu A a 2 parents ou ancêtres du 1er degré, 4 grands-parents ou ancêtres du 2° degré, 8 ancêtres du 3e degré, 16 du
4e 2n du nG. Admettons, pour faciliter
la discussion, la continuité du plasma germinatif. Le plasma de A était réparti tout entier dans ses deux parents, tout entier dans ses 4 grands-parents, tout entier dans l’ensemble de ses ancêtres de chaque génération. Si l'influence héréditaire ne subissait avec le temps aucune décroissance, celle des 2 parents, des 4 grands-parents, des 8 aïeux, des 2n ancêtres seraient toutes égales entre elles, l'influence héréditaire se diviserait donc en autant de parts égales -qu'il y a de générations et, dans chaque génération, cette part se répartirait entre, la totalité des ancêtres de même degré qui la représentent. S’il y avait seulement 4 générations, chacune aurait 1/4 d'influence, mais ce quart serait partagé en 2 entre les parents, qui en auraient chacun 1/8, en 4 entre les grands-parents qui en auraient chacun 1/16, en 8 entre les aïeux du 3e degré qui en auraient chacun 1/32, etc. Le nombre des générations antérieures à la dernière étant très considérable, la part d’influence de celle-ci serait presque nulle dans cette hypothèse. Les ancêtres, qui représentent en somme