ATAVISME
l’observe, on la considère comme engendrée par l’atavisme. L’hipparion est censé reparaître dans les chevaux à trois doigts, l’anchiterium dans ceux à cinq doigts, dont on a observé plusieurs exemples, sans compter le cheval d’Alexandre, le mammifère à mamelles multiples dans les femmes polymastes, le singe anthropomorphe dans les microcéphales, le singe inférieur dans les hommes à queue, etc., etc.
11 faut avouer que rien n’est moins démontré que ces assimilations. Il n’est pas douteux que le cheval descend d’un mammifère à cinq doigts et il est bien probable que c’est pour cela qu’à un moment de son ontogénèse, il a cinq doigts séparés. Mais si ces doigts au lieu de se rapprocher, de se souder et de disparaître, continuent à s’accroître, est-ce parce qu’il possède dans son plasma germinatif un reste de celui de cet ancêtre éloigné, reste qui, pour des raisons inconnues, se serait tout à coup développé, après être resté latent et inactif pendant les innombrables générations intermédiaires ? bien n’est moins sûr. Toute femme a-t-elle latents dans son plasma germinatif les germes des mamelles inguinales d'un ancêtre éloigné, et lorsqu’une mamelle inguinale apparaît par hasard, est-ce parce qu’un tel germe s’est développé? Rien ne le prouve. On peut même dire que tout prouve le contraire, car ces mamelles supplémentaires apparaissent d’ordinaire dans une situation qui n’est normale chez aucun animal, comme dans l’aisselle ou sur le dos. D’autre part, cette mamelle
la race avec ses caractères moyens, l’emporteraient de beaucoup sur les parents immédiats, et l’atavisme serait beaucoup plus fort (pie l'hérédité immédiate. S’il n’en est pas ainsi, c’est que l’influence s’atténue rapidement à mesure <pie le degré de parenté directe s'accroît. Galton nous apprend que la part de l’ensemble des générations antérieures n’est que 1/3 de l'influence totale. Encore ce chiffre serait il sans doute bien moins élevé s’il n'intervenait ici un autre facteur. Lin individu de très grande taille ne naît pas d’ordinaire ainsi, brusquement, dans une famille où, depuis de longues générations, la taille était moyenne. Ses parents, grands-parents et aïeux jusqu’à
un certain degré étaient aussi, sans doute, de grande taille, en sorte que l’atavisme éloigné tend seul à ramener la taille à un niveau beaucoup plus bas. Galton a fort bien remarqué que, si un couple très grand descend, par hasard, de parents moyens, la tendance à la régression chez les enfants de ce couple sera beaucoup plus forte que chez ceux d’un couple de même taille descendant de parents de taille élevée (*).
11 y aurait à étudier par des expériences dans le genre de celle qu’il a faite sur des pois, la part d’influence des générations ancestrales de degré de plus en plus élevé.
(*) Pearson (98 : V, 335) trouve avec raison que la loi de Galton ne s’applique que si l'on fait intervenir un coefficient de force héréditaire individuelle. Comme ce coefficient est inconnu, la loi de Galton perd toute précision : sous sa forme primitive elle est fausse ; sous la forme modifiée elle est presque inutile.
LES FAITS
supplémentaire n’est pas une mamelle d’herbivore ou de carnassier, elle n’est pas vêtue de poils, ni couverte d’un cuir épais comme était sûrement celle de l’ancêtre en question; c'est une mamelle de femme, à peau fine et glabre. De même cette queue qui, chez certains individus, mesure sept à huit centimètres et compte plusieurs vertèbres, n’est pas une queue de singe; tous ses tissus sont des tissus d’homme. Comment cela se pourraitil, si elle provenait du développement d’un germe latent oublié dans un coin de notre plasma germinatif !? Il faudrait admettre qu’il y a non seulement des germes d’organes, mais des germes de tendance à l’accroissement dans une direction déterminée. Il est bien plus simple d’admettre que cette tendance s’est développée d’elle-même, sous l’influence de causes actuelles différentes de l’atavisme. Ces causes engendrent bien d’innombrables hémitéries (syndactylie, cyclopie, reins supplémentaires, etc., etc.) qui ne sont normales chez aucun de nos ancêtres, pourquoi n’en produiraient-elles pas qui rappellent quelques caractères normaux de ceux-ci? Mais nous tombons ici dans la discussion2. Contentons-nous de
1 Gegenbaur avait déjà fait une objection semblable à propos de la polydactylie.
2 Le pëlorisme s’observe surtout chez les scrofulariées et Darwin (80) a montré que les fleurs terminales de l’inflorescence ont beaucoup plus de tendance que les autres à montrer cette particularité. Ce fait n’est pas facile à interpréter, mais il plaide en faveur de laréversion ; toujours, dans les épis ou les gousses, ce sont les grains terminaux qui manifestent la plus forte tendance à la réversion. D'autre part, on ne voit jamais l’inverse du pélorisme, c’est-à-dire une plante à fleurs régulières porter par hasard quelques fleurs irrégulières, ce qui devrait arriver si, au lieu de réversion, il n’y avait là qu’un fait de variation accidentelle (*).
Mais on n’est nullement fondé à déclarer ataviques les malformations des dégénérés. Chez quels ancêtres simiens se rencontrent les asymétries du crâne, la torsion du pénis, etc.?FÉRÉ (94) est bien mieux inspiré lorsqu’il voit dans la dégénérescence une dissolution de V hérédité
plutôt qu’un renforcement de l’atavisme.
Pour la polydactylie, on sait que l’on avait poussé la théorie atavique jusqu’à dire que, lorsqu'il y avait plus de cinq doigts, c’était un souvenir de l’ichthyosaure. Les recherches récentes ont montré qu’elle consiste simplement en ce que certains doigts se sont doublés par division. Gronberg (94) a étudié sous ce rapport les poules Dorking et Houdan à cinq et six doigts. La poule en a normalement quatre, qui sont les doigts I, II, III, IV. Quand il y a cinq doigts, ce n’est pas le doigt V qui apparaît comme le voudrait la théorie atavique, mais le doigt I qui se dédouble et l’on a alors I-I, II, III, IV;
quand il y a six doigts, la formule devient II, I-I, II, III, IV.
C’est donc un simple doublement par tissure comme on en voit chez l’homme, où parfois la main entière devient double et symétrique par rapport à un plan passant entre ses deux moitiés. Grônberg a établi ses conclusions sur une étude
(*) De Vries (96 : II, 464) a mesuré l’iijjluence de l’atavisme sur le retour à la condition normale chez une race monstrueuse de Crépis.