UNIONS CONSANGUINES
conclure que, en fait: des particularités normales chez les ancêtres d’une espece peuvent se rencontrer, ci titre tératologique, chez celle-ci. Mais il n’est pas démontré que leur apparition soit provoquée par l’atavisme.
3». Hérédité dans les unions consanguines.
La consanguinité a des degrés très divers. Elle est aussi grande que possible dans les hermaphrodites qui se fécondent eux-mêmes comme les ténias et beaucoup de plantes. La différence est si faible, au point de vue de la composition du plasma germinatif qui les constitue, entre l’ovule et le pollen d’une même fleur, que, sous le rapport de l’hérédité, il n’y a guère de différence entre une consanguinité si étroite et la reproduction parthénogénétique. Une consanguinité très proche s’observe encore dans diverses espèces naturelles vivant en colonies, comme certaines fourmis, dont les femelles ( Dorglides et autres) ou les mâles (Anergastes, Formicoxenus, Ponera d’après Emery 93], ou Cardiocondgla d’après Forel) sont aptères, ce qui fait que les deux individus de
attentive de la distribution des muscles et des nerfs. Chez le cheval et le cochon, Boas (83) avait déjà démontré que la polydactylie est due à un phénomène du même genre (* (**)).
Virchow (85) s’élève avec beaucoup de chaleur contre l’atavisme tératologiquef*). La théromorphie, comme il l’appelle, c’est-à-dire la ressemblance tératologique avec des animaux d’organisation inférieure, s’explique par les arrêts de développement rendant définitifs certains stades théromorphes de l’ontogénèse. Il nie avec raison qu’il y ait là intervention d’une force interne autre qu'une déviation pathologique, sans relation avec l’atavisme. 1 1 considère toute réversion comme un phénomène pathologique et, dans les cas de microcéphalie, par exemple, où d’autres voient un atavisme pithëcoïde, il voit, lui, un pithëcisme pathologique.
On cite aussi parfois la mamelle de l’homme comme un organe atavique.
C’est ne pas comprendre les choses. D’abord la mamelle rudimentaire existe sans, exception chez tous les animaux mâles, il n’y a donc pas eu cette interruption d’hérédité que nécessite l’atavisme. En outre, cet, organe n’a jamais fonctionné chez nos ancêtres, puisque l'hermaphroditisme avait disparu chez les animaux nos ancêtres, bien avant que la mamelle ne fit son apparition. Il n’y a jamais eu de mammifères hermaphrodites. La mamelle de l’homme n’est donc même pas un organe dégénéré; il n’a jamais été plus développé qu'il n'est, ce n'est pas un organe rudimentaire, mais un organe représentatif . Nous le possédons parce que nous sommes construits comme la femme, chez laquelle il est fonctionnel.
(*) Boinet (08 : IV, 119), étudiant la prétendue origine énalosaurienne de la polydactylie, arrive à une conclusion négative.
(**) De même Dwiuht (96 : II. 461). Voir aussi, relativement à l’interprétation de la variation régressive, Reid (08 : IV, 439).
LES FAITS
chaque couple appartiennent toujours à la même colonie. Pour des raisons d’économie, nos éleveurs n'achètent souvent qu’un mâle d’espèce noble qui féconde une seule femelle, puis ses filles et petites-fdles et dont les fils fécondent leurs sœurs et leurs filles et ainsi de suite. Chez
l'homme, les usages sociaux interdisent les unions entre parents aussi proches, mais dans certaines familles les mariages entre cousins se continuent pendant de longues générations.
La consanguinité, étant intermédiaire par sa nature entre la génération parthénogénétique et la reproduction amphimixique, produit des effets intermédiaires. Elle conserve avec beaucoup de précision les caractères des familles qui la pratiquent, et conduit à une grande uniformité dans les produits. On l’a accusée d'aboutir à l’abâtardissement, à la dégénérescence et tout au moins à la stérilité, et les exemples fourmillent de tares physiques et intellectuelles attribuées à son action. Mais des exemples non moins nombreux et authentiques montrent qu’elle est compatible avec une conservation parfaite de toutes les qualités de la race, et l’opinion qui tend à prévaloir, c’est qu’elle concentre simplement les vices diathésiques et que, là où il n’y a point de tares constitutionnelles, elle ne produit aucun mal1. Comme l'absence complète de, tares constitutionnelles est rare
1 On a attribué aux mariages consanguins un nombre considérable de tares :
fimbécillité, la surdi-mutité, la scrofule, le rachitisme, l’albinisme, les malformations tératologiques, etc*., etc. Mais aucune statistique comparative sérieuse n'a jamais montré que ces tares fussent sensiblement plus fréquentes dans ces unions que chez les autres. Georges Darwin (75) a trouvé que les produits d’unions consanguines formaient 3 à 4 % de la population des asiles d’aliénés et 2 % seulement de celle des asiles de sourds-muets. Or la proportion des unions consanguines est de 1, 5 % à Londres, 2 o/0 dans les grandes villes, 2,22 */0 dans les campagnes, 3,5 96, dans la classe riche, 4,5 % dans la noblesse. Mettant même de côté les sourds-muets - dont l’infirmité est, comme nous l’avons vu, très peu héréditaire, on voit que la consanguinité n’a
guère d’influence sur l’aliénation mentale; et, si l’on mettait de côté' les produits d’époux consanguins appartenant à des familles où règne quelque tare psychologique, on trouverait sans doute que l’influence de la consanguinité seule est tout à fait nulle.
Dans tous les exemples historiques que l’on se plaît à citer, la tare se perpétue grâce à la consanguinité, mais rien ne prouve qu’elle soit créée par elle.
Darwin a fait remarquer que les plantes fécondées par leur propre pollen donnent moins de graines, et qu’on relève à la fois leur fertilité et la vigueur des produits en faisant intervenir un pollen étranger (*). Nous savons aussi que les organes reproducteurs sont, le plus souvent, disposés pour empêcher l’auto -fécondation. Cela ne prouve pas que la consanguinité soit fâcheuse en elle-même, mais.qu’indirecte-
O Von Guaita (98 : IV, 114) constate que, chez la souris blanche, la consanguinité a une influence stérilisante.