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Chapitre II. — LA VARIATION

Le produit, disions-nous en commençant l’étude de la race , est semblable à scs parents, il ne leur est pas identique. Les ressemblances sont la part de Y hérédité , les différences sont celles de la variation. Pour que la distinction ainsi établie soit vraie, il faut prendre le mot parents dans son acception la plus étendue, comprenant toute la lignée ascendante, depuis le père et la mère jusqu'aux ancêtres de l’espèce et du genre, en passant par les grands-parents et aïeux de tous les degrés. Il faut aussi rattacher à l’hérédité tous les caractères en apparence nouveaux qui ne sont (jue des combinaisons nouvelles de caractères hérités. Un mulâtre

n’a jamais eu que des parents blancs ou noirs; sa nuance n’en est pas *

moins héréditaire. 11 ne faut mettre au compte de la variation que ce

LES FAITS

qui est vraiment nouveau, nouveau de toutes pièces ou du moins comportant un élément essentiel qui ne soit pas hérité.

Les caractères hérités sont si innombrables, quand on les décompose en leurs éléments, leurs combinaisons paraissent si infiniment variées, quand on songe à tous les arrangements possibles, que l'on est en droit de se demander si vraiment la variation existe, si tout caractère en apparence nouveau n’est pas, comme la nuance brune du mulâtre, l’effet d’une combinaison à éléments plus multiples peut-être et intriqués d’une façon plus compliquée. On a des exemples de variation en apparence tout à fait nouvelle et qui n’étaient peut-être que des effets d’atavisme lointain h

Maupertüis (1748), Girou (28) ne voyaient dans la variation que des réapparitions de caractères ancestraux. Weismann (92a) a cru un moment que tous les caractères par lesquels les métazoaires diffèrent des protozoaires pouvaient provenir des caractères de ceux-ci, majorés et diversement combinés. Mais il admet maintenant l’apparition de caractères vraiment nouveaux et personne, je crois, ne la nie aujourd’hui. C’est seulement sur leur importance et leur étendue que porte la discussion entre les Évolutionnistes des différentes écoles et entre ceux-ci et les rares partisans de la fixité de l’espèce. Gomment nier la variation après les travaux de Darwin (79, 80) et le récent ouvrage de Bateson (94)! D’où le pigeon culbutant tire-t-il sa singulière habitude, si elle n’a pas apparu dans sa race à titre de variation nouvelle? Dira-t-on que, jusqu’à l’origine des êtres, il a toujours eu des ancêtres acrobates? Voici une

1 Tel est le cas pour les rayures des mulets et des chevaux isabclle et pour la couleur bleue qui apparaît souvent dans le croisement des pigeons de races différentes, quelle que soit la couleur des parents. Voici un autre exemple rapporté par Darwin (80) où la nature atavique de la variation était encore plus difficile à découvrir.

On peut répartir les Datura en deux groupes, ceux à tige verte et fleurs blanches et ceux à tiges brunes et fleurs pourpres. Le D. lævis et le D. ferox appartiennent l’un et l’autre au premier groupe. Or Nauimn, en les croisant, a obtenu 205 hybrides qui tous avaient la tige brune et les fleurs pourpres.

Extrêmement surpris de ce fait, il examina attentivement les espèces parentes et trouva que les jeunes D. ferox de race pure avaient, aussitôt après Ja germination, des tiges pourpre foncé, s’étendant depuis les jeunes racines jusqu’aux cotylédons, et cette teinte persistait ensuite sous la forme d’un anneau entourant la base de la tige chez la plante plus âgée. Or on sait que ces caractères précoces et fugitifs sont d’ordinaire ataviques. Le lanugo du fœtus humain en est un exemple bien connu. Les daturas blancs descendent sans doute d’un ancêtre à fleurs pourpres et à tiges foncées.

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