I. LA MAJORATION DES CARACTÈRES DANS LA VARIATION LENTE
Tout le monde connaît, tant ils ont été souvent cités, les lapins de Porto-Santo près de Madère.
Darwin (71) a décrit, d’après des échantillons vivants et dans l'alcool, cette espèce singulière^ qui diffère du lapin domestique par de nombreux caractères : leur longueur est moindre de 1/G, leur poids plus petit de moitié, leur couleur fort différente, sans se rapprocher pour cela de celle du lapin sauvage de nos pays; ils sont beaucoup plus sauvages et ont refusé de s’accoupler avec eux. Or, ces animaux sont les descendants de lapins domestiques ordinaires déposés dans file environ 450 ans avant l’époque (1867) où Darwin les a examinés. Voilà donc, à ce qu’il semble, une espèce authentique, formée sous l’influence des conditions biologiques. Mais nous verrons, en parlant de la lutte entre l’atavisme et les caractères nouveaux, que cette remarquable observation prête le flanc
(*) Les discussions ont continué dans ces dernières années sur la nature des variations qui sont le point de départ de l’origine des espèces. Wai.lace (95 : I, 535) se prononce pour la majoration delà variation lente et contre la variation brusque; pour Henslow (ibid., 536), au contraire, les espèces proviennent de variations brusques, immédiatement adéquates aux conditions ambiantes et que celles-ci provoquent quand elles viennent à changer. Dyer (ibid., 537) pense que, tant que les conditions ambiantes restent immuables, les variations individuelles ne sont que des oscillations pendulaires autour d’un état d’équilibre immuable, mais que ce dernier se déplace si les conditions viennent à changer; Scott (ibid., 535) pense de même que les variations individuelles irrégulières ne sauraient se fixer, mais admet une autre sorte de variation, phylogénétique qu’il appelle mutation et qui forme les espèces à l’aide delà sélection. Cette mutation rappelle la variation or tho gène d’EuiER sur laquelle cet auteur revient dans ses nouvelles publications (ibid., 539); enfin, Galton (ibid., 538), Tracy (ibid., 539), Costa (ibid.) sont d’avis que les espèces ont pour origine certaines variations qui sont des états d’équilibre stable, comparables à l’état d’équilibre normal et qui se manifestent comme tels par ce fait qu’ils apparaissent fréquemment d’une manière spontanée et indépendante dans le cours de la vie d’une espèce : Ils en donnent des exemples.