DEUXIEME PARTIE
THÉORIES PARTICULIÈRES
En étudiant les Faits , nous avons bien souvent décrit autre chose que des observations ou des expériences ; nous avons fait connaître plus d'une fois des opinions qui n’étaient pas l’expression simple d’un fait observé. Mais du moins ces opinions étaient-elles relatives aux faits eux-mêmes, à leur interprétation, indépendamment de toute préoccupation systématique. Nous avons mis de côté tout ce qui était théorie pure, explication spéculative, hypothèse admettant des choses non vues pour expliquer celles que l’on voit.
Nous allons maintenant aborder l’étude des théories, en commençant, comme nous l’avons expliqué dans Y Avertissement, parles Théories particulières, c’est-à-dire par celles qui sont isolées, ne s’attachent qu’à quelques questions limitées et ne font pas partie d'un système complet et cohérent. Ces dernières feront l'objet de la troisième partie.
I. THÉORIES SPÉCULATIVES SUR LA STRUCTURE DU PROTOPLASMA ET LES CAUSES DE SES MOUVEMENTS
Dujardin (35) et après lui Brücke (61) ont les premiers pensé que le protoplasma devait avoir une structure au delà de ce que montre le microscope, mais ils n’ont point fait d'hypothèses spéciales à ce sujet.
Hofmeister (65, 67) suppose, pour expliquer le mouvement du protoplasme, que cette substance est formée de particules ultra-microscopiques entourées de couches d’eau et que cette eau se déplace sans cesse, passant de certaines particules qui l’abandonnent à d’autres qui l’attirent. Quand
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ces échanges ont une même direction, il en résulte une circulation d’eau qui entraîne les particules. Hofmeister ne remarque pas que si les particules protoplasmiques ne sont pas fixes, lorsqu’elles attirent les molécules d’eau, elles doivent faire à peu près la moitié du chemin qui les sépare de celles-ci et qu’il ne peut résulter de cela un mouvement de translation en masse quelque peu accentué h
Sachs (652) adopte l’idée fondamentale de NXgeli sur la constitution du protoplasma au moyen de micelles (Voir la théorie de NXgeli dans la 3e partie). Pour lui ces micelles sont des cristallicules organiques de tailles diverses, de forme variable, avec un diamètre prédominant. Ils s’attirent entre eux, mais leurs forces attractives sont orientées principalement suivant le grand diamètre; ils sont en outre entourés découches d’eau qui les écartent et contrarient leurs attractions mutuelles; et il existe aussi une attraction entre les micelles et les molécules d’eau. Cet ensemble forme un système en état d’équilibre très instable, que peuvent déranger les moindres variations chimiques, thermiques ou électriques. Ces dérangements portent surtout sur les couches d’eau qui augmentent ou diminuent autour des micelles. Ces modifications dans l’épaisseur des couches d’eau en entraînent d’autres dans les situations relatives des micelles qui se réarrangent suivant un nouvel état d’équilibre. Ces petits mouvements sont l’élément des mouvements plus étendus de la masse protoplasmique dans son ensemble. [Ici encore il est facile de voir que la translation en masse n’est nullement expliquée].
Engelmann (79) croit que le mouvement est dû à des particules allongées, les inotagmes, qui se raccourcissent en devenant sphériques quand elles sont excitées. Ces particules placées bout à bout formeraient les fibrilles du protoplasma. Le problème reste entier puisque le raccourcissement des inotagmes n’est pas expliqué.
Geddes (83, 84) cherche à ramener la contraction protoplasmique à une simple force physique, la tension superficielle, en remarquant que toute goutte suspendue dans un liquide auquel elle n’est pas miscible est rendue sphérique par la tension de sa surface et reprend cette forme d’ellemême après avoir été déformée. Le muscle serait composé de petits éléments liquides agissant tous dans le même sens.
A Rappelons que les phrases entre cro- teur. Souvent d’ailleurs les crochets sont chets [ ] sont celles où Fauteur de ce omis, lorsqu’il n’en peut résulter aucune livre prend la parole dans l’exposé d’une ambiguïté, théorie mise dans la bouche de son au-
MOUVEMENTS DU PROTOPLASME
Ces théories purement physiques sont aujourd’hui abandonnées et remplacées par d’autres où l’affinité chimique joue un rôle concurremment au moins avec les forces physiques.
Kekule considérait les substances colloïdes comme formées de grosses molécules chimiques simples réunies par des atomes multivalents. Strasburger (89) adopte cette opinion et cherche à s'en servir pour expliquer la structure du protoplasma. Celui-ci serait formé de substances colloïdes, mais ici la soudure des grosses molécules serait moins solide que dans les colloïdes non vivants. Les grosses molécules ainsi réunies formeraient un réseau contenant dans ses mailles de l’eau attirée par capillarité. Cette eau écarte les molécules et lutte contre l’affinité chimique qui tend à les rapprocher par l’attraction des atomes multivalents. Il peut se produire ainsi des alternatives d’écartement et de resserrement; quand l’écartement dépasse une certaine limite, l’affinité est brusquement vaincue et la masse passe à l’état de dissolution.
Pour Montgomery (81) la contraction et la dilatation, dans les muscles comme dans les amibes, reposeraient sur la décomposition et la reconstitution alternatives du protoplasma. Quand celui-ci se décompose, ses éléments occupent moins de volume parce qu'ils se ramassent en masses arrondies, et cela se traduit par l’aspect granuleux qu’il prend quand il se contracte. Les moindres excitations peuvent produire cette décomposition, mais, dès que l’excitant a cessé d’agir, le protoplasme se reconstitue et reprend en meme temps son aspect hyalin. Ces excitations sont, pour les amibes, les modifications locales du milieu ambiant, pour les muscles, l’influx nerveux.
D’après Lôw et Bokorny (81, 88) et Lôw (89) le protoplasma n’est vivant que quand il contient des aldéhydes, et la disparition de ces aldéhydes, par suite de quelques réactions chimiques, constituerait le phénomène essentiel de sa mort. A l’état vivant, il est formé de substance très instables, qui sans cesse se défont et se reconstituent. Cette instabilité dépend de ce que certains atomes ou groupes chimiques, qui peuvent occuper plusieurs places différentes dans le système, sautent de
1 Les aldéhydes ont sur le nitrate d’argent une action réductrice supérieure à celle de toute autre substance pouvant se trouver dans le protoplasma. Elles réduisent aisément les solutions à 1/100000. Or le protoplasma vivant réduit cette so-
lution, tandis que, tué par un moyen quelconque, il ne la réduit plus. C’est de là que les auteurs concluent à la disparition des aldéhydes au moment de la mort, et au rôle de ces composés dans la substance vivante.
l’une à l’autre, produisant ainsi une sorte de vibration continuelle. Ce phénomène est comparable à ce qui se passerait dans une aldéhyde si par un déplacement de H le composé prenait successivement les formes :
Bertïiold(86) considère le protoplasma comme une simple émulsion de substances chimiques et cherche à expliquer par là ses propriétés diverses et ses mouvements. Laissons-lui la parole dans cet exposé un peu
long.
Théorie de Berthold. — Le protoplasma n’a d’autre structure que celle d’une émulsion. Mais c’est une émulsion extrêmement complexe, à laquelle prennent part des substances chimiques très variées. Ces substances ne sont que partiellement, ou point, solubles les unes dans les autres, ce qui fait qu’elles restent séparées et ne se fusionnent pas en un tout homogène ; chacune d’elles conserve à sa place son action indépendante sauf, bien entendu, les réactions de voisinage qui peuvent donner çà et là, au lieu d’effets séparés, des résultantes partielles diversement combinées. Baigné dans le liquide nutritif ambiant, et contenant les divers organes qui font partie nécessairement ou accidentellement du contenu cellulaire (noyau, grains de chlorophylle et autres leucites, vacuoles, etc.), il peut être assimilé à une goutte de substance homogène suspendue dans un liquide dans lequel elle n’est pas soluble, mais avec lequel elle peut entrer en relation osmotique .
Lorsque ces échanges ont duré quelque temps, ils ont nécessairement établi dans la goutte des zones concentriques par le fait que la modification osmotique est décroissante de la périphérie au centre. De plus, le liquide osmosé vers l’intérieur de la goutte peut subir, en traversant la couche superficielle, des modifications chimiques qui changeront ses caractères osmotiques par rapport à la couche suivante ; le phénomène se reproduisant à chaque couche, il en résulte, à la fin, que la goutte primitivement homogène a pris une structure, et qu’elle est formée de couches concentriques, dans lesquelles les tensions peuvent aller soit en croissant, soit en décroissant, du centre à la périphérie, ou même croître d’abord, puis décroître, plusieurs fois successivement, suivant une courbe dont la forme ne peut être précisée dans le cas général. Si nous supposons que, dans la goutte ainsi modifiée, s’en trouvent d’autres, faites d’une
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substance différente de la première, mais identiques entre elles, elles prendront place dans celles des couches concentriques où les poussera le jeu des tensions superficielles et des forces moléculaires physiques ou chimiques. Elles seront toutes dans la même couche et prendront dans cette couche des situations déterminées, sous l’action de leurs réactions réciproques. Chaque nouveau groupe de gouttelettes que l’on supposera inclus dans la goutte primitive se comportera de môme. On conçoit ainsi, sans qu’il soit utile d’entrer plus avant dans le détail, que, dans l’émulsion protoplasmique, doit régner une structure concentrique de l’ensemble, et que toutes les parties similaires prennent des positions d’équilibre déterminé, d’où résulte une certaine symétrie.
Il en est ainsi dans la cellule. La répartition des grains de chlorophylle dans le protoplasme, celle des grains d’amidon dans les corps chlorophylliens, la situation du noyau, tout cela est l’effet de la symétrie d’équilibre, s’exprimant dans les parties les plus volumineuses et les plus visibles, mais qui règne dans tous les éléments de la masse.
La structure ainsi comprise donne la clef de tous les phénomènes dont la cellule et le protoplasma sont le siège. Les mouvements du protoplasma, ceux des pseudopodes, la division nucléaire, la formation de la membrane nouvelle dans la division des cellules, tout s’explique par de simples effets mécaniques qui ont leur cause dans les réactions chimiques et dans les forces physiques qui se manifestent dans l’émulsion protoplasmique. Ces dernières sont surtout des effets d’osmose et de tension superficielle (*).
Les mouvements des pseudopodes s’expliquent de la manière suivante. Quand on examine une amibe en mouvement, on constate que tout pseudopode est hyalin quand il s’allonge et devient aussitôt trouble dès qu’il se retire : des granulations et de minimes vacuoles, invisibles auparavant, se montrent spontanément dans son protoplasme. Ce phénomène connu depuis longtemps et spécialement étudié par Montgomery (Voir page 325) montre que le retrait est déterminé par une modification physico-chimique produite dans le pseudopode par L excitant qui a provoqué la contraction (température, excitation chimique due au milieu ambiant, etc.). Cette modification consiste en ce qu’un état de solution instable a fait place à un état de précipitation des parties dissoutes. L’émission des pseudopodes n’est pas un phénomène actif ayant
(*) J. Loeb (99 : Y, 80) nie que de simples variations dans la tension superficielle puissent expliquer la formation des pseudopodes.
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sa cause uniquement clans l’animal. Le prolongement n’est pas projeté par l’animal, il est passivement aspiré par le milieu ambiant.
Pour nous en rendre compte, supposons d’abord un cristal placé dans un liquide où il soit soluble. Au bout d’un certain temps, il existe dans ce liquide une série de couches concentriques dans lesquelles la concentration de la solution va en décroissant du centre occupé par le cristal, à la périphérie. Chaque particule du cristal nouvellement dissoute est donc entraînée et comme aspirée radiairement,. Au lieu du cristal, considérons maintenant, ce qui est le cas de l’amibe dans l’eau, une émulsion protoplasmique telle que l’adhérence des particules de l’émulsion entre elles soit à peine supérieure à celle de ces particules pour le liquide ambiant. Après que l’osmose aura agi quelque temps, on aura, ici encore, dans le liquide, la structure concentrique indiquée plus haut et il y aura, de meme, une sorte de succion de la couche superficielle de l’émulsion par le liquide en contact. Si, en un point, par suite d’un défaut d’homogénéité dans le liquide, cette succion devient plus forte, elle vaincra la cohésion protoplasmique et fera glisser les uns sur les autres les globules de l’émulsion de manière à étirer un pseudopode. Si, pour une raison quelconque, la cohésion protoplasmique redevient supérieure, le pseudopode se rétractera. Tout cela est affaire de variation dans la tension superficielle des particules de l’émulsion au contact les unes des autres et du liquide ambiant. Cette variation se produit entre des limites très étroites; l’attraction de l’eau pour l’émulsion protoplasmique est toujours à peine inférieure à celle des particules de l'émulsion entre elles; elle s’accroît au plus assez pour faire glisser celles-ci les unes sur les autres, mais jamais assez pour les séparer, ce qui reviendrait à dissoudre l’amibe b
Verxvorn (92) n’a pas, comme Berthold, cherché à expliquer toutes les manifestations vitales du protoplasme par sa constitution. Il n’a visé que la contractilité et a imaginé une constitution du protoplasme précisément en vue de l’expliquer.
Théorie de Verworn. — Le protoplasma se compose de molécules chimiques qui peuvent se présenter sous (rois étals : Dans Yélatn0 /, elles sont complètes et privées d’oxygène, ont une grande affinité pour cette substance et se précipitent vers les points où il y en a le plus. Dès qu’elles ont atteint l’oxygène, elles s’en saturent et passent à Y état n° 2 de com-
] Pour les mouvements d’ensemble du teau et de Quincke et aboutit à la maprotoplasme, l'auteur part du point de nière de voir développée et précisée plus
départ établi par les expériences dePLA- tard par Bütsciili (Voir p. 331, 334).
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binaisons explosibles, c’est-à-dire très instables et prêtes à se détruire sous l’action des excitations diverses, physiques ou autres. Dans cet état, elles constituent par leur ensemble une substance dont la tension superficielle dans l’eau est beaucoup plus faible que dans l’état précédent. Dès qu’une excitation les atteint, elles se décomposent brusquement en donnant de l’acide carbonique, de l’acide lactique, etc., et, dans cet état n° S, les molécules, déchargées de ces produits d’oxydation, forment une substance dont la tension superficielle dans l’eau est beaucoup plus grande que dans l’état précédent. Ces molécules ont, en outre, une affinité énergique pour certaines substances sans cesse sécrétées par le noyau et qui restent dans le cytoplasma, formant une couche autour de la membrane nucléaire. En raison de cette affinité, les molécules du troisième état se précipitent vers le noyau, se combinent avec ces substances, s’en saturent et repassent ainsi à Y état n°
Cela permet d’expliquer les mouvements des pseudopodes chez les amibes. Si une amibe est placée dans de l'eau contenant de l’oxygène inégalement réparti de manière qu’il yen ait plus d’un certain côté, les molécules actuellement dans l’état n° 1 vont se précipiter vers lui. Au fur et à mesure qu’elles arrivent à son contact, elles passent à l’état n° 2; la tension superficielle diminue donc en ce point et un pseudopode se forme. Les molécules n° 2, devenues indifférentes pour l’oxygène, sont refoulées sur les côtés par les molécules n° I qui arrivent sans cesse des parties centrales, et ainsi le pseudopode s’allonge de plus en plus. À un certain moment un état d’équilibre est atteint et le pseudopode reste en son état sans tendance à s’accroître ni à se rétracter. Survienne maintenant une excitation quelconque, lumière vive, chaleur, choc, etc., aussitôt les molécules n° 2 passent à l’état n° 3 et se précipitent vers le noyau, en même temps la tension superficielle augmente; toutes raisons pour que l’amibe prenne une forme sphérique et rétracte ses pseudopodes. Arrivées au noyau, les molécules n° 3 passent à l’état n° 1, prêtes à recommencer la même série de mouvements dès que l’oxygène interviendra de nouveau.
L’oxygène étant d’ordinaire uniformément réparti dans l’eau qui baigne l’amibe, celle-ci devrait se dilater uniformément et rester sphérique. Il n’en est pas ainsi parce que les molécules n° 1 ne sont pas toutes identiques; elles sont très diverses, au contraire, et ont des affinités pour l’oxygène très différentes. En sorte que c’est dans le lieu où se trouvent les plus avides de ce gaz que se produit la saillie la plus forte. La forme
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totale de l’animal à chaque instant est déterminée par les attractions qui s’exercent entre sa surface, en ses différents points, et le milieu ambiant (*).
En somme, les mouvements du protoplasma seraient produits par un double chimiotactisme alternatif, d’une part entre les molécules protoplasmiques et l’oxygène, d’autre part entre ces mêmes molécules et les substances sécrétées par le noyau.
[La principale objection à faire à cette théorie, comme à la précédente, c’est que, si elle explique à peu près les mouvements des pseudopodes, elle devient de plus en plus insuffisante à mesure qu’elle cherche à rendre compte de mouvements plus brusques et plus localisés. Il suffit pour s’en convaincre de lire la note ci-annexée h La théorie me semble
1 Verworn (92) a cependant cherché à étendre sa théorie aux mouvements ciliaires et musculaires. Pour les cils, il admet que ce sont de fins prolongements fixes dans lesquels se sont localisés les transports de molécules n° 1 1 et leur transformation en molécules n°2. Les fines stries que l’on e aperçoit parfois, allant de leur base vers le noyau, indiqueraient nj les chemins suivis par ces molécules.
Pour les muscles striés, voici en quel- Fibrille musculaire, ques mots à quoi se résume son idée. On sait que la fibrille musculaire est formée (fig. 20) de tranches successives (ab) séparées par les bandes intermédiaires (i, i). Chaque tranche ab est formée d’un disque épais ou obscur ou anisotrope biréfringent (e) situé entre deux disques minces ou clairs ou isotropes, monoréfringents (m). Ces fibrilles sont logées côte à côte dans une enveloppe de myolemme contenant un noyau et une petite quantité de protoplasma non différencié,
appelé sarcoplasma, répandu partout, mais en couches très minces, sauf autour du noyau où il est un peu plus abondant. Les molécules chimiotactiques seraient contenues dans les disques épais (e) et les substances chimiotactiques sécrétées par le noyau se répandraient d’abord dans le sarcoplasma, puis arriveraient dans les disques minces (m, m ) et c’est là, aux limites entre (m) et(e), que s’exercerait l’attraction énergique entre les molécules et ces substances. De cette attraction résulterait un épaississement de la fibre en ces points et, par suite, un raccourcissement.
L’allongement se produirait par l’attraction entre les molécules du disque épais et l’oxygène dissous dans le sarcoplasma ambiant. Car cette attraction, en raison de la fixité du tissu, ne peut amener qu’un changement de forme tel que la surface de contact entre le disque et le sarcoplasme soit aussi grande que possible, ce qui se produit quand la fibre s’amincit et s’allonge.
[Peu de personnes, je crois, admettront qu’une telle théorie donne une explication suffisante des contractions et des relâchements brusques, rapides, rigoureusement mesurés, se succédant indéfini-
O Rhu.mbler (99 : V, 17) a cherché à montrer que chez les amibes l'ingestion des particules alimentaires pouvait s’expliquer par la simple viscosité du protoplasme. Relativement à la nécessité de l’oxygène dans ces phénomènes, voir aussi Loeb(99 : V, 80).
MOUVEMENTS i)U PROTOPLASME.
incapable même de rendre un compte exact des mouvements des pseudopodes tixes des foraminifères supérieurs et n’explique vraiment, d’une manière à peu près satisfaisante, que ceux des gros pseudopodes lobés des amibes ou des leucocytes. Pour que la théorie s’appliquât à tous les cas, il faudrait admettre que les molécules n° 1 douées d’une affinité égale pour l’oxygène, sont toujours réunies par groupes de la largeur des pseudopodes que l’animal est capable de former. Car, si dans une amibe il se rencontrait quelque part, près de la surface, un tout petit groupe de molécules n° 1 ayant une affinité égale et très grande pour l’oxygène, il déterminerait la formation d’un pseudopode filiforme, ce qui n’arrive jamais. L’objection inverse se pose pour des foraminifères à pseudopodes filiformes chez lesquels on devrait voir se former des lobes d’amibe. Cela suppose dans la répartition des molécules une précision incompatible avec leurs mouvements incessants].
Au cours d’études entreprises sur la tension superficielle, Quincke (88) fit un certain nombre de remarques intéressantes qui l’amenèrent à fournir une théorie nouvelle des mouvements protoplasmiques, et cette théorie a pris un nouvel intérêt du fait qu’elle a servi de base à celles de Bütschli dont nous aurons à parler dans un instant.
Théorie de Quincke. — Si l’on verse une goutte d’huile dans une solution diluée de carbonate de soude, il se produit en elle des mouvements qui offrent une grande analogie avec ceux d’une amibe. Cela tient à ce qu’il se forme à sa surface une pellicule de savon de soude, soluble dans le liquide salin et qui, diffusant dans celui-ci, détermine des variations de la tension superficielle dans ses divers points. Là où existe une pellicule savonneuse, la tension superficielle est moindre, et un pseudopode se forme. Mais bientôt cette pellicule se dissout et disparait. La couche huileuse sous-jacente est mise à nu et, en raison de sa tension supérieure, fait rentrer le pseudopode. Mais bientôt une nouvelle pellicule savonneuse se reforme, au même point ou ailleurs, et la meme série de phénomènes recommence. Les mouvements durent tant qu’il reste de l’huile. Dans un liquide albumineux, il se produit une sorte de savon d’ albumine qui engendre les mêmes effets.
Le protoplasma des cellules végétales est entouré d’une minime couche
ment selon les variations de l’excitation nous ne pouvons entrer dans la discussion nerveuse, comme dans le cœur ou les d’un sujet déjà presque étranger au plan muscles de la langue et de l'œil. Mais de cet ouvrage].
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cl’huile h Au contact cle cette couche huileuse et de la masse protoplasmique qu’elle recouvre, les phénomènes décrits plus haut se produisent et engendrent des mouvements. Ces mouvements, d'abord sans direction concordante, finissent par l’emporter d’un coté ou de l’autre et déterminent la rotation qui, une fois commencée, continue toujours dans le même sens. On comprend qu’elle soit maxima à la périphérie. Sur les filaments protoplasmiques qui traversent l’utricule les mêmes phénomènes se produisent pour les mêmes causes. L’absorption d’oxygène est nécessaire à la formation du savon d’albumine et ainsi s’explique que les mouvements ne puissent se produire en l'absence de ce gaz. Sous l’influence des gaz excrétés, il peut se former des filaments d’albumine solide qui arrêtent le mouvement; mais ils finissent par se dissoudre et le mouvement recommence : ainsi s’expliquent ses alternatives. Dans la couche cl’huile se dissolvent des substances albumineuses venant du cytoplasme : au contact de l’eau, ces substances se précipitent et donnent naissance à une membrane solide qui, d’abord très mince, s’apaissit peu à peu.
Les amibes sont aussi entourées d’une couche huileuse semblable. Sous l’action de sa tension superficielle, leur corps tend toujours à prendre une forme ronde, mais, là où prédominent les effets ci-dessus décrits, se forment des pseudopodes qui se rétractent dès que la tension superficielle reprend le dessus.
La couche huileuse, étant très mince, est perméable et ne s’oppose pas aux échanges nutritifs.
Chez les infusoires, la vacuole pulsatile est entourée d’une couche semblable qui produit par le même mécanisme, ses mouvements d’extension et de retrait.
Ici encore l’explication a le tort de ne s’appliquer qu’aux mouvements en quelque- sorte végétatifs, tels que la circulation du protoplasma des
1 On ne voit pas cette huile, mais divers phénomènes autorisent à admettre qu’elle existe.
En effet, si on place la cellule dans un liquide sucré ou salin de concentration convenable, on détérmine \&plasmolyse de la cellule, c’est-à-dire que l’utricule protoplasmique se détache delà paroi et s’isole en une masse libre. Or dans cet état, il peut former des sinuosités accentuées, mais dans le fond de celles-ci, on n’observe jamais de plis, ce qui arrive-
rait s’il y avait une couche périphérique solide. Parfois la masse plasmolysée se divise en plusieurs autres, qui pèuvent se refondre, et toujours laforme reste régulièrement arrondie. Cela ne pourrait avoir lieu si la surface avait une membrane et s’explique au contraire fort bien si elle est formée d’une pellicule d’huile de 1/10 de g d’épaisseur peut-être, invisible au microscope, mais agissant à la fois par ses propriétés chimiques et sa tension superficielle.
MOUVEMENTS DU PROTOPLASME
cellules végétales, l’émission de pseudopodes des amibes. Mais les mouvements des pseudopodes filiformes, ceux des cils et des muscles, ne se comprennent pas du tout. Même pour la vacuole pulsatile des infusoires, la brusquerie de la contraction n’est nullement expliquée].
Théorie de Bütschli. — Bütschli (89), en combinant les idées de Quincke avec sa théorie de la structure alvéolaire du protoplasma, est arrivé à une explication notablement différente de la précédente, bien qu’elle repose sur le même principe. Bütschli a réussi à produire artificiellement une substance ayantune structure alvéolaire tout à fait comparable à celle qu’a, selon lui, le protoplasma. Cette substance est une mousse savonneuse à alvéoles extrêmement petits b
Si l’on met sous le microscope une goutte de cette substance, on la voit se mettre en marche avec toutes les allures d’une amibe. Le mouvement dure 2ï heures et plus; il est excité par la chaleur qui peut le faire reprendre lorsqu’il s’est arrêté; entre les électrodes d’une pile, l’amibe artificielle se dirige vers le pôle négatif.
Ce mouvement s’explique de la manière suivante.
Quelque part à la périphérie, pour une cause accidentelle quelconque, quelques alvéoles viennent à se rompre et laissent écouler leur contenu savonneux qui, en ce point, s’épanche à la surface. Comme la tension superficielle de ce liquide est moindre que celle de l'huile, il se forme en ce point une saillie. Pour la former, les alvéoles sous-jacents s’avancent, font
1 Pour l’obtenir, il broie ensemble (le rhuile (les diverses huiles sont très inégalement propres à cette préparation, et l’aptitude à former ces mousses est presque une qualité individuelle de certains échantillons) avec du carbonate de potasse finement pulvérisé. 11 place cette pâte dans l’eau qui diffuse lentement à travers l’huile et dissout les fins granules de carbonate de potasse. A la place de chaque grain de ce sel, se trouve maintenant une gouttelette liquide de la solution saline et toute la masse a la structure d’une émulsion à mailles extrêmement fines. Dans la masse, les gouttelettes sont arrondies ou polyédriques et irrégulièrement disposées, mais à la surface, elles forment une couche régulière.
[J’ai vu les préparations de Bütschli et
puis affirmer que la ressemblance avec la structure du protoplasma de certains protozoaires est tout à fait saisissante].
Mais, dans cette mousse, sepassentdes réactions chimiques : la solution saline réagit sur l’huile et se transforme en une solution de savon potassique. Si l’on ajoute de la glycérine diluée, qui facilite les phénomènes ultérieurs, cette glycérine se dissout dans le savon. On a, en somme alors, une masse constituée par des gouttelettes extrêmement fines et serrées les unes contre les autres, formées de savon potassique dissous dans une solution aqueuse de glycérine, et noyées dans une masse d’huile qui forme les cloisons de séparation entre les gouttelettes. En outre, une mince couche d’huile limite la surface générale.
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de la place derrière eux, les alvéoles un peu plus plofonds s’avancent pour la combler et ainsi, de proche en proche, jusque dans la profondeur de l’amibe artificielle. Quand la voussure superficielle est formée, le mouvement devrait s’arrêter. Mais de nouveaux alvéoles crèvent à la surface et ainsi le phénomène commencé continue indéfiniment et provoque un déplacement, une translation de F amibe artificielle. Si, en quelque autre point le phénomène se produit, il y a tendance au déplacement vers ce second point, et si le mouvement est plus actif de ce côté, il en résulte un changement de direction dans la marche de l’amibe savonneuse F
[Bütschli voit là l'explication des mouvements du protoplasma, disant : puisque le protoplasma et les mousses savonneuses ont la même structure, la cause des mouvements de celles-ci doit être aussi la cause des mouvements de celui-là. Cette conclusion n’est pas très rigoureuse, car on pourrait renverser la proposition et dire : les mouvements du protoplasma et des amibes artificielles sont très semblables, mais, la composition chimique des deux objets étant absolument différente, ils ne peuvent être dus aux mêmes causes.
[C’est certainement ce que tout le monde aurait dit si les mêmes choses se fussent passées dans un ordre inverse et je vois là un intéressant exemple des variations de cette logique dont nous sommes si fiers. Supposons qu’on ait rencontré quelque part les mousses de Bütschli sans connaître leur origine et leur nature, et que frappé de l’analogie de leur structure et de leurs mouvements avec ceux du protoplasma, on ait songé à les assimiler à celui-ci. Si quelqu’un, en les étudiant, eut reconnu qu’elles n’étaient que des émulsions savonneuses, il en aurait conclu que les ressemblances n’étaient qu’accidentelles et superficielles et on n’y eût plus pensé-. C’est ce qui est arrivé pour le bathybius] *.