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VIII. THÉORIES DE LA TÉRATOGÉNÈSE

Les théories de la tératogénèse sont partout liées à celles de l’ontogénèse. Aussi n’y en a-t-il guère d’isolées. Toutes font partie des théories générales et seront étudiés avec celles-ci 1 .

Signalons seulement l’opinion de Ziegler (80) qui attribue les malformations aux trois causes suivantes : 1° l’union des deux noyaux sexuels non conformés de manière à ce qu’une coaptation parfaite soit possible;

1 Voyez, en particulier, dans la troi- Maupertuis, Darwin, Nageli, de Vries, sième partie, les théories de Buffon, Weismann.

(*) D’après Dickel (98 : V, 211), chez les abeilles, l’œuf contiendrait une ébauche mâle, le spermatozoïde une ébauche femelle et l’œuf fécondé une ébauche hermaphrodite : les ouvrières, par une sécrétion buccale, détermineraient dans les larves qu’elles élèvent la prédominance de l’une ou de l’autre ébauche. Cette hypothèse fùt-elle vraie pour les abeilles qu’elle ne saurait être généralisée, puisque chez les pucerons, les daphnies, etc., ce sont les œufs non fécondés qui sont femelles. Maupas (00 : V, 217) a montré, en outre, que chez les nématodes se reproduisant exclusivement par femelles parthénogénétiques, si on arrive à faire copuler les mâles rendus inutiles par perte de l’instinct sexuel, on obtient des mâles.

Schenk (98 : IV, 259) croit démontrer que la plus petite trace de sucre dans les urines de la femme détermine le sexe femelle de ses enfants, et assure qu’en faisant disparaître toute trace de sucre? on obtient des garçons. Comment dès lors expliquer que dans la grossesse gémellaire, il y ait 30 % de jumeaux du sexe opposé! Et les animaux chez lesquels les portées multigémellaires contiennent les deux sexes. Le Dantec avance, sans expérience à l’appui, que la différence sexuelle est en rapport avec la dissymétrie moléculaire de substances chimiques identiques.

THÉORIES PARTICULIÈRES

2° un trouble dans le phénomène de la copulation de ces noyaux; 3° une influence nocive exercée sur les noyaux sexuels, avant ou après leur réunion, ou sur le jeune embryon. Parmi ces influences nocives, celles des poisons et en particulier de l’alcool occupent le premier rang*.

Sauf la dernière, ces causes sont très hypothétiques et n’éclairent guère la question.

La loi de Dareste (91) que « tous les monstres d’une même famille résultent cl’un même fait initial », l’arrêt de développement pour les monstruosités simples, l’union des parties similaires pour les monstruosités doubles, n’est pas non plus bien satisfaisante, car ce qu’il faudrait connaître, c’est la cause de ce faitinitiaî, cpii lui-même est déjà tératologique.

11 n’y aurait donc qu’à clore ici le chapitre à peine commencé si les monstres doubles ne donnaient lieu à quelques considérations qui ne trouveraient pas place aux Théories générales.

La question est de savoir s’ils proviennent d’un germe primitivement double ou si un germe primitivement simple peut les produire par dédoublement partiel. Cela a une grande importance théorique, car, si la première alternative est la vraie, rien ne s’oppose à la prédétermination, admise par plusieurs théoriciens, de toutes les parties dans le plasma germinatif; si c’est la seconde qui est vraie, il faudra bien se résoudre à admettre que les conditions ambiantes peuvent faire naître des parties que le plasma germinatif ne contenait pas. La production artificielle des monstres doubles a, pour ces raisons, une beaucoup plus grande importance que celle des autres monstres sans parties surajoutées. Malheureusement, elle est impossible à réussir par les moyens habituels. Mais voici une observation de Ryder (93) qui tranche la question. Étant assistant à Y U. S. Fish Commission , ce naturaliste a scientifiquement établi (ce que beaucoup d’éleveurs avaient déjà reconnu) que le secouage amenait parfois des fournées entières d’alevins de saumon monstrueux, doubles ou triples avec un seul vitellus. Or comme on ne peut admettre que tous ces œufs se trouvaient contenir deux ou trois germes, puisqu’en l’absence du secouage la proportion des doubles est beaucoup moindre, il faut bien reconnaître qu’un germe simple peut, en se dédoublant partiellement, engendrer des monstres doubles. Ainsi on a le droit d’attribuer à un dédoublement partiel plus ou moins complet toutes les duplications, depuis celle cl’un seul doigt jusqu’à celle du corps presque entier comme dans les jumeaux siamois. D’autre part la duplication ne peut être attribuée à une simple division du germe, car alors les parties n’auraient pas la po-

LA MORT ET LE PLASMA GERMINATIF

sition symétrique qu’indique la loi de Geoffroy Saint-Hilaire G II faut donc que la partie qui eût dû former un ventre forme un dos, ce qui prouve, à la fois, au moins un certain degré à' isotropie de l’œuf, la non-prédétermination des caractères et l’existence de forces évolutives encore inconnues. La force qui contraint une partie à former un dos là où aurait dû être un ventre, par le fait qu’il y a déjà un ventre au côté opposé, est sans doute la même qui fait repousser la patte du triton sous l’influence de l’épaule et peut-être du reste du corps (*).

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