HÉRÉDITÉ DES CARACTÈRES ACQUIS
position précise de Fidioplasma de l’œuf, si cet idioplasma était à chaque instant modifié par un apport de substances nouvelles1 (*)?
Depuis que Weismann a écrit cela, on a découvert les communications protoplasmiques , ou du moins on a beaucoup agrandi leur extension et leur importance, mais on ne sait pas si elles sont générales. Cela est peu probable et, le seraient-elles, que la difficulté n’en serait guère amoindrie, car, pas plus que le système nerveux, ou le courant sanguin, elles ne paraissent aptes à conduire jusqu’à l’œuf des influences dynamiques ou des substances chimiques aptes à produire la modification réversible.
Weismann admet une influence de soma sur le cjermen, mais très faible et surtout très vague, et par conséquent incapable d’expliquer la transmission des caractères acquis; et, logiquement, il nie cette dernière, s’efforce de ruiner les faits qui semblent lui fournir un appui, et demande à ceux qui y croient de montrer par quelles voies elle peut s’opérer. C’est aux Théories générales (surtout celles de Darvin, Brooks, Cope, Haacke, etc.) que nous trouverons les essais de réponse. Parmi les explications isolées pouvant prendre place ici, je n’en trouve que deux et qui n’ont pas une bien grande valeur.
Ryder (90) invoque le métabolisme, vieille dénomination proposée par Th. Sciiwann et que l’école anglaise a remise en honneur. Le métabolisme c’est, en somme, la transformation incessante des organismes vivants par le mouvement nutritif sous son double aspect d’assimilation, de construction, et de désassimilation, destruction des parties formées. D’après Ryder, toute condition susceptible d’engendrer une variation agit sur le métabolisme général de l'individu et, par suite, sur les éléments sexuels. Il avoue ailleurs que le métabolisme est inexpliqué et il devrait ajouter que la manière dont il produirait sur les éléments
1 Bien entendu, ces difficultés n’existent que pour les êtres polycellulaires. Chez les unicellulaires, les caractères acquis sont tout naturellement héréditaires, car ils se traduisent par une modification de la cellule unique qui constitue leur corps et qui se scinde en deux moitiés identiques pour se reproduire. Weismann (92-) insiste beaucoup sur ce point, que
Darwin (80) avait d’ailleurs signalé avant lui.
2 J'appelle ici et appelerai désormais réversible la modification germinale capable de reproduire dans le soma de la génération suivante une modification précisément identique à celle du soma de la génération précédente, qui l’a produite elle-même.
(*) Voir, au sujet de la valeur de cette objection : Y. Dégagé, Théories de la Fécondation (in Congrès de Berlin 1901 et Iiev. yén. des sc., n° du 15 octobre 1901}:
THÉORIES PARTICULIÈRES
sexuels la modification réversible est bien plus inexpliquée encore. En sorte que l’explication n’explique rien du tout.
Emery (93) imagine une substance nouvelle qui serait le facteur spécial de la transmission des caractères acquis. A côté du 'plasma germinatif à structure hautement compliquée et tenant sous sa dépendance tous les phénomènes évolutifs créés par la phylogénèse de la race, se trouve une autre substance, beaucoup plus simple, le zymoplasrna. Celui-ci est essentiellement constitué par des ferments ou des substances analogues qui sont mêlés au plasma germinatif. Il se divise avec lui pendant l’ontogénèse et se répartit dans toutes les cellules de l’organisme. Ce zymoplasrna, incapable de rien faire à lui seul, exerce sur le plasma germinatif, par voie chimique, une influence déterminée qui modifie dans une certaine mesure les phénomènes évolutifs auxquels celui-ci donne lieu. Les ferments du zymoplasrna sont fabriqués par l’organisme, par le soma pendant la vie, circulent dans le corps et viennent se mêler au plasma germinatif dans les cellules sexuelles. Les zymoplasmas de plusieurs générations peuvent s’accumuler ainsi, mais pas celui d’un grand nombre, car ces ferments ne sont pas liés à l’essence de l’organisme ; ils tendent sans cesse à s’éliminer et y arrivent toujours après quelques générations pour être remplacés par d’autres, formés de la même manière pendant la vie des individus. Au zymoplasrna peuvent être attribués les phénomènes d’hérédité dus à l’alcoolisme, ceux d’épilepsie des cochons d’Inde de Brown-Séquard, etc. Ces derniers sont dus sans doute à quelque substance fabriquée par le rein, puisqu’on a démontré que l’urine des épileptiques contenait des substances tétanisantes.
Tous les caractères acquis, du moins ceux qui se traduisent par une modification générale de l’organisme (ce qui exclut les mutilations}, sont ainsi héréditaires par le moyen des ferments dont elles provoquent la formation. Ces ferments vontse mêler au zymoplasrna, le modifient et, par contre-coup, modifient le plasma germinatif auquel il est mêlé. Les substances zymotiques engendrées par certaines maladies générales, telles que la scrofule et la syphilis, et les substances purement chimiques qui sont simplement ingérées, comme l’alcool, se comportent comme ces ferments et produisent des effets semblables.
[Il peut y avoir du vrai dans cette conception, mais pour qu’elle explique vraiment la transmission des effets, il faut que ce zymoplasrna se multiplie de lui-même dans l’organisme pendant l’ontogénèse. Or autant