LEUR CLASSEMENT
La biologie générale comprend, malgré son nom, un grand nombre de problèmes particuliers. La division cellulaire, le mouvement du protoplasma, la formation des espèces, ne sont pas certes des questions mesquines; cependant on peut entreprendre de les résoudre sans connaître la constitution intime de la substance organisée et ses modes d’action. Ce sont, malgré leur ampleur, des questions particulières. La biologie renferme quelque chose de plus général, c'est ce qui concerne l’essence même de la vie, comment elle commence, se continue et se transmet.
Il n’y a pas deux manières d’attaquer le problème de la vie pour en trouver une solution positive. La vie résulte évidemment des propriétés de la matière vivante et ces propriétés sont le résultat de sa constitution physico-chimique. Il faut donc connaître cette constitution physicochimique. Or là, nous sommes radicalement arrêtés. La chimie nous enseigne la composition élémentaire du protoplasma; elle nous fait connaître un certain nombre de substances complexes qui entrent dans la constitution de ses différentes parties; l’histologie nous montre en lui des organes minuscules, fort complexes, associés pour former la cellule; mais entre les molécules, que le chimiste ne fait que peser ou compter, et ces organes déjà si compliqués, il y a une lacune immense. Quel arrangement prennent les molécules? Quelles associations forment-elles pour engendrer la substance vivante?
Notre ignorance est absolue sur ce point.
En l’absence des faits, il faut bien s’adresser à l’hypothèse, puisque
LES THÉORIES GENERALES
nous ne pouvons nous résigner à détourner notre esprit de ces questions captivantes. L’hypothèse vraiment scientifique, c’est-à-dire imaginée de toutes pièces, mais s’astreignant à ne heurter aucun fait positif et à en expliquer le plus grand nombre possible, est plus fructueuse parfois que l’étude des questions abordables mais d’intérêt secondaire.
Les hypothèses n’ont pas manqué dans cette question, générale entre toutes, do l’essence de la vie. L’antiquité a eu les siennes. Elles ont été ce qu’elles pouvaient être, c’est-à-dire sans fondement, forcément incomplètes et inexactes, la plupart franchement absurdes, quelques-unes étonnantes par le sens divinatoire de leurs auteurs. Celles des temps plus modernes, presque jusqu’à l’origine de ce siècle, ne sont pas d’une autre nature. L’intelligence de l’homme est restée la même, et l’ignorance des structures microscopiques laissait la même liberté à l’imagination. La découverte de faits dont les théories ont à tenir compte a permis d’éliminer la plupart d’entre elles, mais il y a encore une telle disproportion entre le but et les moyens, que l’accord est loin d’être fait, même sur les points les plus généraux.
Avant de passer à l’exposé de ces théories, il faut les classer.
L’ordre chronologique n’aurait pas l’avantage de montrer les progrès successifs de la question, car il s’en faut de beaucoup que chacune soit meilleure que ses aînées ou pire que ses cadettes; et il aurait l’inconvénient de mêler les conceptions les plus disparates. Nous les classerons donc sous quelques chefs généraux, quitte à reprendre l’ordre chronologique pour celles de même nature.
La question de la vie n’a pas toujours été traitée seulement par des naturalistes. Les philosophes l’ont abordée avec les tendances naturelles de leur' esprit. Aussi ne devons-nous pas nous étonner de trouver des tentatives d’explication de la vie par un principe spirituel dominateur, seul actif, animant le corps.
Les Théories animistes procèdent de là.
Aristote, Platon, saint Augustin, tout le moyen âge, Van Helmont, Stahl, sans avoir émis de théories complètes, ont cherché à expliquer la vie par l’ame. Le nisus formations de Blumenbacii, de Needham, la force vitale de l’ancienne école de Montpellier sont des variantes de la même idée fondamentale que la vie est une entité immatérielle. Chez beaucoup de sauvages on retrouve une idée analogue.
Bien différente est l’idée des Évolutionnistes qui croient que les germes