‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 169 sur 300 · CLASSEMENT DES THÉORIES · texte numérisé non relu

CLASSEMENT DES THÉORIES

Pour les autres, les particules ne sont pas de simples molécules chimiques, mais des agrégats d’ordre plus élevé. Fol (79) suggère qu’elles pourraient n’être que de petits appareils électriques. Nægeli (84) en fait des sortes de cristaux organiques, les micelles, doués de forces moléculaires spéciales. Isolés, les micelles n’ont que des propriétés d'ordre inorganique; associés en groupes harmoniques, ils déterminent les propriétés et caractères de l’organisme, qui ne sont que la résultante de leurs forces moléculaires diversement combinées. Altmann (94) donne à ces agrégats des dimensions bien plus grandes puisqu’il les montre au microscope dans les granules du protoplasma les bioblastes et il voit en eux des appareils complexes où s’élaborent des réactions chimiques. Enfin Wiesner (92) les considère comme des agrégats organiques, les plasomes, doués, de par leur constitution même, des trois propriétés fondamentales de la matière vivante, la nutrition, l’accroissement et la reproduction.

Dans la seconde des catégories annoncées, les particules sont représentatives : chacune a, par avance, une signification déterminée par rapport aux organes ou aux caractères de l’ètre futur.

Mais que représentent-elles?

Darwin (80) et tous ceux qui ont suivi ou modifié sa théorie de la Pangénèse, Galion (75), Brooks (83), etc., admettent qu’elles représentent les cellules du corps.

Aux vrais Pangénistcs, il faut joindre les Précurseurs de la théorie qui, sans spécifier si les particules représentaient les cellules, que la plupart ne connaissaient pas, ont émis cependant une conception analogue; ce sont, en remontant des modernes aux anciens : Erasme Darwin (10), Maupertuis (1751), G. Bonnet (1770) (2esystème), puis Paracelse, et enfin Aristote, Hippocrate Démocrtte, et Heraclite.

Weismann (84), dans sa première théorie, les considère comme des parcelles minimes mais complètes des plasmas germinatifs des ancêtres directs. Enfin Nàgeli (84) et de Vries (89) voient en elles le représentant des caractères et propriétés élémentaires combinés pour former les caractères et propriétés d’ensemble; et Weismann (92), dans sa nouvelle théorie, combine heureusement l’idée de de Vries avec celle de Darwin.

Il reste une dernière grande classe de théoriciens dont la conception s'oppose à celle des Animistes, Evolutionnistes et Microméristes, c’est celle des Organicistes , pour qui la vie, la forme du corps, les propriétés et les caractères de ses diverses parties, résultent du jeu réciproque, de la lutte de tous ses éléments : cellules, fibres, tissus, organes, qui réa-

LES THÉORIES GÉNÉRALES

gissent les uns sur les autres, se modifient les uns par les autres, se font à chacun leur place et leur part, et concourent tous ensemble au résultat final, donnant ainsi l’apparence d’un consensus, d’une harmonie préétablie, là où il n'y a que la résultante de phénomènes indépendants.

L'organicisme commence, à mon sens, avec Descartes (1662), se continue avec Bichat, Claude Bernard, et arrive avec Boux (81) (à qui l’on pourrait, à la rigueur, joindre Driesch [92, 93] et 0. Herwig [92]), à une théorie si profondément modifiée, bien qu’elle dérive du même principe, qu’elle peut être considérée comme toute moderne *.

Un si rapide résumé du point de vue auquel se sont placés les auteurs donne l’impression que leurs théories sont purement gratuites, invraisemblables, à peine dignes d’attirer l’attention. Il ne faut pas juger si vite. Ce coup d’œil sur leur classement ne donne pas une idée juste de leur valeur réelle ni même de leur signification exacte.

Il faut lire avec attention leur exposé détaillé, et l’on verra qu’à côté d’essais informes se trouvent de belles théories, ingénieuses, richement documentées, si bien liées dans toutes leurs parties, si bien d’accord avec les faits connus, que l’on est obligé de se rappeler que cela en somme n’a pas été vu, pour reprendre cette réserve dont il ne faut jamais se départir en présence des incursions de l’imagination dans le domaine de la science.

Dans cette étude, en exposant les idées de chacun, nous lui laisserons la parole et le ferons parler comme il aurait parlé lui-même pour exposer sa théorie sous son jour le plus favorable et la défendre par les meilleurs arguments. Si nous intervenons par quelques notes, toutes les fois qu’il pourrait y avoir quelque ambiguïté, celles-ci seront mises entre crochets ], pour les bien distinguer des notes explicatives que nous mettrons dans la bouche de l’auteur. Puis, quand l’exposé sera achevé, nous prendrons la parole à notre tour pour les critiquer. Cette méthode nous semble avoir l’avantage de séparer absolument la théorie et notre critique, au grand bénéfice du lecteur qui peut ainsi lui-même les juger séparément.

* Parmi les théories qui ont paru depuis la 1er édition de cet ouvrage, une seule mérite par son importance et par sa valeur de prendre place ici. C’est celle de la sélection germinale de W eismann (96 : II, 495, 523) dont il a été question déjà plusieurs fois dans cette édition et dont on trouvera dans Y Année biologique l’analyse et la critique. Nous pouvons cependant citer encore ici : Montgomery (95: II, 773), Baldwins ( Id ., 771), Le Dantéc (96: II, 719, 778; 97 : III, 791, 805), Roma^e sJ97 : III, 511, 520), Lloyd Morgan ( Id ., 512, 532) Préaubert (97 : III, 799), Schiaparelli (98 : IV, 791, 794), Hugo de Vries (00 : V, ne, 341), Rosa (99 : Y, xlïii, 406), Ivassowitz (99 : V, 627), etc., etc.

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