DONT ELLES SONT DOUÉES
A ce système se rattachent la théorie de Dolbear (89), celle des P érigénistes purs, Erlsberg (74, 76), Hackel 7G) et celle de plusieurs auteurs qui, sans s’expliquer comme les Périgénistes sur la nature des particules
(*) Haacke a soutenu et développé sa théorie dans des mémoires ultérieures dont on trou vera l’analyse et la critique dans Y Année biologique (94 : I, 688, 692; 97 : IV, 800).
THÉORIES DE L IIÉRÉDITÉ.
LES THÉ0RE1S GÉNÉRALES
et de leurs mouvements, ont admis le même principe et attribuent, comme eux, la vie à une forme du mouvement.
Hardiment Dolbear part des atomes auxquels il n’attribue par hypothèse que quelques caractères et propriétés fort simples et arrive, par des raisonnements bien autrement serrés, presque aussi loin que Spencer et que Ifaacke dans l’explication des propriétés du protoplasma.
DOLBEAK (1889)
Tliéoi*ie «les atomes annulaires.
Exposé .
Admettons qu’il existe une substance universellement répandue, l’éther, dans laquelle sont plongés des atomes annulaires animés de mouvements alternatifs très rapides de dilatation et de contraction. Ces mouvements auront pour effet de créer autour de chaque atome une zone d’éther raréfiée dans laquelle la raréfaction ira en décroissant en s’éloignant de l’anneau b Si un second anneau s’approche du premier et entre dans la zone raréfiée, il sera plus poussé par l’éther situé du côté où celui-ci est le moms raréfié et se jettera sur le premier anneau comme s’il était attiré par lui. L’anneau sera donc entouré d’une zone d’attraction que nous appellerons son champ mécanique . Tous les atomes ont un champ mécanique. Dans les conditions précédentes, ce champ est uniforme, deux anneaux situés dans le même plan, en se joignant par attraction mutuelle, sont dans le même état d’équilibre, quel que soit le point par lequel ils se rencontrent. Mais, si la vibration de l’anneau, au lieu d’être égale en tous les points, présente des nœuds et des ventres y il n’en sera plus ainsi.
1 Prenons Panneau a dans la position contractée a'. En se dilatant en a" il chas-
sera l’éther compris dans l’espace a' a" ; en se contractant de nouveau, il laissera
l’éther occuper de nouveau cet espace. Si ses vibrations sont lentes, il n’en résultera rien que des ondes successives condensées et raréfiées qui, partant de Panneau, se répandront dans l’éther ambiant. Mais si elles sont assez rapides pour que l’éther refoulé en a" n’ait pas le temps de combler tout l’espace a" a7 avant qu’une nouvelle dilatation le chasse de nouveau, il en résultera autour de Panneau une zone raréfiée permanente d’autant plus marquée que les mouvements seront plus rapides et plus étendus (fig. 34).
THÉORIE HE DOLBEAR.
Les nœuds immobiles constitueront des points de contact où l’équilibre sera stable à l’exclusion de tous les autres points
11 y aura tendance à la formation d’un groupe dans lequel l'anneau primitif sera en contact par ses nœuds avec d’autres anneaux en nombre égal à celui de ces nœuds. Mais aucune force ne maintenant ces autres anneaux dans le plan de l’anneau primitif, le moindre dérangement les fera pivoter autour du point de contact et les renversera les uns vers les autres jusqu’à ce qu’ils se rencontrent et, s’appuyant les uns sur les autres, trouvent là enfin une position d’équilibre stable définitif2.
Le solide formé par un groupe d'atomes annulaires en équilibre constitue une molécule. Dans la molécule, chaque anneau continue à vibrer et l’ensemble de ces vibrations détermine le champ mécanique de la molécule, champ de forme beaucoup plus compliquée que celle des anneaux isolés. Les molécules, avec leur champ mécanique, se comportent les unes vis-à-vis des autres comme les atomes entre eux et forment des groupes, déformé toujours plus compliquée, correspondant à des substances chimiques de plus en plus complexes. Un atome ou une molécule peu composée n’a, en général, qu’une manière de s’associer à d’autres de forme donnée pour constituée un groupe stable; mais une molécule complexe offre, en général, plusieurs manières de s’ajuster avec d’autres de forme donnée. Ces manières se substituent aisément les unes aux autres et cela constitue Y instabilité chimique, si ordinaire dans les composés très
1 Supposons qu’il y ait 4 nœuds et 4 ventres également espacés (fig. 35). Si Van-
neau C tombe en n, il glissera sur la courbe jusqu’à ce qu’il arive au nœud m d’où il ne bougera plus. De même les anneaux B, D, E, se placeront aux autres nœuds de l’anneau A.
2 En se relevant, ils viendront s’apnuyer les uns sur les autres au-dessous
de A et former une ligure tétraédrique (fig. 36). Il y a place au-dessous de A pour 4 autres anneaux symétriques formant avec les précédents une double pyramide.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
complexes. Le protoplasma n’est qu’une substance chimique très complexe et très instable. Lorsqu’une molécule protoplasmique vibre clans le voisinage d’une substance de constitution appropriée, elle lui communique son mode de vibration et le mode d’arrangement d’atomes qu’elle a ellemême; elle transforme ainsi cette substance en protoplasma semblable à elle. De là résulte Y accroissement , propriété caractéristique de la substance vivante.
Les atomes situés dans la profondeur de la molécule étant plongés dans un champ beaucoup plus uniforme que ceux de la surface, doivent être beaucoup plus faciles à déplacer ; il s’ensuit que la stabilité, la fixité du système doit être plus grande à la surface que dans la profondeur. C’est le caractère principal de la structure de la cellule vivante, et l’on voit ainsi que la structure cellulaire se développe d’elle-même par le seul jeu des forces mécaniques invoquées. Ainsi les propriétés vitales des cellules sont, par na ture et par origine, purement mécaniques. La force mentale elle-même n’a pas une origine différente. Elle n’est qu’un champ mécanique. Nous ne connaissons pas la cause qui le produit, mais nous pouvons Concevoir qü’étant de même nature que les autres, il agit sur eux et est influencé par eux.
Critique.
J’ai cité presque textuellement les explications relatives à la structure du protoplasma et à la formation des cellules. 11 est bien évident que ce système n’est qu’une vague conception générale et non une explication détaillée. Comme il arrive d’ordinaire en pareil cas, les explications mathématiques, claires, complètes du début deviennent de plus en plus obscures et insuffisantes à mesure que l’on s’élève à des phénomènes plus complexes.
Il n’y en a pas moins là une tentative intéressante pour ramener les phénomènes chimiques à des phénomènes mécaniques et si, un jour, on pouvait ramener complètement les phénomènes vitaux à ceux de la chimie, la lumière serait bien près d’être faite sur l’ensemble de la question.
SYSTÈMES PÉRIGÉNISTES.
Les Périgénistes ne partent pas comme Dolbear des atomes. Ils admettent, sans s’expliquer sur leur origine, des particules formées par un
THÉORIE DERLSBERG.
agrégat plus ou moins complexe d’atomes ou de molécules auquel ils donnent le nom de plastidules L
ERLSBERG (1874, 1876)
Système de la i*e -génération on de la permanence
des plastidules.
Exposé.
La cellule ne peut être considérée comme l’unité première des organismes. Le protoplasma n’est pas une substance homogène et il faut chercher la base physique de la vie dans les unités plus petites, les plastidules 1 2.
Les plastidules sont des particules matérielles ayant une constitution chimique déterminée et chacune est le centre d’un système de forces qui lui appartient en propre et reste lié à lui à travers toutes ses pérégrinations3.
Les particularités [structurales et fonctionnelles) des êtres vivants sont attachées aux plastidules et dépendent [sont l’expression] de leur constitution chimique et de leurs mouvements moléculaires.
A l’inverse des unités physiologiques de Spencer et des gemmules de Darwin, les plastidules n’émanent point des cellules, elles ne circulent pas dans l’organisme et surtout elles ne s’accroissent ni ne se multiplient.
1 Ce nom imaginé par Hæckel (66) bien avant sa théorie de la périgénèse a été pris par Erlsberg, le premier fondateur de la périgénèse, et Hâckel l'a conservé ensuite dans sa théorie de même nom. Il signifie par abréviation de plastidmolecules, molécules constitutives des plastides , c’est-à-dire des êtres formés de protoplasma primitif.
2 C’est après avoir lu le livre de Darwin sur la sélection naturelle et en avoir adopté les idées que, cherchant à se rendre compte du mécanisme de la transmission des caractères, fauteur est arrivé à sa théorie. Dès 1868-1869 [sans doute verbalement] il l’a annoncée et il l’a publiée en 1872 et 1874.
[Ainsi le système d’Erlsberg, bien qu'il
appartienne à la périgénèse, dérive historiquement du système bien différent de la pangénèse darwinienne].
Nulle part l’auteur ne dit en propres termes que scs plastidules soient de même espèce et ne correspondent pas séparément à des caractères distincts. En l'absence de renseignements, à cet égard, et comme il faut bien prendre un parti, nous avons placé sa théorie dans le même groupe que celles de Spencer et de HÀckel auxquelles elle se rattache par tous ses caractères.
3 L’auteur ne s’explique pas sur les relations des plastidules avec les molécules chimiques et ne dit pas si ce sont des molécules ou des unités d’ordre supérieur.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Leur propriété la plus remarquable est leur permanence , non absolue comme nous le verrons, mais très accentuée.
En raison de cette permanence, les plastidules servent d’agent de transmission des caractères. Elles passent des parents à l’enfant par l’ovule et le spermatozoïde, et reproduisent chez celui-ci les particularités d’organisation qu’elles représentaient chez ceux-là. Elles peuvent ainsi traverser plusieurs ou même un nombre considérable de générations, en sorte que chaque être engendré reçoit les plastidules de toute une lignée d’ancêtres et, par elles, la possibilité de reproduire leurs caractères.
C’est à ce titre que la théorie mérite le nom de permanence [Erlsberg dit préservation\ des plastidides.
Cependant cette permanence est plus idéale que matérielle, en ce que c’est la qualité de la plastidule qui se transmet nécessairement plutôt que sa substance. Car beaucoup de plastidules meurent et sont remplacées par d’autres re-engendrées à côlé d’elles; les nouvelles, formées sous l’influence des anciennes, prennent, aussi sous leur influence, leur constitution chimique et leur mode de mouvement, en sorte que, lorsque celles-ci disparaissent, elles en laissent après elles d’autres qui les représentent identiquement, et le résultat est le même que si c’étaient les anciennes qui eussent persisté. Par là la théorie mérite le nom de re-génération des plastidules. A côté des plastidules réellement anciennes et ayant effectivement appartenu, plusieurs générations auparavant, à quelque ancêtre éloigné, il y en a qui sont nouvellement formées, mais qui reproduisent identiquement d’autres plastidules anciennes et déterminent, aussi bien qu’eussent fait celles-ci, l’apparition du caractère ancestral correspondant, ïl n’est ni possible ni utile de distinguer les unes des autres.
Les plastidules ne se reproduisent pas par division ou par quelque autre mode analogue, mais la conservation des caractères n’en est pas moins assurée par leur permanence ou leur re-génération .
V hérédité . — La transmission des caractères se comprend d’elle-même, puisque les caractères dépendent des plastidules qui passent, elles ou leurs remplaçantes identiques, des parents aux enfants par les produits sexuels.
L atavisme. — Les plastidules ancestrales restées dans le germe expliquent l’atavisme, mais les plus anciennes disparaissent peu à peu du germe et diminuent l’influence ancestrale proportionnellement à son éloignement.
V origine des espèces. — Le protoplasma primitif s’est formé par génération spontanée. Les premiers êtres devaient être des monères sans
THÉORIE d’eRLSBERG.
noyau. Par une évolution progressive, ils ont donné naissance aux êtres unicellaires pourvus d’un noyau et d’une membrane, puis aux êtres polycellulaires de plus en plus élevés en organisation.
Un des principaux agents del’adaptation et du perfectionnementprogressif a été la génération sexuelle, d’abord représentée par la simple conjugaison. Caries caractères adaptatifs acquis par chacun des parents se sont trouvés réunis dans le produit.
On peut accepter l’idée de Darwin que les êtres proviennent d’un protoplasma primordial par une série continue de perfectionnements, sans admettre cependant que tous descendent du même individu protoplasmique primitif ou d’individus multiples mais semblables et contemporains. Il est vraisemblable qu’à toutes les époques il s’est formé du protoplasma primordial composé de plastidulesà constitution physico-chimique quelque peu différente. Chaque fois ce protoplasma a été le point de départ d une évolution progressive continue ayant abouti à un groupe d’êtres actuellement vivants. Les êtres formant partie de ce groupe 1 seraient seuls vraiment parents et ils formeraient un petit arbre phylogénétique distinct. Il n’y aurait pas ainsi un seul arbre phylogénétique immense, mais un grand nombre de petits arbrespartant du sol côte à côte à des niveaux différents2. Le développement étant progressif et continu, le protoplasma primordial le plus ancien a donné naissance aux organismes supérieurs par le seul fait qu’il a eu seul le temps nécessaire pour cela ; et, réciproquement, les formes les plus élevées ne sont telles que parce qu’elles sont plus anciennes, sauf les cas probables, mais sansinfluence sur l’ensemble du phénomène, où certains groupes ont marché plus vite que d’autres dans leur évolution.
Parallélisme de la paléontologie et de V anatomie comparée. — Les formes organisées inférieures nous offrent le tableau de ce qu’étaient les formes supérieures au stade évolutif correspondant de leur phylogénèse. Cela nous explique pourquoi les ancêtres géologiques des formes supérieures actuelles ressemblent aux formes inférieures qui les précèdent dans l’échelle des êtres actuellement vivants. Cependant le parallélisme n’est pas parfait, car le protoplasma initial des différentes séries n’a pas été identique et les circonstances qui ont dirigé son évolution ont été différentes; cela donne la raison pour laquelle le parallélisme de L anatomie comparée et de la paléontologie n'est pas parfait.
1 Sur l’étendue et la constitution des donne aucune indication, groupes d’origine commune l’auteur ne 2 Voyez page 429 et figure 26.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Parallélisme cle V ontogénèse et de la phylogénèse. — Les plastidules de nos ancêtres anciens encore présentes dans notre protoplasma doivent se développer avant celles des ancêtres récents. Leur développement successif par ordre d’ancienneté explique pourquoi, dans leur développement ontogénétique, les êtres passent par des phases successives qui rappellent les ancêtres successifs de leur race.
Il< résulte de cette manière d’envisager les choses une conséquence singulière. Quand nous passons par le stade poisson, nous copions le poisson notre ancêtre, mais non le poisson actuellement vivant qui appartient sans doute à une série phylogénétique distincte, laquelle a commencé bien après la notre, en sorte que c’est, lui, le poisson actuel, qui copie le stade poisson de notre ontogénèse.
Critique.
La théorie d'Erlsberg ne donne évidemment pas une explication complète des phénomènes de la vie. Elle reste trop dans le vague pour cela, ne définissant ni la constitution des plastidules, ni la nature des forces dont elles sont le centre et des mouvements qui les animent. Mais on aurait tort de reprocher à l’auteur une réserve dont il n’aurait pu sortir que par des hypothèses qui auraient bien peu de chances de rencontrer la vérité. Nous allons voir par l’exemple de Hâckel que la tentative de définir le mode de mouvement des plastidules n’a pas eu un résultat bien encourageant. Sur un seul point, Erlsberg se montre affirmatif dans son hypothèse, c’est sur le mode de formation des plastidules par re-génération ; et vraiment on se demande pourquoi il tient à cette idée qui n’ajoute rien à la valeur du système et qui est moins vraisemblable que celle d’une reproduction par division.
Le principal mérite de la théorie réside dans l’idée de la permanence à travers les générations successives d’une substance spéciale contenant en elle les facteurs des caractères héréditaires et se transmettant des parents aux enfants par les produits sexuels. Il y a là, plus qu’en germe, la conception de la continuité du plasma germinatif dont peu d’années après Jager (77), Nussbaum (80) et surtout Weismann (85) ont tiré parti avec tant de succès.
On ne peut s’empêcher d’admirer l’idée si ingénieuse et en somme très vraisemblable des arbustes généalogiques indépendants et l’explication si originale du parallélisme de la paléontologie et de l’anatomie com-
THEORIE DE HAECKKL.
parce. 11 y a plus d’aperçus nouveaux et d’explications vraisemblables dans les plaquettes de quelques pages où l’auteur a fait tenir les idées élaborées pendant de longues années, que dans les gros mémoires de Haacke, de Nagelt, d’EiMER et de tant d’autres. C’est affaire de race.