BERTHOLD
Nous disions, en terminant la critique de la théorie de Hanstein, que cet auteur avait posé le problème de l’explication des phénomènes biologiques par les propriétés physico-chimiques des molécules du protoplasma, mais qu’il ne l’avait pas résolu.
Le système de Bertiiold peut être considéré comme une tentative de solution. L’auteur se place à peu près au même point de vue que llanstein, mais il cherche à découvrir le jeu des forces moléculaires dans la production des phénomènes particuliers b
Exposé.
Nous avons fait connaître, dans la 2e partie de cet ouvrage, sa théorie de la structure de la cellule et des mouvements du protoplasma. Il nous suffira de quelques citations pour faire comprendre comment il étend sa conception aux phénomènes plus généraux de la biologie.
« L’essence de l’organisme [dit-il, p. 81 et suivantes], ce qui le distingue si expressément de tout système mécanique inorganique non vivant, ne réside pas dans une structure moléculaire particulière, et il serait chimérique de chercher à pénétrer par cette voie dans la connaissance des phénomènes intimes de la vie. Le substratum vivant des organismes, le protoplasma, ne peut trouver ses caractères ni dans les propriétés physico-chimiques d’une substance unique, telle que l’albumine, bien que l’albumine se trouve dans tout protoplasma et ne puisse être formée que par lui; ni dans la manière dont il a acquis sa structure et son organisation, qui ne se distinguent en rien d’essentiel de celles d’une émulsion quelconque. Ce qui caractérise le protoplasma vivant, c’est la circulation de forces et de substances dont il est le siège; ce qui est essentiel en lui, c’est que, par ses énergies chimiques propres, au milieu des substances et des énergies ambiantes qui agissent sur lui, il se maintient, s’accroît et se reproduit; c’est que, sous l’action de ces énergies chimiques, se dégagent indéfiniment des forces molaires et moléculaires dont la nature et l’intensité sont à chaque instant précisément celles qui conviennent pour im-
1 Bertiiold n’a pas la prétention d’é- la constitution de la cellule et les moumettre une théorie générale embrassant vements du protoplasma, mais sa théorie toute la biologie. II n’étudie à fond que n’en a pas moins une portée générale.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
primer à l’organisme la forme appropriée et les mouvements nécessaires. »
Hérédité. — « La constitution du protoplasma et ses propriétés étant ainsi définies, la manière dont on doit concevoir l’explication mécanique des phénomènes de l’hérédité et de l’adaptation ne saurait faire de doute pour un naturaliste à l’esprit lucide et logique. La formation des générations successives n’est, comme celle des différents stades du développement de l’individu, que le résultat de la production de substances qui s’engendrent successivement les unes les autres d’après les règles ordinaires de la chimie. L’hérédité s’explique par le fait que, dans le laboratoire de l’organisme, les mêmes substances et les mêmes composés se reproduisent identiques en qualité et quantité suivant une périodicité régulière. Mais cela ne suffirait pas cependant, car nous avons vu que dans l’organisation du protoplasma le développement progressif de ses différentes parties avait joué un grand rôle. Deux protoplasmas de constitution identique sous le rapport de la qualité et de la quantité des substances qui les composent peuvent être construits très différemment, selon que la différenciation de leurs parties, déterminée par une suite d’actions chimiques, a suivi une marche ou une autre.
« Les substances qui entrent dans la composition d’un œuf animal ou végétal se grouperaient certainement, si on les mettait simultanément en présence, d’une tout autre façon qu’elles n’ont fait dans leur évolution progressive. » On peut exprimer cela en disant que : le protoplasma actuel a une structure historique. En somme, la succession rythmique de phénomènes qui constituent l’évolution des générations aussi bien que des individus n’est que l’expression et le résultat des réactions chimiques dont le protoplasma est le siège. Grâce au concours des conditions ambiantes, chaque phénomène chimique entraine le suivant, et provoque en même temps les modifications de forme et de propriété physiologiques qui apparaissent à ce stade du cycle évolutif.
Critique.
En ce qui concerne la détermination de la structure de la symétrie de la cellule (Voir p. 326), l’argumentation de Berthold est vraiment très solide, et il est certain qu’une émulsion de particules non complètement solubles les unes dans les autres pourrait prendre la configuration que nous observons dans les cellules sans le secours d’autres forces que celles invoquées par l’auteur. Il y a, il est vrai, dans le protoplasma, des fibres et
THÉORIE I)E BERTUOLÜ.
des granules et par suite autre chose qu’une émulsion, mais cela n’empêcherait pas la théorie de s’appliquer à la partie amorphe de cette substance. Pour cette partie, on a le droit d’objecter à Berthold qu’il n’a pas démontré sa nature émulsive, mais il a le droit à son tour de l’admettre provisoirement et de voir si cette hypothèse lui permet d’expliquer les faits biologiques. Or, en dehors de la structure cellulaire, il ne semble y être arrivé que très incomplètement. On a vu ailleurs (Voir, p. 330,331) les objections que soulève sa théorie des mouvements protoplasmiques, nous n’avons à examiner ici que ses explications de l’hérédité et de l’adaptation. Or elles sont évidemment très incomplètes. Que l’évolution de l’œuf dépende pour une forte part de sa composition chimique, cela est très certain; que l’identité de composition chimique entre l’œuf actuel et celui de la génération précédente soit une des principales raisons pour lesquelles le premier se développe en un organisme semblable aux parents qui l’ont engendré, cela n’est pas douteux. Mais la question n’est pas là. Toutes les cellules n’ont pas la même composition chimique. Après la division de l’œuf et de l’embryon, on n’en trouverait peut-être pas une qui, chimiquement, soit identique à l’œuf. Comment donc cette identité se retrouvet-elle plus tard dans l’œuf de la génération suivante?
Berthold admet, en outre, qu’il y a dans l’œuf un autre élément aussi important que la constitution chimique, c’est l’arrangement historique de ses molécules. Quel est cet arrangement; comment influe-t-il sur les caractères, comment, s’il se perd, comme il est possible ; dans la formation de l’embryon, se retrouve-t-il ensuite dans les cellules germinales? Comment dans la génération sexuelle se combinent les compositions chimiques et les arrangements moléculaires des éléments mâle et femelle, et comment les caractères du produit en résultent-ils? La théorie est muette sur tous ces points. Et il semble évident que la structure émulsive du protoplasma n’aide pas plus que toute autre à les comprendre. C’est donc aller un peu loin que demander d’admettre pour le protoplasma une structure qu’on ne montre point lorsqu’on n’explique par elle que la configuration de la cellule et, plus ou moins, certains mouvements protoplasmiques.
h) Molécules agissant par leurs propriétés chimiques seulement.
Il n’existe pas, â ma connaissance, de théorie complète de la vie et de l’hérédité basée sur la chimie pure, mais plusieurs auteurs ont publié des essais partiels qui se rattachent à cette idée.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Dès le premier quart de ce siècle, alors que la/ orce vitale était encore en honneur et que presque personne ne songeait à attribuer la vie à des causes d’ordre physique, CnEVREUL(24)aeule mérite d’écrireque la force vitale n’explique rien, qu’elle aurait besoin elle-même d’être expliquée avant de prétendre expliquer autre chose, et que les phénomènes de la vie on t leur cause directe dans les principes immédiats constitutifs de la matière organisée.
Il n’établit pas cependant sur cette donnée une théorie delà vie, car il conclut, au contraire, que, eût-on ramené les phénomènes vitaux à leurs causes prochaines et aux forces qui régissent la matière inorganique, on ne serait pas encore en état de comprendre comment l’être organisé en se reproduisant répèle avec une constance si remarquable les caractères de son espèce. Malgré cette réserve, Chevreul peut être considéré comme le promoteur des théories purement chimiques de la vie.
Geddes (86) tend à voir dans les produits d’assimilation et de désassimilation, anastes et catastes, qui traversent sans cesse le protoplasma pour les besoins de sa nutrition , les agents par lesquels se transmet aux éléments sexuels la constitution chimique spécifique qui est la base de l’hérédité.
L’évolution tout entière a pour condition essentielle une succession d’actions chimiques liées entre elles par des relations de cause à effet, tout comme dans les séries de réactions de la chimie de laboratoire.
A. Thompson (89) semble partager cet avis.
Gautier (86) distingue deux forces directrices de l’évolution : une force atavique , résultante des forces qui maintiennent les espèces chimiques entrant dans la constitution du protoplasma de l’espèce biologique, et une force d’individualisme qui permet la variation de l’espèce biologique en déterminant de petites modifications dans la constitution chimique du protoplasma. Mais ces modifications ne portent que sur les groupes chimiques secondaires annexés au groupe central.
La constitution chimique d’un même tissu dans un même organe n’est jamais identique dans deux espèces distinctes et les petites différences de constitution chimique sont la cause des caractères différentiels1.
Enfin Danilevsky (94) va plus loin et pense que les qualités intellectuelles et morales elles-mêmes peuvent avoir pour condition essentielle la présence dans la molécule albumineuse de substances accessoires unies au groupe essentiel. Ces substances introduites par la nutrition imbibent
1 Gautier a fait une remarque intéres- pèces chimiques distinctes déterminent santé de laquelle il conclut que des es- même les caractères intermédiaires qui
THÉORIE DE FOL
d’abord simplement le protoplasma puis, peu à peu, arrivent à prendre place dans sa molécule albumineuse. L’équilibre constitutionnel chimique est alors changé, la substance jadis tolérée est devenue nécessaire et le protoplasma de l’espèce comporte désormais cette nouvelle substance comme élément constitutif normal. Par suite, les particularités nouvelles liées à l’addition de cette substance, après avoir été accidentelles, finissent par faire partie des caractères spécifiques.
[Ces idées sont originales et contiennent certainement beaucoup de vrai, mais il est à peine besoin de faire remarquer qu’elles ne forment pas un système cohérent et complet. La théorie chimique de la vie et de l’hérédité est encore à trouver].
b. Particules formant des agrégats d’ordre plus élevé que les molécules chimiques.
Dans ces systèmes, les particules ne sont pas des molécules chimiques, mais des associations complexes de molécules, tantôt des cristaux organiques, tantôt de petits appareils physiques ou chimiques : les unes réelles et visibles au microscope, n’ayant d’hypothétique que l’interprétation de leur nature ou de leurs propriétés, comme les granulations de Fol et les granules J’Altmann, les autres entièrement hypothétiques, comme les plasomes de Wiksnkr.
a) Appareils électriques.