‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 193 sur 300 · WEISMANN · texte numérisé non relu

WEISMANN

Théorie «les plasmas ancestraux1.

Exposé.

L’idioplasma. — Les caractères et les fonctions de tous les êtres vivants dépendent de leurs cellules et les caractères et propriétés des cellules dépendent du noyau; en sorte que la substance du noyau cellulaire est, en somme, le facteur universel de tous les phénomènes vitaux.

Le premier point n’est point discutable. La vérité du second est dé-

de second ordre, ce n’en est pas moins elle qui donne son cachet à la théorie.

1 [La théorie actuelle de Weismann ne s’est pas formée de prime saut. Elle s’est lentement élaborée et peu à peu modifiée, même dans ses points essentiels, au cours de son évolution. Son auteur l’a mise au jour dans des mémoires successifs (82, 83, 84, 85, 86,, 86,, 87, 88, 91, 922) dont chacun marque seulement l’état de ses idées au moment où il l’a écrit, et chaque essai nouveau tantôt fortifie une opinion émise dans les précédents, tantôt la modifie ou même lui en substitue une autre très différente, en sorte que l’on ne voit qu’à la fin où l’on va arriver. Cependant, en suivant cette évolution des idées de l’auteur, on remarque qu’elle dessine d’abord une courbe régulière, puis arrive à un point de rebroussement d’où elle repart dans une direction nouvelle. Cela nous autorise à distinguer

chez lui deux théories, et de fait, sa conception a été si fortement modifiée par l’idée des déterminants, que l’on peut considérer comme une volte-face le changement qu’apporte leur apparition. Nous étudierons donc séparément, d’abord la théorie primitive à laquelle il est arrivé peu à peu dans la série de petits mémoires réunis sous le nom d 'Essais sur l’hérédité (par le traducteur français qui a imaginé ce titre) et nous l’appellerons tliéorie du plasma germinatif on des plasmas ancestraux ou simplement théorie des Essais (82 à 88 et 92i date de la traduction française) ; puis, après celle de de Vries (89) dont il s’est fortement inspiré, la théorie actuelle que nous pouvons nommer théorie des déterminants (9.L 922h On peut d’ailleurs les rattacher Lune à l’autre en identifiant les ides de la seconde ail x^plasmas ancestraux de la première] .

THÉORIE DE WE ISM ANN

PLASMAS ANCESTRAUX.

montrée par un grand nombre de faits, et en particulier par la fécondation dans laquelle le spermatozoïde, simple noyau, communique au produit tous les caractères de la lignée paternelle1. .

Le nucléo-plasma a donc par rapport au cytoplasma un rôle tout à fait prépondérant. Nous l’appellerons idioplasma2. L’idioplasma signifiera pour nous l’ensemble des plasmas nucléaires contenant en lui la raison d’être et la cause de tous les caractères et de toutes les fonctions de l’ensemble de l’organisme. C’est de lui seul que nous aurons à nous occuper, c’est lui seul qui intervient activement dans les phénomènes de reproduction, d’hérédité, de variation, de formation des espèces.

L’ ontogénèse et la différenciation cellulaire. — Au début de l’ontogénèse, l’idioplasma du futur organisme se trouve tout entier contenu dans le plasma nucléaire de i’œuf. Comment de cet idioplasma unique vont se former successivement tous les idioplasmas, si différents les uns des autres, des diverses cellules des différents tissus et organes? Cette question est tout à fait insoluble si l’on admet que, dans la division cellulaire, les deux moitiés du noyau sont identiques entre elles3.

1 Nous avons vu (p. 92 et suiv.) sur quels arguments s'appuie cette théorie du rôle directeur du noyau. Weismann l'admet, sans réserve. Pour lui, tous les caractères différentiels essentiels des cellules sont contenus dans le noyau.

Voici deux cellules embryonnaires identiques en apparence. Supposons que l'une d’elles doive devenir cellule musculaire, l’autre cellule nerveuse. S’il en est ainsi, c’est que leurs noyaux auront présenté une certaine différence initiale due à quelque particularité de constitution peut-être invisible ; celui de la première dirigera la nutrition et l’évolution du cytoplasma de manière à le rendre homogène, granuleux, étoilé, à le charger de lécithine, à développer des prolongements, à prendre enfin les caractères histo-chimiques de la cellule nerveuse; celui de la seconde déterminera dans le cytoplasma la production des disques superposés de myosine et de myostromine et lui donnera en somme les caractères de l’élément contractile.

On a vu que la théorie du noyau, di-

recteur exclusif des phénomènes cytologiques, n'est plus guère admise. La découverte d’un centrosome et peut-être d’un peu de cytoplasma dans le spermatozoïde lui a enlevé son meilleur appui.

Mais il ne serait pas juste de tirer de là un argument contre Weismann, car son système n’est point lié à cette hypothèse. Rien ne l’oblige à limiter au noyau le plasma germinatif et, s’il l’a fait, c’est seulement pour se conformer à un fait qu’il croyait démontré].

2 [Ce nom est emprunté à Nageli (84) et il est pris dans la même acception de plasma dominateur. Mais il a une tout autre constitution que dans la théorie de cet auteur, comme nous le verrons plus loin].

3 Tous les faits cependant semblent démontrer qu’il en est ainsi. Il y a même comme un ensemble de précautions admirablement prises pour assurer une répartition rigoureusement égale de deux moitiés de Lidioplasma de la cellule-mère dans les noyaux des deux cellules-filles. Aussi tous les auteurs, et en particulier

LES THÉORIES GÉNÉRALES

Elle devient toute simple, au contraire, si l’on admet que, dans certaines divisions au moins, il n’en est pas ainsi. D’ailleurs cette hypothèse, bien qu elle choque les apparences, s’appuie sur de si graves raisons théoriques qu’elle devient parfaitement légitime ; car, si cette identité était réelle, les deux cellules-tilles devraient nécessairement suivre une évolution identique, et toutes les fois qu’elles suivent une évolution differente, c’est qu'elles avaient reçu de la division qui leur a donné naissance des idioplasmas différents. Des différences entre ces deux idioplasmas ne peuvent d’ailleurs s’établir après leur séparation, sous l’influence de leurs cytoplasmas respectifs, car ce sont eux qui règlent l’évolution de ces cytoplasmas et leur nutrition jusque dans les détails, en sorte que les cytoplasmas ne pourraient devenir différents s’ils étaient sous la direction d’idioplasmas identiques. Force est donc d’admettre que, dans la division indirecte, les deux noyaux-filles peuvent recevoir des idioplasmas différents parleurs qualités essentielles h

Nous admettrons donc qu’il existe deux sortes de divisions nucléaires : l’une homogène, dans laquelle l’idioplasma maternel se partage identiquement entre les deux noyaux-filles, l’autre hétérogène , dans laquelle il se divise en deux parts quantitativement semblables, mais qualitativement differentes.

Cela posé, voici comment il faut comprendre la différenciation cellulaire dans l’ontogénèse. L’idioplasma de l’œuf contient, condensés en lui, tous les idioplasmas des futures cellules du corps. Il est donc à la fois très

Strasburger, admettent-ils œette identité. Cependant ces preuves ne sont pas suffisantes. Ladivision longitudinale du cordon nucléaire-n’est que l’expression grossière d’une égalité entre les quantités de substance qui passent dans les deux noyauxfilles et n’empêche pas que les qualités de ces substances ne puissent être différentes. Même Strasburger admet que ces particules colorées sont de simples réserves alimentaires et que le plasma nucléaire est incolore et situé dans leurs intervalles.

1 [Il n’est pas si bien démontré que cela que les cytoplasmas et les conditions ambiantes, légèrement différentes même pour des cellules voisines, ne puissent engendrer les différences d’évolution.

[C’est évidemment un procédé abusif que d’admettre une hypothèse en contradiction avec un fait aussi positif que

l’identité des deux moitiés du novau dans

la division. Mais il faut remarquer que Weismann y est entraîné par l’idée du rôle directeur du noyau. Si le plasma nucléaire n’a pas ce rôle, la division hétérogène devient très admissible ; il suffit de lui donner pour siège le cytoplasma. Les exemples de division hétérogène du cytoplasma sont très nombreux. A chaque instant, dans la segmentation de l’œuf, on voit un blastomère se diviser en deux autres très inégaux comme taille et comme composition, l’un étant riche en substances nutritives, l’autre exclusivement formé de protoplasma formatif].

Page 1