THEORIE DE WEISMANN. PLASMAS ANCESTRAUX
complexe et cependant très peu différencié. A la première division, il se partage en deux parts, et chacun des deux noyaux de ce premier stade reçoit exactement la part dont il a besoin pour lui et sa lignée. A chaque division ultérieure, il en ’est de même. L’idioplasma devient donc, en se subdivisant, de moins en moins complexe et de plus en plus différencié, jusqu’à ce qu'il ait atteint, à la fin de l’ontogénèse, le minimum de complexité et le maximum de différenciation. A partir de ce moment, chaque cellule ne peut plus engendrer que des cellules semblables à elle-même b Il est clair d’ailleurs que les modes de division homogène et hétérogène doivent alterner suivant les besoins, le premier se produisant toutes les fois qu’une cellule doit multiplier son espèce, le second seulement quand elle doit répartir entre deux lignées les propriétés qu’elle tient en puissance b
1 Pour fixer les idées, admettons que les deux premières cellules de la segmentation représentent l’une l'ectoderme, l’autre l’endoderme. L’idioplasma de l’œuf se décomposera en deux autres, celui des futures cellules ectodermiques et celui des futures endodermiques. Il disparaîtra donc en tant qu’idioplasma primitif ou du 1er degré ontogénétique, ayant fait, des différenciations qu’il contenaiten puissance, des tendanceshéréditaires déposées en lui, deux parts dévolues l’une à l'ectoderme, l’autre à l’endoderme. Ces deux idioplasmas du 2e degré ontogénétique seront donc un peu moins compliqués, quoiqu'ils le soient encore beaucoup, que celui du 1er degré, et un peu plus différenciés que lui, quoiqu’ils le soient encore très peu. Supposons que îa segmentation suivante divise la cellule ectodermique en deux autres, une qui formera le système nerveux central et l’autre qui formera la peau. Ces deux idioplasmas de 3° degré ontogénétique se partageront les différenciations en puissance et les tendances héréditaires de la cellule ectodermique de 2e degré ontogénétique ; ils seront donc encore un peu moins complexes et un peu plus différenciés que ceux du 2° degré ; et ainsi de suite jusqu’aux dernières différenciations, jusqu’au moment où une cellule
THÉORIES DE L’HÉRÉDITÉ
de la couche épidermique profonde, par exemple, se divisera en deux autres dont l'une deviendra, si l'on veut, du tissu corné épidermique, et l’autre dutissu unguéal. A ce terme ultime la différenciation est devenue complète et la complexité a beaucoup diminué puisque l’idioplasma de l’avantdernier degré ontogénétique ne contient plus en puissance que deux évolutions possibles, au lieu d’en contenir des centaines comme celui des premiers degrés.
Il est bien évident d’ailleurs que ce mode de segmentation est donné comme un exemple idéal et que les choses auront la même signification si ces différenciations successives se passent après un nombre plus grand de segmentations et dans beaucoup de cellules à la fois au lieu d’une seule.
2 Vin es (89) a fait à ce sujet l'objection suivante. C’est le plasma germinatif qui, d’après Weismann, imprime au développement son cachet, c’est par lui que l’être formé revêt son type spécifique et acquiert ses ressemblances individuelles avec tels ou tels de ses ancêtres. Or, dès la première segmentation hétérogène, il disparaît, une part se décomposant en plasma somatique, l’autre passant à l’état de réserve et d’inactivité temporaire.
L’objection est spécieuse mais non fondée. Le plasma germinatif, en se dédou-
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Formation des cellules sexuelles. Plasma germinatif. — Voilà comment se forment les cellules somatiques ou celles clu corps, du soma ; mais comment peuvent naître les cellules germinales ou sexuelles?
Nous avons vu que le plasma initial de l’œuf perdait, au fur et à mesure des divisions hétérogènes, sa complexité extrême et semait en route, en quelque sorte, les multiples propriétés qu’il contenait condensées en lui. Gomment ce plasma complexe pourra-t-il se reformer aux dépens de celui des cellules somatiques? 11 faut qu’il puisse récupérer ce haut degré de complexité qu'il avait perdu ; il faut en un mot que le plasma nucléaire, très particularisé et relativement très simple, des cellules somatiques puisse se transformer en un plasma très complexe et très peu particularisé. On ne voit pas comment cela serait possible. D’autant plus que cet idioplasma de l’œuf, bien qu’il soit très peu particularisé, c’est-à-dire très peu différencié pour une fonction étroite, n’en a pas moins évidemment une constitution physico-chimique extraordinairement précise et délicate, et il ne semble pas possible qu’une constitution semblable puisse être récupérée après avoir été perdue1.
Une seule théorie permet de soulever la difficulté, c’est celle de la continuité du plasma germinatif esquissée déjà par Jager (78) et Nussbaum (80) mais inexacte sons la forme où ces auteurs l’ont proposée, et admissible seulement après correction.
Appelons plasma germinatif l’idioplasma des cellules sexuelles. Celui de l’œuf fécondé, s’il se détruisait dès la première division, comme nous l’avons supposé provisoirement, ne pourrait se reformer. Avec la continuité du plasma germinatif, au contraire (Voir p. 199 et suivantes), la dif-
blant en deux idioplasmas somatiques du 2e degré ontogénéti que, ne perd pas son action directrice sur le développement, mais il divise ses énergies potentielles en deux parts dont chacune se rend au point où elle doit agir et, à chaque division hétérogène ultérieure, il fait encore de même.
1 Minot a cherché à l’expliquer en disant que cela reposait sur un principe évolutif. D’après lui, tout développement est cyclique et fait retour à son origine. Mais cela n’est nullement une loi absolue. Le développement phylétique en particulier n’est certainement pas cyclique , car rien ne nous autorise à dire que les vertébrés redeviendront jamais amibes à
la suite d’un développement régressif.
Ce n’est donc pas là une explication.
Les autres ne sont pas plus satisfaisantes. La théorie de l’emboîtement des germes et celle des gemmules de Darwin ne méritent pas la discussion. Rien, absolument rien dans les faits, n’autorise à croire que ces théories contiennent une parcelle de vérité. La première n’a qu’un intérêt historique, et pour la seconde, de l’aveu môme de son auteur, c’est une théorie idéale, créée pour donner satisfaction à l’esprit en montrant comment on peut concevoir un phénomène en apparence inexplicable, mais qui n’a pas la prétention de représenter les faits réels.