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BROOKS

Théories des germes femelles et des gemmules mâles.

Exposé .

Le système de Darwin explique à merveille une multitude de phénomènes biologiques, et on l’accepterait sans hésitation si l’hypothèse sur laquelle il repose n’était d’une complication inadmissible et ne contredisait des faits démontrés. Dans la conception de Darwin, toutes les cellules du corps émettent à chaque instant des nuées de gemmules qui se rendent aux œufs. Or les expériences bien connues de Galton^Ij) ont montré quelesang, véhicule probable des gemmules, n’en contenait point3.

1 [On sait que l’œuf est pondu à l’automne et éclôt au printemps].

2 [Dès 1876 et 1877, Brooks (76,77) avait

donné un aperçu de sa théorie. Mais

c’est seulement dans son ouvrage de 1883 qu’il l’a entièrement développée].

3[Ona vu (p.576) quelle réponse Darwin (71) avait faite à l’objection de Galton].

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D’autre part, comment admettre que ces essaims prodigieux de gemmules parcourent sans cesse l’organisme et se classent toujours à la place qui les attend, sans se tromper et surtout sans trouver cette place déjà si complètement bourrée des gemmules précédentes, qu’il leur soit impossible de s’y loger?

Heureusement, on peut modifier l’hypothèse de manière à écarter ces difficultés sans lui enlever les avantages qu’elle présente.

Premièrement, il est tout à fait inutile que chaque cellule continue à émettre des gemmules identiques à celles qu’elle a émises une fois. Il suffit, pour maintenir une concordance parfaite entre l’état du corps et celui du plasma germinatif, que les cellules émettent de nouvelles gemmules seulement lorsque quelquecliose est modifié en elles. Nous admettrons donc que les cellules ne forment point de gemmules tant que les conditions ambiantes restent convenables ; mais que si ces conditions viennent à se modifier suffisamment pour les tourmenter dans leur évolution et leur imprimer un changement, aussitôt elles émettent des gemmules.

D’autre part, les gemmules ne sont nécessaires que là où il y a des modifications individuelles transmissibles. Si l’un des deuxsexes ne transmettait pas ses variations individuelles, les gemmules seraient superflues chez lui. Nous démontrerons que tel est le cas pour le sexe femelle, et que par conséquent les gemmules n’existent que chez les mâles. Nous admettrons donc, comme base de la pangénèse, ces deux hypothèses fondamentales : 1° L’œuf ne contient pas de gemmules mais des germes, particules invariables toujours identiquesà elles-mêmes, représentant toutes les parties de l’organisme et capables de se développer de nouveau en un organisme identique à celui de la génération précédente. 2° Le spermatozoïde contient seul des gemmules, c’est-à-dire des particules toujours différentes des précédentes représentant les changements survenus chez le mâle pendant sa vie individuelle h

1 L’œuf ne se développe d’ordinaire que lorsqu’il a été fécondé. Mais laparrliénogénèse montre qu’il possède à lui seul tout ce qui est fondamentalement nécessaire pour former un nouvel individu. Le concours de l’élément mâle est généralement indispensable, mais c’est, là un perfectionnement secondaire et non le fait d’une nécessité inévitable, comme ce serait, le cas si certaines parties de l’être

futur n'étaient pas représentées dans l’œuf et devaient lui être apportées par la fécondation.

Toutes les parties du corps, toutes les cellules, sont donc représentées dans l’œuf non fécondé. Mais >il n’est pas nécessaire qu’elles le soient toutes individuellement ; ainsi, un même rudiment peut suffire pour toutes les parties identiques, telles que les globules rouges du sang, les cel

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Il résulte de là que les modifications qui se produisent chez la mère restent sans influence sur le produit, et que la variation se transmet par le père seul; que la femelle est l’élément conservateur engendrant un produit semblable à ceux de la génération précédente, sans lui communiquer les progrès accomplis pendant la génération actuelle, tandis que le mâle, élément progressif, communique avec ses gemmules le germe des adaptations qu’il a acquises b

Iules hépatiques, les cellules d’un même revêtement épithélial uniforme, etc. Il ya plus, des parties dénaturé différente chez l’être développé peuvent provenir d’un même germe et se différencier au cours de 1 ontogénie sous 1 influence d’actions mécaniques ou autres. Ainsi l’hirondelle de mer, qui se nourrit habituellement de poissons, a l’estomac revêtu d’une tunique muqueuse molle. Si on la nourrit de grain pendant quelques semaines, son estomac se revêt d un enduit corné, fortifie sa musculature et prend les caractères d’un gésier. Le I)r Edmonston a observé qu’aux îles Shetland ce changement d’estomac mou en gésier a lieu régulièrement tous les ans au printemps parce que ces animaux se nourrissent alors de grain, et que le gésier redevient estomac mou pendant le reste de l’année, l’oiseau se nourrissant alors de poisson. Si donc la fonction alimentaire peut, à elle seule, déterminer la structure épithéliale du gésier, il n'est pas nécessaire que, chez les oiseaux qui en possèdent- normalement un, il y ait pour cette partie de l’épithélium digestif un rudiment distinct de celui des autres régions. Les faits de ce genre sont nombreux ; ainsi l’on sait que la forme du crâne est déterminée par le cerveau, celle des reins des oiseaux par les saillies du bassin, etc. Enfin, les faits bien connus de corrélation de croissance montrent quela forme de certaines parties dépend de celle de certaines autres, en sorte que ces parties prendraient leur caractère spécial même si elles étaient représentées par un germe commun à elles et aux autres de même espèce.

Tout cela diminue dans une proportion considérable le nombre des germes que l’œuf doit nécessairement contenir pour donner naissance à un organisme même très différencié. Nous admettrons donc qu’il y a, dans l’œuf non fécondé, des particules matérielles représentatives des " parties du corps de l’animal futur, et qu’il y a une de ces particules pour chaque cellule ou groupe de cellules à différenciation indépendante. Dans le développementde l’œuf, cesparticules se multiplieront et donneront naissance aux cellules du corps, chacune engendrant la ou les cellules qu’elle représentait, tout à fait comme dans la pangénèse de Darwin.

Mais l’œuf ne donne pas seulement naissance aux cellules du corps, il se multiplieaussi par division simple, de manière à engender des cellules identiques à luimême, qui seropt les œufs de la génération future. Ainsi s'expliquerait sans difficulté aucune le fait de l’hérédité, s’il n’ÿ avait à tenir compte des variations progressives des organismes. Car l'œuf, en se dédoublant pendant l’ontogénèse pour engendrer des cellules-mères des œufs de la génération suivante, forme ces œufs identiques à lui-même et exclut toute idée de changement progressif.

C’est pour expliquer l’hérédité des variations que Darwin a imaginé les gemmules, et que nous les conservons chez le mâle.

1 Dans les sociétés humaines, les différences intellectuelles et morales entre les deux sexes dérivent de la même cause, car ce qui est vrai des autres organes est vrai aussi du cerveau. La femme repré-

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Par contre, le mâle ne communique que cela. Le spermatozoïde, s’il contient les gemmules, ne renferme rien autre chose, ou du moins il ne possède pas, comme l’œuf, des particules représentatives de toutes les parties de son corps, en sorte qu’il ne communique au produit rien des traits d’organisation qu’il a hérités de ses parents et qu’il n’a point modifiés; car ceux-ci, n’ayant pas varié, n’ont pas provoqué d émission de gemmules.

Ainsi, le produit tient à ses deux parents par deux liens bien différents : il tient de la mère et d’elle seule tout ce qui est caractère établi, fixe, lié au type spécifique; et de son père seul, tout ce qui est caractère acquis, tout ce qui est produit par la variation récente.

Il semble, au premier abord, que cette modification à la théorie darwinienne ne fasse que la compliquer et donne prise, sans avantage, à des objections nouvelles. Nous allons montrer qu’il n’en est pas ainsi et que la théorie nouvelle répond à toutes les objections et explique, mieux que l’ancienne, une foule de phénomènes biologiques jusqu’ici inexpliqués.

Réponse aux objections. ■ — /ro objection : La théorie attribue aux éléments sexuels mâle et femelle une signification absolument différente. Or on sait aujourd’hui que ces éléments sont entièrement homologues et constitués delà meme façon dansleurs parties essentielles, jusque dans les plus petits détails de leur structure.

À cela on peut répondre qu’homologie ne veut pas dire identité de fonctions ; cela veut dire seulement origine commune, ce qui estindéniable. Mais quand l’ovule et le spermatozoïde se sont différenciés de la masse protoplasmique asexuée s’unissant à une masse identique par conjugaison, ils ont pu en même temps assumer des fonctions légèrement différentes, que la sélection naturelle a portées peu à peu à un degré de différenciation très élevé.

objection : Le produit, lorsqu’il est mâle, ne peut tenir son sexe de sa mère qui ne l'a pas ; il le tient donc de son père : cependant ce n’est pas un caractère récent qui ait pu donner lieu à l’émission des gemmules. Il en est de même des caractères sexuels secondaires h

sente l’élément historique, conservateur (les idées, des mœurs qui sont le fruit des habitudes anciennes ; l'homme, moins stable et plus primesautier, est l’instrument des acquisitions nouvelles.

1 [Lorsqu’un taureau transmet à sa fille

les qualités de bonne laitière de sa mère, il n’a cependant pas envoyé lui-même dans ses spermatozoïdes des gemmules des mamelles correspondant à une augmentation de la sécrétion lactée. Brooks cite le cas, mais le laisse sans réponse].

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Cela ne prouve pas que les caractères clu mâle soient transmis par le mâle. On peut admettre que la femelle possède, les uns à l’état patent, les autres à l’état latent, tous les caractères de l’espèce, non seulement ceux du sexe opposé, mais aussi ceux des neutres, s’il en existe, comme chez les abeilles. De ces caractères, ceux-là seuls se développent qui ne sont pas en opposition avec le sexe que prend le produit. Les autres restent à l’état latent et peuvent se développer partiellement si la fonction génitale vient à disparaître.

3e objection : Dans les croisements, le produit est intermédiaire à la mère et au père. Il a donc reçu de ce dernier la moitié de ses caractères.

L’objection serait irréfutable si les deux espèces croisées étaient différentes dans tous leurs caractères. Mais iln’en est jamais ainsi. Les espèces capables de se croiser sont toujours très voisines, elles ont été confondues en une seule jusqu’au dernier stade phylogénétique qui les a formées aux dépens de l’ancêtre commun, et tous les caractères acquis jusqu’à ce dernier stade leur sont restés communs. Le produit peut donc tenir tous ces caractères communs de la mère seule, sans que le résultat soit autre que s’il les tenait de ses parents par moitié. Le père n’a besoin de transmettre que les caractères distinctifs de son espèce, et tous ceux-là sont d’acquisition récente.

4e objection : Dans la théorie actuelle, la femelle transmet les caractères anciens et fixes, et le mâle seul les variations récentes. La variabilité, c’està-dire la tendance à varier ne peut donc venir que du mâle. Or Darwin a émis l’opinion, appuyée sur de nombreux faits fournis par Kolreuter, Gartner et autres, que la femelle est aussi apte que le mâle à. transmettre la variabilité.

Cette opinion est basée sur le fait que, lorsqu’une plante a commencé à varier, elle transmet à ses descendants la tendance à varier encore lorsqu’on la croise avec une plante restée fixe, aussi bien lorsqu’elle intervient comme femelle que lorsqu’on l’emploie comme mâle. Mais cela ne prouve rien, caria variabilité peut résulter du fait même du croisement. On sait, en elfe t , et la théorie l’explique, que les produits de croisement ont une tendance à varier, même lorsqu’ils proviennent de parents à caractères fixes.

5e objection : Lorsque, les conditions intervenues venant à changer, l’animal ne se trouve plus exactement adapté au milieu, la théorie admet que les cellules de l'organe imparfaitement adapté souffrent et, sous l’influence de cette excitation, émettent des gemmules. Mais, en général, l’organe dont

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l’adaptation a besoin de se modifier ne souffre pas plus que les autres etsouvent pas du tout. Quand un insecte a des couleurs trop voyantes et devient aisément la proie de ses ennemis, les cellules qui fournissent la couleur ne souffrent en rien de cela, si ce n’est au moment où l’insecte est dévoré ; à ce moment, toutes les autres cellules souffrent autant qu'elles et d’ailleurs il est trop tard l. Quand l’ancêtre de la girafe souffrait de la disette, faute de pouvoir brouter les feuilles élevées, le cou ne souffrait pas plus que les autres organes de la privation d’aliments.

Cette objection, très grave, a été soulevée par H. W. Conn. Dans le cas de la girafe, on peut répondre que l’animal a fait avec le cou des efforts violents pour atteindre les feuilles qui dépassaient à peine sa portée ; pour les autres cas, il faut remarquer que toutes les cellules sont unies par des relations compliquées de solidarité dont le détail nous échappe, mais qui sont certaines, et que les cellules dont la modification est nécessaire peuvent, si elles ne sont pas directement influencées, recevoir, par d’autres cellules, une excitation détournée 2.

■Explication des phénomènes biologiques.

Après avoir réfuté les objections, montrons que la théorie explique aussi bien et mieux que celle de Darwin, les divers phénomènes biologiques.

Parthénogenèse. — On a déjà vu comment la parthénogénèse s'explique par le fait que l’ovule contient tous les éléments nécessaires à la formation du produit. Le spermatozoïde n’apporte que les éléments de la variation. Aussi faut-il s’attendre à ce que les produits de la parthénogénèse n’aient pas de tendance à varier.

Variation. — Lorsqu’une cellule est mal adaptée à ses conditions, elle souffre, se modifie et émet des gemmules à son image. Ces gemmules peuvent être recueillies exceptionnellement par l’œuf ou par des bourgeons asexués, ce qui explique la transmission accidentelle de variations par la mère, et le fait, rare mais certain, de la variationpour bourgeons. Dans la règle, les spermatozoïdes seuls recueillent ces gemmules et les transmettent à l’ovule en le fécondant. La petite variation acquise est donc communiquée à l’œuf. Celui-ci donnera naissance : l°aux œufs de la génération suivante qui hériteront ainsi d’emblée de la petite variation acquise,

1 [Weismann (92) a développé une ol> 2 [Cela ne répond pas au cas du pajection semblable en prenant pour exem- pillon de Conn et du hérisson de Weis-

ple un hérisson mal protégé par des pi- mann chez lesquels aucune autre cellule q liants trop courts ou trop mous.] ne souffre].

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2° au corps qui renfermera ces œufs. Dans le corps, les cellules ne seront pas toutes dans les mêmes conditions, car les unes proviennent de particules de l’œuf non modifiées, tandis que les autres proviennent de particules qui ont reçu des gemmules paternelles. Les premières restent identiques à leurs homologues de la génération précédente, tandis que les dernières, sous l’influence de leurs gemmules, revêtent le nouveau caractère acquis par celles du père à la génération précédente. De plus, tandis que les premières sont, en quelque sorte, de pure race maternelle, les dernières, issues des particules maternelles fécondées pour ainsi dire par des gemmules paternelles, sont sous ce rapport comparables à des hybrides. Or nous verrons bientôt que tout hybride a une tendance à varier bien supérieure à celle des produits de pure race de ses deux parents1. Les cellules qui ont reçu des gemmules , en leur qualité d’hybrides, ont donc une tendance naturelle à varier. Elles varient en effet et leur évolution, dirigée directement par les conditions ambiantes et indirectement par la sélection, prend les caractères d’une adaptation aux conditions nouvelles. Cela se continue ainsi de génération en génération. Il en résulte ce fait remarquable que la variation a des effets progressifs, et ainsi s’explique ce fait que quand un être a commencé à varier , il a une grande tendance à varier encore. Tous les jardiniers ont remarqué qu’il était difficile d’amener une forme à varier, mais que, lorsqu’on avait obtenu une variation quelconque , même différente de celle que l’on cherche, la plante devient plastique, elle varie à volonté, et l’on peut, par une sélection judicieuse, obtenir la variation que l’on désire. Cela tient à ce que les cellules de toute partie qui a commencé à varier, recevant des gemmules, deviennent des hybrides et, par là, acquièrent une tendance à varier encore ;

] [Dire que les cellules fécondées par des gemmules ont une tendance à varier en tant qu’hybrides, c’est se payer de mots. C’est un fait d’observation et rien de plus, que les produits du croisement de deux espèces sont variables ; aussi n’estil nullement légitime de dire qu’il en sera de même dans une hybridation aussi détournée et différente de l’ordinaire que celle des cellules par les gemmules. Si la théorie de Weismann est vraie, si cette variabilité vient de l’expulsion de tels ou tels caractères par la division réductrice, on voit qu’elle ne doit pas exister dans les

cellules fécondées par les gemmules où rien de semblable à la division réductrice n’intervient.

[Il y aurait peut-être une manière de rendre la chose acceptable, mais Brooks ne l’a pas aperçue : ce serait d’admettre que la cellule peut varier selon la quantité de gemmules paternelles qu’elle aura reçues; de même que, dans les vrais hybrides, la variation peut tenir à ce que chaque organe peut provenir de l’union d’une quantité très variable de substance maternelle avec le complément nécessaire de substance paternelle].

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continuant à varier, elles continuent à émettre des gemmules, et ainsi de suite jusqu’à la limite imposée par la nature de l’être ou de l’organe et par le changement des conditions ambiantes.

Darwin a démontré que : les hybrides sont plus variables et ont plus de tendance à varier que les produits de race pure de leurs deux parents. — Cette loi incontestée s’explique aisément par le fait que toutes les cellules contribuant à l’expression des caractères différentiels reçoivent dans l’œuf des gemmules. Il y a donc dans le produit beaucoup plus de cellules hybrides que d’ordinaire et par suite une plus grande tendance à varier.

Darwin a montré aussi que : les produits des hybrides sont beaucoup plus variables que les hybrides eux-mêmes. — Cela tient à ce que beaucoup de cellules qui n’avaient pas varié chez les hybrides de la première génération, entrant en relation avec des cellules qui ont varié, se trouvent mal adaptées à ces nouveaux rapports; elles sont gênées et émettent des gemmules qui ne produiront qu’à la génération suivante une variation nouvelle.

On sait que : dans les croisements } il n est pas indifférent cV emprunter le mâle à l’une des espèces ou à l’autre. — Il devrait cependant en être ainsi si les deux produits sexuels avaient même signification et même valeur. Toute autre théorie est impuissante à expliquer ce fait que souvent l’hybride de A x B est stérile quand celui de B X A est fertile, et celui que le bardot est très différent du mulet.

Dans les croisements réciproques y le produit tient plus du père que de la mère. — Ainsi Huxley a constaté que le mulet, produit de l’âne et de la jument, a la tête et les oreilles de l’âne, sa queue poilue au bout et son braiment. Le bardot, au contraire, produit de l ânesse et du che-

val, a la tète plus semblable à celle du cheval, les oreilles plus cour-

b [Cette assertion que le mulet tient surtout de son père l’âne et le bardot de son père le cheval n’est pas du tout rigoureuse. Les chevaux ont une châtaigne (production cornée) vers le tiers supérieur de la face interne de l’avant-bras et à la face interne du métatarsien ; les ânes n’ont que celles des membres antérieurs. Sans< )N (93) a examiné, pendant près de 20 ans, tous les mulets qu’il a rencontrés et constaté que presque toujours ils ont leurs quatre châtaignes comme le cheval. D’autre part, les châtaignes postérieures sont ordinaires, mais non constantes chez le bardot. Si la châtaigne postérieure est une acqui-

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sition récente, le mulet ne devrait pas en avoir; si elle est une acquisition ancienne, elle devraitmanquerchezle bardot. Sanson fait aussi remarquer que l’âne d’Europe est brachycéphale, la jument poitevine dolichocéphale et les mulets du Poitou absolument variables sous ce rapport. Le cheval a le contour orbitaire complet et ordinairementG vertèbres lombaires ; l’âne a le rebord orbitaire incomplet et b vertèbres seulement; le mulet tient tantôt de l’âne, tantôt du cheval sous ces deux rapports. Le métis du chameau et du dromadaire a aussi souvent deux bosses qu’une, quelle que soit l’espèce qui a fourni le mâle. Or,

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tes, les membres plus forts, et son cri est un hennissement b En croisant les chats sans queue de File cle Man avec des chats ordinaires, le D1 Wilson a obtenu, sur 23 petits, 17 dépourvus de queue quand la race de Man avait fourni le père, tandis que tous les petits avaient une queue, courte et déformée il est vrai, lorsque le père était un chat ordinaire b

Ces faits, très frappants et inexplicables dans toute autre théorie, s’expliquent très bien ici, car dans le cas du mulet et du bardot, la mère a fourni surtout les caractères anciens, les caractères génériques, c’està-dire ceux qui sont communs aux deux espèces, et le père a fourni les caractères spécifiques, c’est-à-dire les caractères distinctifs des deux formes, parce que ces caractères sont récents et donnent lieu encore à l’émission de gemmules par les cellules qui les produisent. C’est là un des plus forts arguments en faveur de la théorie.

Le croisement provoque la régression. — Ce fait nettement établi aujourd’hui peut tenir à une double cause. D’ordinaire, la prétendue réapparition d’un caractère ancien n’est qu’une variation nouvelle, aussi Je croisement donne des chances à cette pseudo-régression par le seul fait qu’il favorise la variation. Mais il peut arriver qu’un caractère vraiment latent revienne au jour. Le croisement jette un grand trouble dans l’évolution de l’œuf, par cet apport d’innombrables gemmules inattendues; certains caractères normaux sont aussi contrariés dans leur développement et des caractères anciens se développent à leur place 2.

si l’ancêtre commun avait deux bosses, le petit devrait en avoir touj ours deux lors qu’il a pour père un chameau; s’il n’avait qu’une bosse, le petit devrait n’en avoir qu'une quand le père est un dromadaire; s’il n’en avait aucune, le petit devrait en avoir une seule ou deux, plus petites, selon qu’il a pour père un dromadaire ou un chameau. Un bélier du Leicester eut, de brebis mérinos, des petits tous mérinos. Le caractère mérinos était pourtant d’acquisition récente chez la brebis et manquait tout à fait au bélier.

[Tous ces faits montrent qu’il est tout à fait inadmissible que les métis ou les hybrides ressemblent plus au père qu’à la mère et inadmissible aussi que la mère ne transmette pas les variations récentes de son espèce].

1 [Ce simple « courte et déformée il est vrai » est la condamnation de la théorie].

2 La réversion explique bien des faits, qui sembleraient contraires à la théorie. Ainsi, lorsque l’on voit le produit du lion et de la tigresse rayé comme celui du tigre et de la lionne, on serait tenté de voir là la transmission par la mère d’un caractère récent, quand c’est simplement la réapparition, provoquée par le croisement, de la rayure de l’ancêtre commun du tigre et du lion.

Le caractère nato est transmis, d’après Darwin, aux produits croisés plus fortement par la femelle que par le mâle. Cela peut tenir à ce que ce caractère n’est pas une acquisition nouvelle, mais sans doute une régression vers le genre disparu Sivatherium.

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Le mâle est plus variable que la femelle; il est plus éloigné qu’elle clu tgpe ancestral; les organes plus grands ou plus importants chez le mâle sont plus variables que ceux qui ont plus d’ importance ou de développement chez la femelle. — Ce sont là des lois nouvelles qui découlent naturellement de la théorie mais qu’il faut démontrer. La comparaison des caractères sexuels secondaires fournit d’excellents exemples en leur faveur. Chez beaucoup d’oiseaux, la femelle est de forme modeste, de couleur terne et privée de voix, tandis que le mâle est remarquable par son chant, son plumage et ses brillantes couleurs. Wallace et Darvin voient là une adaptation de la femelle au besoin de ne pas attirer les ennemis pendant qu’elle est assujettie à couver. Mais la comparaison avec les espèces voisines dépourvues de caractères sexuels et avec les jeunes qui ne les ont pas encore revêtus, montre qu’il s’agit là, pour la femelle, non d’une adaptation active, mais d'une incapacité de variation. Elle est restée semblable à ce qu’étaient jadis les deux sexes, et c’est le mâle qui a pris ces caractères, à titre d’acquisition nouvelle. Car étant seul capable de transmettre les variations, il s’est seul modifié h Si la femelle était capable, elle aussi, de modifications actives, pourquoi n’aurait-elle pas acquis des protections spéciales à son sexe et qui lui sont tout aussi utiles pour défendre elle et sa couvée qu’au mâle pour conquérir ses faveurs 1 2?

D’ailleurs, une chose prouve qu’il y a une cause plus générale que la sélection naturelle ou sexuelle à cette acquisition parle mâle des caractères qui manquent aux femelles, c’est qu’on les observe chez beaucoup de reptiles, qui ne couvent pas, et aussi chez des poissons.

Corrélation de croissance . Tératogénèse. — La corrélation de croissance comprend deux sortes bien différentes de phénomène. La variation d’un organe peut dépendre des conditions physiologiques créées pour lui par la modification d’un autre organe. Par exemple, chez

1 [Cela ne se comprend pas du tout. Chez la femelle aussi bien que chez le mâle, les caractères sont déterminés, d’après Brooks, par les germes fixes de l’œuf, modifiés par les gemmules du spermatozoïde. Si donc le mâle a varié dans un organe commun aux deux sexes, il doit transmettre sa variation à ses produits femelles. C’est seulement pour les caractères sexuels secondaires qu’il en est autrement].

2 |I1 y a des exemples du contraire.

Brooks les cite et ne les explique pas. Si la femelle ne transmet pas les variations, comment expliquer le bopyre, V Entoniscus et tant d’autres, l’argonaute et les phasmes, dont les femelles sont beaucoup plus modifiées que les mâles?

Brooks connaît l’objection, mais il n’y répond pas. En fait, ces exemples montrent que la femelle varie peut-être moins que le mâle, mais quand elle le fait, elle se montre aussi capable que lui de transmettre ses variations].

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l’élan, le développement de la ramure dont le poids atteint 100 kilogrammes nécessite un renforcement des muscles du cou, des apophyses épineuses cervicales, etc. Dans ce cas, l’explication se conçoit d’elle-même, et n’a pas besoin d’être formulée. Mais lorsque l’on voit des organes entièrement indépendants varier corrélativement, il n’en est plus de même. Dans ce cas, on peut admettre que les gemmules émises à la suite de la variation d’un organe vont s’unir dans l’œuf, au moment de la fécondation, non seulement avec les particules strictement représentatives de cet organe, mais avec celles correspondant à des organes plus ou moins similaires. De même que le spermatozoïde d’une espèce peut féconder l’ovule de certaines espèces voisines de la sienne, de même les gemmules peuvent s’unir à des particules, peu différentes par leur nature ou leur situation de celles auxquelles elles sont spécialement destinées. On peut comprendre ainsi que la variation d’un membre antérieur s’étende à celui du côté opposé et même aux membres postérieurs. On a des exemples de cela dans les cas bien connus d’hommes porteurs de doigfs supplémentaires seulement, engendrant des fils porteurs de doigts et d’orteils supplémentaires.

Origine des homologies générales. — Les homologies spéciales, c’est-à-dire celles qui existent entre les parties comparables d’animaux différents, telles que le poumon et la vessie natatoire, s’expliquent, comme on sait, par la communauté d’origine des organes. La vessie natatoire et le poumon sont homologues parce qu’ils dérivent de différenciations différentes d’un même rudiment chez l’ancêtre commun des poissons et des vertébrés aériens. Mais comment expliquer les homologies générales, c’est-à-dire la ressemblance de structure entre les organes d’un même être, qui ne tirent point leur origine d’un rudiment commun comme le pied et la main? Gela s’explique dans la théorie de la même manière que la corrélation. Le pied et la main restent semblables au fond malgré leurs adaptations différentes, parce que leurs particules représentatives dansl’œuf sont de même nature et que, pendant tout le développement phylogénétique, chaque fois que des gemmules se rendaient à celles du premier, quelques-unes s’égaraient vers la seconde et allaient la modifier parallèlement; et inversement.

Cela constitue une sorte d 'hérédité ontogénétiqne parallèle à Y hérédité phylogénétique et produisant les homologies générales pendant que celle-ci produit les homologies spéciales.

La théorie actuelle occupe une position moyenne entre le Lamarckisme

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et le Darwinisme, et elle profite des avantages de l’une et de l’autre. Au Darwinisme elle emprunte la sélection et l’idée des gemmules, au Lamarckisme l’action directe des milieux.

On a souvent reproché, et avec raison, à la sélection naturelle de ne pouvoir expliquer la formation d’organes compliqués comme l’œil, au moyen du simple triage des variations fortuites, d’abord à cause du temps énorme que ce procédé exigerait, ensuite et surtout parce que la formation d’un tel organe nécessite la variation simultanée de plusieurs parties. La chose devient bien plus aisée dans la théorie actuelle, car, ainsi que nous l’avons vu, toute variation qui a commencé a une tendance, dans la génération suivante, à s’accentuer et à s’étendre aux parties voisines. Gela résulte de ce que les particules représentatives des parties qui ont varié sont fécondées par les gemmules et, en leur qualité d’hybrides, tendent à varier encore, et de ce que toute cellule voisine d’une partie qui a varié est dérangée dans sa coaptation avec les cellules voisines modifiées et est incitée par cette gêne à émettre des gemmules qui la feront varier à la génération suivante. Ainsi les variations ont une tendance naturelle à se précipiter et à s’étendre, et la formation des organes les plus complexes dans un temps pas trop long devient aisée à concevoir.

Cette même variation accélérée explique X évolution par sauts que beaucoup de naturalistes, Dall, Galton, Mivart, tendent à substituer à X évolution continue.

Enfin on a objecté au Darwinisme l’impossibilité pour la sélection de faire triompher une variation, si utile qu’elle soit, qui ne se produit que sur un très faible nombre d'individus. Il est évident qu’un blanc échoué dans une île habitée par des nègres, eût-il sur ceux-ci l’avantage sous tous les rapports sans exception, n’arriverait pas à transformer en blancs tous les habitants de l’ile; c’est sa couleur, au contraire, qui, au bout de quelques générations, finirait par disparaître sans laisser de traces. Du moment que l’on admet avec Lamarck que les conditions ambiantes sont la cause de variations, non fortuites, mais déterminées, chaque variation se produit sur beaucoup d’individus à la fois, et, protégée par les gemmules et la sélection, elle a chance de triompher.

Critique.

1*011 r simplifier la théorie de Darwin et la concilier avec les expériences de Galton (71), Brooks propose deux modifications : 1° supprimer

les gemmules chez la femelle; 2° restreindre leur production chez le mâle aux moments où les cellules varient.

Il est facile de montrer que ces prétendues simplifications ne simplifient rien ; qu’elles compliquent, au contraire, la conception et la rendenttrès confuse, et qu’elles sont en contradiction flagrante avec des faits indiscutables.

On croise une jument avec un âne. Le mulet a des caractères d’âne et de cheval h

Pour expliquer leur présence, Brooks dit que la jument a transmis les caractères du genre Equus et l’âne les caractères spécifiques par lesquels 1 Equus usinas diffère de P Equus cubai lus. Mais ces caractères différentiels n’ont pas été acquis par l’âne pendant sa vie individuelle; ils lui viennent de ses ancêtres ânes et n’ont peut-être pas varié chez eux depuis des milliers de générations. Comment donc se fait-il qu’ils provoquent encore une émission de gemmules? Il n’y a peut-être pas deux organes, deux tissus, deux cellules qui soient absolument identiques chez l’âne et le cheval. Toutes les cellules de l’âne ont varié depuis qu’il s’est différencié de l’ancêtre commun. Si donc l’émission de gemmules continue si longtemps après que la variation a cessé, autant dire que toute cellule du mâle émet toujours des gemmules2.

Brooks est donc pris entre les cornes de ce dilemme : ou bien les cellules n’émettent vraiment des gemmules qu’au moment où elles varient, ou bien elles continuent, après avoir varié, à en émettre pendant d’interminables générations. Dans le premier cas, l’hérédité paternelle dans le croisement devient inexplicable; dans le second, il n’y a aucune simplification importante apportée à la conception de Darwin 3.

] Nous ne discutons pas pour le moment s’il tient plus ou moins de son père ou de sa mère. Nous constatons seulement, ce que Brooks ne nie pas, qu’il tient de l’un et de l’autre.

2 La même chose a lieu évidemment pour le lapin et l’hypothèse n’échappe pas plus que celle de Darwin à l’objection de Galton (71 i). Quand celui-ci transfuse du sang de lapins noirs à des lapines blanches, il devrait métisser le produit. Brooks peut répondre qu’il suffit que les cellules du mâle émettent une fois des gemmules pendant leur vie individuelle pour le besoin de la transmission des caractères an-

ciennement acquis, et en émettent en outre toutes les fois qu’elles varient. Mais Darwin avait lui-mème proposé cette manière de voir et Brooks n’apporte rien de nouveau.

3 Remarquons, en effet, que ce qui est vrai de l’âne est vrai aussi des mâles de tous les autres animaux. Tous sont susceptibles de se croiser et de communiquer leurs caractères à des espèces ou variétés voisines. C’est donc un fait général que, chez les mâles et même en l’absence de toute variation nouvelle, l’émission des gemmules a lieu chez toutes les cellules, au moins une fois pour chacune des formes successives qu’elles revêtent.

THEORIE HE BROOKS

La deuxième modification proposée par Brooks est que les femelles sont privées de gemmules et ne transmettent point leurs variations individuelles. La chose en elle-même est manifestement fausse. Qui n’a vu une femme transmettre à ses enfants un nævus, une mèche blanche, une hémitérie quelconque qu’aucun homme n’a présentée avant elle dans sa famille?

Mais passons sur cela et cherchons à nous rendre compte de l’évolution dans cette hypothèse.

Il est entendu que la femelle ne transmet pas ses variations à elle. Mais il faut bien qu’elle puisse transmettre des variations, celles acquises par les mâles ses ancêtres, sans quoi la transmission des caractères ne se comprendrait plus du tout. Puisque le mâle n’a de gemmules que pour les caractères récemment acquis, il faut bien que ce soit la femelle qui transmette les caractères plus anciens; et si elle n’acquérait pas le pouvoir d’en ajouter de temps en temps quelques-uns à ceux qu’elle transmettait auparavant, elle en serait encore aux caractères des protozoaires. Le mulet serait alors constitué comme un hybride entre l’âne et la monère t. Donc les germes de l’ovule ne sont pas absolument fixes, ils évoluent et se modifient sous l’influence des gemmules que leur apporte la fécondation.

A quel moment cette modification des germes par les gemmules peutelle prendre place? Il semble évident que ce ne peut être qu’au moment même de la fécondation.

A ce moment, en effet, et d’après Brooks lui-même, les germes sont pénétrés par les gemmules homologues et modifiés par elles puisqu'ils* sont lancés par elles dans une évolution différente de celle qu’ils auraient suivie si l’œuf s’était développé partliénogénétiquement. C’est donc à ce moment aussi qu’ils sont modifiés pour les générations futures, et la femelle doit pouvoir transmettre tous les caractères de ses ancêtres mâles jusqu’à la génération actuelle. Les seuls caractères que les germes de l’œuf ne contiennent pas sont ceux que la femelle ou le mâle ont acquis pendant la génération présente : ceux de la femelle sont irrévocablement sans influence sur eux, ceux du mâle leur seront infusés à la première fécondation. Il en résulte que, si l’on admet cette explication naturelle, la

1 Pour parler j)lus exactement, ses carac- cêtre commun de l’âne et du cheval, catères seraient une combinaison de ceux ractères distinctifs qui portent sur des du premier ancêtre sexué des vertébrés longueurs d'oreilles et de queue, des et de ceux qui distinguent l’âne de l’an- aspects de poil, etc., etc. ! ! !

LES THÉORIES GÉNÉRALES

GIC)

femelle n’est jamais en retard que d’une génération sur le mâle au point de vue des capacités de transmission : c’est dire qu’elle lui est à peu près égale.

Mais ce n’est pas là l’idée de Brooks, puisque, d'après lui, la femelle ne transmet pas les caractères récents, puisqu’elle représente le principe conservateur, atavique. La différence entre elle et le mâle n’est pas d’une génération, mais d’un grand nombre. Combien? Il ne le dit pas; il laisse entendre que la femelle s’est arrêtée à peu près au stade où en était l’espèce ancestrale qui, dans le développement phylogénétique, la précédait immédiatement. S’il en est ainsi, c’est la transmission des caractères spécifiques du parent femelle dans le croisement qui ne se comprend plus. On ne peut plus expliquer pourquoi le mulâtre n’est ni plus ni moins brun, lippu et crépu, qu’il soit fils de noir et de blanche ou de noire et de blanc.

Brooks affirme que toujours le produit de croisement ressemble plus au père. Nous avons montré que cela était faux. Mais accordons que cela soit. Comment Brooks expliquera-t-il ce retard énorme de l’influence des gemmules sur les- germes? Comment se fait-il que les caractères distinctifs de l’espèce cheval ne soient pas encore exprimés au complet dans les germes des ovules de la jument? Y a-t-il quelque plasma germinatif radicalement distinct du plasma somatique et si peu sensible aux influences des gemmules, qu’il lui faille des centaines de générations pour la ressentir? Dans ce cas, il faut donc que depuis des centaines de générations les caractères spécifiques du cheval provoquent encore des émissions de gemmules dans le sang des mâles de cette espèce, et nous retombons par une autre pente dans cette même multiplicité de gemmules que l’on croyait éviter.

Y a-t-il quelque échappatoire? Que l’auteur la fasse connaître.

En somme, je ne vois que complication, confusion, contradiction avec les faits, là où Brooks a cru apporter simplification, rigueur et clarté. La difficulté de la circulation des gemmules reste tout entière, puisque ces gemmules existent chez les mâles; la difficulté de les faire tenir dans le produit sexuel n’est guère amoindrie, puisque le spermatozoïde, le plus petit des deux, doit encore contenir tous ceux des caractères spécifiques différentiels à tous leurs stades. Les germes de la femelle sont une complication inutile et embarrassante.

Puisque celle-ci a parfois des gemmules, il était plus simple de la laisser en émettre régulièrement que de lui inventer une unité organique nouvelle, aussi compliquée que les gemmules, et qui la prive du pouvoir, qu’elle a certainement, de transmettre ses variations personnelles.

THÉORIE DE GAULE

Enfin, il est à peine besoin de faire remarquer que l’existence même des femelles est incompréhensible dans la théorie. Les mâles n'ont jamais possédé de vulve, de vagin, d’ovaire, de trompe, de mamelles développées, etc., etc. Ils n’ont donc pu les transmettre. Des femelles seules ont pu en avoir. Mais comment ces organes se sont-ils conservés, légués, si les femelles ne peuvent transmettre leurs variations individuelles.

J’admets que les organes des deux sexes proviennent d’un rudiment commun qui ressemblait à ceux de la femelle. Mais ce rudiment s’est différencié dans le sens femelle. Ce n’est pas chez le mâle qu’il l’a fait. C’est donc chez la femelle. Comment cette différenciation s’est-elle perfectionnée, transmise, si les mâles seuls lèguent leurs variations?

On croit rêver en vovant un naturaliste soutenir une thèse si manilestement erronée.

Si la théorie de Darwin n’est pas satisfaisante, ce n’est pas par des variantes dans le genre de celle-là qu’on la rendra acceptable.

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