‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 206 sur 300 · I1ALLEZ · texte numérisé non relu

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Constitution stéréométricfue du plasma germinatif.

La théorie de Nussbaum (80) et de Wetsmann (85) sur la continuité du plasma germinatif nous montre que l’œuf doit nécessairement se développer en un être nouveau semblable au. parent pour la raison qu’il n’est qu’un produit de division identique de l’œuf qui a formé ce parent. Mais comme elle n’explique pas comment cet œuf de la génération précédente a formé le parent, elle ne fait que reculer, sans la résoudre, la difficulté de concevoir comment une cellule, de structure si simple en apparence, arrive à former l’organisme si compliqué de l’être entièrement développé.

Cherchons à élucider ce point.

THÉORIE DE HALLEZ.

La puissance héréditaire n’est pas contenue dans le noyau, mais dans le cytoplasma1. Le noyau n’est autre chose qu’un centre d’attraction utile pour maintenir l’indépendance cellulaire en s’opposant à la tendance des cytoplasmes voisins à s’unir en syncytiums; il est aussi un organe squelettique servant à donner insertion aux fibres du cytoplasme2.

Quand un être unicellulaire se divise, les deux individus nés de la division ont une orientation identique et rigoureusement déterminée : les parties du cytoplasma qui devaient passer dans chacun d’eux étaient donc, sans doute déjà séparées avant la division, dans le cytoplasma du parent. Chez les vers qui se divisent ou bourgeonnent, les produits de la scission ou du bourgeonnement ont toujours une orientation rigoureusement déterminée par rapport au parent. Enfin, dans la régénération, F orientation des cellules détermine la nature des parties régénérées, car, dans une planaire coupée en deux, une même cellule contribuera à former une tète ou une queue, selon qu’elle appartient au segment caudal ou au segment céphalique. Cela permet de conclure d’une manière générale que, dans tout organisme, chaque cellule, en se divisant, respecte l’orientation des parties, et que les deux cellules nées delà division ont une orientation identique entre elles et avec la cellule dont elles sont issues.

Or l’œuf ou le spermatozoïde sont, à un moment de leur évolution, des cellules de tissu; à ce titre, ils ont donc aussi une orientation déterminée qui est la même que celle de la cellule- mère dont ils sont nés par division, la même que celle de leur cellule-grand’mère, la même que celle de toutes les cellules de leur lignée ascendante jusqu’à l’œuf, la même donc enfin que celle de l’œuf dont provient l’organisme du parent3.

1 L’argument basé sur le rôle de la tête du spermatozoïde dans la fécondation n'est

pas démonstratif, car le spermatozoïde contient aussi du cytoplasma dont la fusion avec celui de l’ovule constitue le phénomène important de la fécondation. L'ac-

tivité même de toute cellule appartient à son cytoplasma. C’est lui qui est mobile, irritable, qui règle les phénomènes de nutrition, d’accroissement et même de division, comme on l’a reconnu par la découverte des sphères attractives. Si on a attribué tant d’importance au noyau, c’est parce que ses modifications sont beaucoup plus visibles ({lie celles du cytoplasma, mais plus on avance dans la connaissance in-

time des phénomènes, pinson se convainc qu’il est passif et que l'initiative vient des fibrilles contractiles du cytoplasme.

2 Dans la division nucléaire, les dispositions délicates destinées à partager également, les substances du noyau entre les deux cellules-filles n’ont d'autre but que de fournir à celles-ci des centres attractifs et squelettiques équivalents pour les maintenir en état d’équilibre.

3 La chose peut, dans certains cas, être vérifiée par l’observation. Chez les insectes, « l’orientation de la cellule-œuf est déterminée par la position que celle-ci occupe dans l’ovaire et elle est la même que celle de la mère » [IIallez, 85].

LES THÉORIES GÉNÉRALES

S’il ne s’agissait là que d’une orientation microscopique, la chose n’aurait pas de conséquence bien importante. Mais il n’en est pas ainsi. Le cytoplasma est composé de particules distinctes : gemmules , micelles , plastidules ou simplement molécules qui, en se développant, deviendront les cellules et les organes. Or ces molécules sont orientées dans le cytoplasma ovulaire comme seront les cellules et organes dans l’organisme futur. La segmentation de l'œuf et toutes les divisions de l’ontogénèse n’ont qu’à les séparer en groupes distincts de plus en plus petits et de plus en plus individualisés. Le triage est fait d’avance, la segmentation n’a qu’à tracer Les limites à établir entre les groupes d’ordres divers, les barrières matérielles cpii sépareront les blastomères, les feuillets, les organes et enfin les cellules h

Les particularités somatiques héréditaires deviennent telles par suite d’une impression exercée à distance sur les molécules de l’œuf. Ainsi la présence d’un doigt surnuméraire « impressionne le protoplasma de la cellule initiale ou de celles qui en dérivent de telle sorte que, lorsque ces dernières évolueront, elles passeront par toutes les phases par lesquelles est passé l’organisme générateur et reproduiront l’anomalie. C’est, si l'on veut, la mémoire inconsciente de Hàckel ».

La variation produite par les conditions ambiantes provient des modifications dans l’état, le groupement ou les vibrations des molécules cytoplasmiques causées par ces conditions directement ou indirectement. De la même manière s’explique l’action de la mésalliance initiale.

[11 y a une idée originale dans cette tentative d’explication de l’évolution de l’œuf par la structure géométrique du protoplasma. Mais elle est extrêmement incomplète, et il ne semble pas qu’elle soit susceptible

1 Que l’on se représente les noyaux de toutes les cellules de l’ectoderme d’un animal réunis par des lignes. Ces lignes formeront des polygones. Joignons de même tous les noyaux de l’endoderme, puis tous ceux du mésoderme, puis joignons les uns aux autres les noyaux des trois feuillets, nous obtiendrons un réseau polygonal extrêmement compliqué. On peut concevoir de même un réseau semblable entre les molécules du cytoplasma. Eh bien, le réseau du cytoplasme représente celui de l’organisme futur. Cela ne

veut pas dire qu’il ait même forme et que les molécules dessinent réellement dans l’œuf un organisme en miniature. Non, car d’abord ces connexions sont immatérielles et d’autre part la forme du réseau n’a point d’importance et ses propriétés résultent des connexions des points nodaux et non de leurs distances respectives réelles. Le réseau dans un œuf segmenté dessine des pyramides ou des cônes emboîtés ayant leur sommet commun au globule polaire. [On le voit, c’est la théorie de la mosaïque , énoncée bien avant Roux].

THEORIE DE HALLEZ.

d’êlre adaptée par quelques modifications aux exigences de la question1. Admettons que le système rende compte de la différenciation anatomique ; la différenciation histologique reste inexpliquée et l’ontogénèse reste mystérieuse. Voici l’œuf fécondé prêt à se segmenter. Hallez nous le présente comme formé de molécules, représentant les cellules du futur organisme, disposées suivant un arrangement défini. La segmentation et la division subséquente les diviseront en lots déplus en plus petits jusqu’à ce qu’à la fin chaque molécule arrive dans la cellule à laquelle elle est destinée. J’admets que les forces qui maintenaient ces molécules dans leurs situations relatives dans l’œuf conduisent les cellules qui les renferment aux places qu’elles doivent occuper dans l’embryon à ses divers stades. Mais ces cellules ne sont pas toutes identiques. Les différences qui existent entre elles dépendent-elles des molécules représentatives ou d’autre chose? Ces molécules sont-elles de même nature ou ne diffèrentelles les unes des autres que par les forces qui règlent leurs positions relatives, ou bien diffèrent-elles aussi par leur constitution intime et régissent-elles par là les propriétés spécifiques des diverses cellules de l'organisme?Lesmolécules se multiplient-ellesdanslescellules de manière à constituer danschacune un toutcomplet comme dans l’œuf? Dans ce cas, les diverses molécules du réseau sont-elles identiques entre elles et comme formées par la multiplication d’une molécule unique, ou sont-elles diverses comme dans l'œuf? Si elles ne diffèrent en rien de l’œuf, pourquoi sont-elles inaptes à reconstituer l'organisme? Si l’œuf est autrement constitué qu’elles, comment s'établit dans l'ontogénèse cette différence de constitution?

[En somme, Hallez nous fait entrevoir une explication physico-mécanique de l’évolution et s’arrête sans l'avoir fournie].

c. Particules représentatives des caractères et propriétés

•le l’organisme.

Dans les systèmes que nous avons à étudier maintenant, les particules constitutives duprotoplasmareprésentent, non plus les cellules ou chantres

1 La théorie est si incomplète que l’on est embarrassé pour savoir à quelle catégorie la rattacher. Par ses molécules représentatives, elle se rapproche de la pangénèse, mais comme on ne sait rien de

l'origine de ces molécules, on ne sait pas s’il faudrait créer pour elle quelque catégorie à part. Nous la laissons ici provisoirement en appendice aux variantes de la pangénèse.

LES THÉORIES GÉNÉRALES

parties de l’organisme, avec leurs propriétés concrètes, mais les caractères et propriétés élémentaires qui, par leur combinaison variée en les divers points, peuvent constituer les caractères et fonctions complexes des diverses parties de l’organisme, cellules ou parties de cellules, tissus ou organes.

Les théories de Nageli, de de Yries et de Weismann sont toutes fondées sur cette hypothèse.

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