‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 215 sur 300 · THÉORIE DE DE VRIES · texte numérisé non relu

THÉORIE DE DE VRIES

seul de la cellule sexuelle mâle prend part à la fécondation1. Ce simple noyau transmet tous les caractères héréditaires du père. Ce phénomène jadis inconcevable se comprend aisément dans la théorie pangénétique, car le noyau contient tous les pangènes de l1 espèce et ces pangènes représentent tous les caractères que l'hérédité peut transmettre. Les pangènes provenant du mâle se mêlent, dans le noyau de l’ovule fécondé, à ceux provenant de la femelle et, de là, résulte le caractère mixte du produit. Là, les pangènes se multiplient, s’il y a lieu, de manière à pouvoir se diviser en deux lots identiques, comprenant chacun toutes les

sortes que contenait le noyau de 1 première division chaque noyau-fille

1 [On sait, au contraire, aujourd’hui que cela n’est pas vrai].

2 Roux a le premier clairement indiqué que la division longitudinale des filaments avait pour but la répartition entre les deux noyaux-fi 1 les des rudiments contenus dans le noyau-mère. C’est sans doute, en effet, dans cette division que se fait la séparation des pangènes en deux lots identiques.

L'individu considéré comme l’arbre généalogique de sr.s éléments cellulaires. — Tout le monde sait, depuis longtemps, que toutes les cellules de l’individu proviennent de la cellule-œuf par des divisions successives. Cependant on ne s’est, pas arrêté à l’idée très simple et très suggestive de considérer l’individu comme l'arbre généalogique de ses cellules. La cellule-œuf contient en puissance toutes les cellules de l’individu. Deux cellules naissent de sa division. A elles deux, elles représentent encore l’individu futur tout entier et chacune d’elles contient en puis sance une part nettement déterminée des cellules et des organes futurs. A chaque division il en est de même et, à tout moment de l’ontogénèse, on peut considérer l’individu comme formé d’éléments dont chacun contient en puissance une part (les éléments à venir. Et cela est vrai pour l’ontogénèse, non seulement au sens étroit, c’est-à-dire jusqu’à l’obtention delà forme parfaite, mais au sens large, c’est-à-dire en y comprenant les évolutions, qui se pour-

’ovule fécondé, et au moment de la prend pour lui un de ces lots2.

suivent après la naissance, à travers la jeunesse et l’âge adulte, jusqu’à la vieillesse et à la mort. On peut supposer tous les stades successifs de cette vaste ontogénie superposés les uns aux autres et concevoir une ligne partant simple de l’œuf, se divisant en deux branches, une pour chacun des deux premiers blastomères, et continuant ainsi à monter et se ramifiant de manière à relier chaque cellule aux deux qui proviennent de sa division. On obtiendra ainsi un vaste système dichotomique en forme de pyramide reposant sur la pointe, ayant une cellule à chaque point de division, dont chaque étage représentera un stade de l'ontogénie et dans lequel on pourra lire d’un coup d’œil la généalogie de chaque cellule et de chaque organe ou partie du corps.

[Nous avons vu (p. 170) que la priorité de cette conception appartenait à Bard (86); mais de Vries l'a précisée et développée].

Dans ce système il sera utile de distinguer les lignées germinales (Keimbahnen) des lignées somatiques (somatische Bahnen). Les premières sont celles qui aboutissent aux cellules normalement reproductrices (ovules, spermatozoïdes, grains de pollen, cellules terminales des bourgeons des plantes). Les secondes sont celles qui aboutissent aux tissus et organes non reproducteurs, aux cellules incapables de former un nouvel individu

LES THÉORIES GÉNÉRALES

La chose continue de la même façon, en sorte que chaque noyau contient toujours toutes les sortes de pangènes qui se rencontrent dans l’individu.

Toutes les lignées aboutissent à l’œuf primitif, mais, tandis que les lignées germinales ne sont composées que de cellules germinales sur tout leur parcours, les lignées somatiques sont composées de cellules somatiques, incapables de reproduction, jusqu’à leur rencontre avec une lignée germinale ;'à partir de là, elles sont germinales jusqu’à l’œuf, en sorte que l’on peut dire que les lignées somatiques naissent des germinales, tandis que l'inverse n’a jamais lieu. Mais la distinction n’est pas absolue entre les lignées germinales et les somatiques. Car il y a beau coup de cellules, somatiques en apparence, qui, dans des conditions particulières, se montrent douées du pouvoir reproducteur. On sait qu’il suffît souvent de piquer un peu profondément une branche, pour exciter une prolifération du cambium et provoquer la formation d’un bourgeon. Les cellules pseudo-somatiques capables de reproduire l’individu entier ne sont pas forcément des cellules jeunes et non différenciées comme celles du cambium. Ce peuvent être des cellules de tissus différenciés, c’est le cas pour les cellules des feuilles de bégonias.

Nous distinguerons ces lignées cellulai res aboutissant à ces cellules pseudo-somatiques douées de la puissance germinale sous' le nom de lignées germinales accessoires (Nebenkeimbahnen) par opposition aux lignées germinales principales (Hauptkeimbahnen) qui aboutissent aux cellules normalement reproductrices.

Ces lignées germinales accessoires établissent une transition insensible entre les lignées germinales et les lignées somatiques.

Sur quoi repose la différence entre les unes et les autres?

D’après Weismann, elle repose sur la constitution idioplasmatique du noyau, en ce sens que les cellules germinales et celles des lignées germinales contiennent

seules un plasma germinatif complet, identique à celui de l’œuf fécondé, tandis que l’idioplasma des cellules somatiques et de leur lignée manque de certains éléments et est, par là, radicalement privé du pouvoir reproducteur. Le plasma germinatif immortel s’oppose au plasma somatique qui est fatalement mortel. Cet auteur n’eùt pas admis une théorie aussi absolue s’il eût envisagé les plantes, où la distinction entre les cellules somatiques et les germinales est beaucoup moins radicale que chez les animaux. A l’inverse de Weismann nous pensons que, dans les lignées somatiques aussi bien que dans les lignées germinales, chaque noyau contient toutes les sortes de pangènes de l’individu, et si les cellules purement somatiques sont privées du pouvoir reproducteur, ce n’est pas par privation de certains éléments indispensables, mais par une adaptation, une différenciation, dans une direction différente, qui les a rendues impropres au travail reproducteur. Les cellules des lignées germinales accessoires sont des cellules germinales en train de devenir somatiques et chez lesquelles le pouvoir reproducteur n’est pas encore radicalement perdu et peut se révéler sous l’influence de certaines conditions.

On peut distinguer trois sortes de divisions cellulaires : la division phylêtique, c’est celle qui a lieu dans les lignées germinales, la division somatique qui a lieu entre les cellules des lignées purement somatiques, et la division somar chique qui a lieu dans une cellule germinale se divisant en deux autres, l’une qui continue la lignée germinale, l’autre qui commence une lignée somatique. Mais, dans les unes comme dans les autres, nous admettons, à l’inverse de Weismann, que toutes les espèces de pangènes passent du noyaumère à chacun des deux noyaux-filles.

Cependant il serait peut-être abusif d’admettre que cette intégrité du lot complet

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