THÉORIE DE DE YRIES
Comparaison de la pangénèse intracellulaire avec la pangénèse de Darwin. — Maintenant que notre théorie est exposée, au moins dans ses grands traits, nous pouvons la comparer à celle de Darwin, avec plus de précision que nous n’avons pu le faire jusqu’ici.
Darwin a, le premier, eu l’idée de l’existence de facteurs séparés des propriétés élémentaires des organismes. Nous lui avons emprunté cette idée, et nos pangènes ne sont autre chose que ses gemmules, plus affinés et mis au courant des progrès de la biologie cellulaire h Darwin avait admis que ses gemmules pouvaient circuler dans l’organisme et pénétrer dans de nouvelles cellules, en particulier dans les cellules germinales pour leur imprimer les caractères nouveaux acquis par les cellules somatiques. Cette hypothèse avait été émise pour fournir une explication à certains phénomènes dans lesquels se manifeste une action à distance. Ces phénomènes sont X hérédité des modifications acquises, les xénies et le mélange des caractères chez les hybrides de greffe.
Pour les modifications acquises, il y a lieu de distinguer entre celles qui intéressent les cellules somatiques et celles qui portent sur les cellules des lignées germinales. Pour ces dernières, l’hérédité du caractère nouveau s’explique d’elle-même sans recourir à une action à distance. La cellule modifiée lègue, en se divisant, son caractère nouveau aux deux cellules qu’elle engendre, celles-ci à leurs filles et ainsi de suite, jusqu’aux cellules reproductrices de la génération suivante 2. Quant aux cellules des lignées somatiques, leurs modifications ne sont pas transmissibles. On les a longtemps crues héréditaires, mais Weismann a démontré que toutes les observations sur lesquelles reposait cette croyance étaient incomplètes ou manquaient d’authenticité. La même objection peut être faite aux hybrides de greffe dont l’origine manque de certitude et aux xénies, qui ont besoin d’être plus rigoureusement étudiés avant de servir de base à une théorie de cette importance.
Les communications protoplasmiques pourraient peut-être permettre une action à distance sur les cellules germinales, mais leur généralité n’est pas démontrée. Pour qu’elles pussent servir à quelque chose, il faudrait que des pangènes venus de loin pussent entrer dans le noyau des
tinic peut reproduire l’actinie entière, et rons dans la critique générale du système],
c’est là un phénomène qui dépasse la 2 [De Vries ne donne pas toute cette exportée d’unesimple régénération etquiest plication, mais elle se comprend d’ellecomparable à labouture chez lesplantes]. même.
1 [Cela n’est pas exact. Nous le montre- [C’est certainement là son idée].
LES THÉORIES GÉNÉRALES
cellules germinales : or ils sortent du noyau, mais n’y rentrent jamais b
Tous ceux qui ont lu la théorie de Darwin ont remarqué avec quelle facilité merveilleuse, grâce à l’ingéniosité de l’auteur, elle expliquait les grands phénomènes biologiques autrefois incompréhensibles. On voit clairement, sans qu’il soit utile d’insister, que la théorie des pangènes jouit exactement du même avantage. Nous ne répéterons pas ces explications et n’insisterons que sur celles où la différence entre nos pangènes et ses gemmules apportent quelque changement.
Hérédité. — Tout caractère est représenté par un pangène ; ce caractère peut donc, comme ce pangène et avec lui, être transmis par la génération, et se manifester, ou rester à l’état latent pour entrer en activité à un moment donné sous l'influence de causes convenables.
Variation. — Un seul pangène suffit pour représenter un caractère, mais non pour l’exprimer. Aussi les pangènes doivent-ils se multiplier, et plus ceux d’une même espèce sont nombreux, plus le caractère correspondant est fortement exprimé. Cela peut arriver aussi bien dans le noyau des éléments reproducteurs que dans celui des cellules somatiques, et alors le caractère est transmis au descendant sous une forme plus ou moins accentuée. Il y a là une cause importante de variation individuelle. C’est à la multiplication plus ou moins active des divers pangènes dans les divers individus qu’est due cette oscillation de l’intensité des caractères autour d’une moyenne qui caractérise l’espèce, il peut y avoir aussi des modifications dans le groupement des pangènes, dans leurs proportions relatives, dans le moment et la durée de leurs phases d’activité et de repos.
Les influences extérieures ont une action sur ces phénomènes. Aussi un organe jeune est-il facilement modifiable, tandis qu’il devient plus rebelle à mesure qu'il vieillit, parce que ses pangènes l’ont modelé plus énergiquement.
Ainsi s’explique la variation que l’on pourrait nommer individuelle et sporadique . Quant à cette variation progressive et persistante qui aboutit à la formation d’espèces nouvelles, elle doit reposer sur une modification dans la nature même des pangènes.
On peut admettre que parfois des pangènes, en se divisant pour se
1 [Pourquoi se lier ainsi les mains par circonstances, rentrer dans, le noyau? une hypothèse que rien ne rend néces- [De Vries aurait vu les pangènes etob-
saire? servé leurs mouvements qu’il ne parle-
[Pourquoi ne pas admettre que les pan- rait pas avec plus d’assurance], gènes peuvent au moins, dans certaines