THÉORIE HE DE VRIES
multiplier, se partagent cil deux moitiés non identiques, en sorte que les deux pangènes-fîlles seraient différents du pangène-mère. Ainsi se créent de nouvelles espèces de pangènes qui, en se multipliant par division désormais identique, arrivent à manifester un caractère nouveau. Dès lors, à chaque espèce nouvelle, correspondent des pangènes nouveaux, nés de ceux de l’espèce-mère. Les pangènes ont donc leur généalogie phylétique comme les espèces elles-mêmes ; et les espèces ont entre elles le même degré de parenté que leurs pangènes.
La variation corrélative s’explique par la réunion de certains pangènes en groupes (gemmules composées de Darwin) soumis aux mêmes influences et subissant des modifications parallèles.
Régénération. — La régénération , la cicatrisation s'expliquent par le fait que les pangènes des cellules enlevées n'étaient pas limités à ces cellules, mais se trouvaient représentés aussi dans les cellules servant à la réfection b
Tératogénèse. — Si des pangènes destinés à ne sortir de l’état latent que dans certains organes deviennent actifs à une fausse place, ils produisent une monstruosité. Ainsi s'expliquent les phénomènes que les botanistes désignent sous le nom de métamorphose , par exemple la pétalodie des bractées. Elle est due à ce que des pangènes de feuilles entrent en activité dans des bractées.
Caractères latents et atavisme. — Les pangènes peuvent être latents et être transmis comme tels pendant de nombreuses générations; ils expliquent ainsi les caractères latents. Lorsqu’un caractère depuis longtemps perdu dans une espèce, réapparaît brusquement dans un individu isolé, c’est que le pangène ancestral existait latent chez cet individu et chez tous ses ancêtres, mais qu'il n’est devenu actif que chez celui-là. — Les pangènes latents permettent encore de comprendre pourquoi une modification n’apparaît dans une espèce que lorsque sa cause a agi pendant plusieurs générations. Il existe ainsi une multitude de caractères latents soumis à des variations multiples que nous ne voyons pas. Nous n'apercevons que le sommet des ondulations.
Après avoir exposé la théorie, nous allons montrer comme quoi les conceptions fondamentales sur lesquelles elle repose s'imposent inévitablement, et répondre aux objections qu’elles suscitent.
1 [Cela n’explique rien, car tous les pan- ceux-là seuls entrent en activité qui sont gènes ou à peu près étant présents dans nécessaires à la réfection des tissus entous les noyaux, on ne voit pas pourquoi levés].
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Indépendance des caractères. Nécessité de leur représentation par des facteurs séparés. — Un examen approfondi montre que les caractères élémentaires des organismes sont indépendants les uns des autres. Même les plus généraux comme, chez les plantes, le pouvoir de former de la chlorophylle, peuvent manquer dans certains cas. Un même caractère peut se retrouver dans les êtres les plus différents : ainsi le pouvoir de former des ferments dissolvant l’albumine se rencontre chez les animaux et chez les plantes carnivores. Inversement, dans un même organe, tous les caractères sont indépendants, comme le prouvent les faits de dichogénie, dans lesquels on voit deux caractères opposés se manifeste! l’un à l’exclusion de l’autre, par exemple lorsqu’un rhizome de pomme de terre donne des feuilles là où il est exposé à l’air; comme le prouvent aussi les faits de dimorphisme ou de polymorphisme sexuel ou autre. Les caractères morphologiques eux-mêmes peuvent être morcelés en caractères élémentaires indépendants, relatifs à la disposition, à la forme et au nombre des parties, etc... La preuve en est que l’on peut décrire, malgré leur extrême variété, toutes les formes des feuilles et des autres organes avec le petit nombre * de termes dont dispose la botanique descriptive pour ce besoin.
Mais ce qui démontre le mieux l’indépendance réelle des caractères, c’est leur variation indépendante.
Il n’est pas un seul caractère lié à d’autres par de tels liens qu’il ne puisse varier séparément b Les caractères se montrent indépendants, non seulement quant à la présence et à l’absence, mais même quant au degré. Un même caractère peut se rencontrer dans des êtres voisins ou éloignés à des degrés très variables formant une gamme étendue 1 2.
Il est bien évident que, si les caractères sont indépendants, ils sont
1 II est vrai que les espèces diffèrent par plusieurs caractères à la fois, mais il est probable que ces caractères ont été acquis successivement, séparément, en sorte que leur présence simultanée est une coïncidence et non le résultat d’une attraction, d’un enchaînement réciproque.
2 La réversion en fournit de nombreux exemples. Ainsi, une variété blanche d’une fleur rouge peut faire retour à la couleur rouge à tous les degrés, depuis une minime tache sur un seul pétale jusqu’à la couleur rouge totale en passant par toutes
les nuances du rose et par toutes les formes de panachure.
Les métis et les hybrides montrent aussi cette indépendance par la manière absolument variable dont se mélangent dans le produit les caractères des deux parents.
Un des parents peut même ne léguer qu’un seul caractère, comme ce bégonia qui, obtenu par croisement d’une espèce à couleur uniforme avec une espèce panachée, avait reçu, de cette seconde, uniquement le caractère panaché et rien de plus.