THÉORIE DE DE VR1ES
représentés par des facteurs matériels indépendants capables de s’unir en combinaisons quelconques pour former des caractères d’ensemble1. Si. par exemple, deux plantes, même éloignées, sécrètent l’une et l’autre un même acide ou un même alcaloïde, c’est qu’elles contiennent l’une et l’autre un même élément matériel, relatif à cette propriété.
Nécessité (le la migration intracellulaire des pangènes. — Nous avons vu que toutes les sortes de pangènes de l’individu sont représentées dans le noyau. Mais cela ne suffit pas : il faut que ces pangènes puissent exercer leur influence sur le cytoplasme. Nous avons expliqué cette influence par une migration des pangènes du noyau au cytoplasme, il faut maintenant légitimer cette hypothèse, prouver qu’elle se concilie avec tous les faits connus, répondre aux objections éventuelles et montrer que les autres tentatives d’explication sont insuffisantes.
La cellule n’est pas formée seulementd’un noyau etdu cytoplasma; elle est entourée d’une membrane et renferme des parties figurées : chromoleucites, amyloplastcs, granules albumineux, vacuoles, etc. On leur attribuait autrefois une origine néogénétique , c’est-à-dire qu’on les considérait comme formés par le cytoplasme. Mais, à cette manière de voir s’en est substituée une autre, la théorie panméris tique, d’après laquelle toute partie se forme uniquement par les parties similaires préexistantes et cette théorie gagne du terrain par les recherches nouvelles au fur et à mesure que l’ancienne recule. On doit admettre aujourd’hui que toujours sans exception, la membrane , les vacuoles (ou du moins leur paroi le tonoplaste) et les leucites, colorés ou non, proviennent, dans toute cellule, de la division des organites similaires de la cellule-mère. Remontant ainsi de cellule en cellule, on arrive à cette conclusion que tous ces organites, dans un organisme quelconque, proviennent des organites similaires de l’œuf, tout comme leur noyau provient de la division de celui de l’œuf.
Il y a là une seconde hérédité parallèle à celle du noyau et indépendante de lui.
Tous ces caractères extra-nucléaires qui se perpétuent et se transmettent ainsi doivent être représentés par des particules matérielles jouissantdes mêmes propriétés que les pangènes, et il est tout naturel et tout simple d’admettre que ce sont des pangènes mêmes, identiquesà ceux du noyau. En sorte que, dès avant l’intervention du noyau, le cytoplasma est formé de pangènes et de pangènes provenant exclusivement de l’ovule.
* [Nous montrerons dans la critique gé- nérale que cela n'est pas évident dutout].
LES THÉORIES GÉNÉRALES
Cependant les caractères du cytoplasme, dans un organisme produit par génération sexuelle, tiennent aussi bien de ceux du père que de ceux de lanière, quoique le père n’ait fourni qu’un noyau cellulaire à l’ovule fécondé1.
La reproduction sexuelle fournit donc la preuve irréfutable que le noyau exerce une action directrice sur le cytoplasme2, et, si l’on y joint toutes les autres preuves déjà connues, on voit que cette action est hors de discussion.
Comment l’expliquer?
Strasburger (84) invoque les excitations parties du noyau. C’est la
1 Les hybrides en donnent la preuve.
Celui du Phaseolus multiflorus à fleurs rouges et du P. vulgaris nantis à fleurs blanches a des fleurs roses, que ce soit l’un ou l’autre parent qui joue le rôledemâle. Or cette couleur est contenue dans le suc des vacuoles.
Les exemples de ce genre abondent. Il y a là une preuve évidente de l’influence énergique du noyau sur le cytoplasme.
Voici un autre exemple du même fait. Dans la copulation des zygosporées, Overton a montré que, chez les Spirogyra Weberi, espèce unispirée, le ruban chlorophyllien femelle se coupe en deux et le ruban mâle se soude aux deux moitiés par ses extrémités en s’intercalant entre elles. Donc, après ladivision, lorsqu’il y aura quatre cellules, le ruban des deux moyennes proviendra seulement du mâle et celui des deux extrêmes seulement de la femelle. Les cellules filles de celles-ci seront dans le même cas et, dans la plante définitive, le ruban chlorophyllien proviendra dans toutes les cellules exclusivement soit de celui de la femelle, soit de celui du mâle. La plante-fille cependant n’en participera pas moins dans toutes ses cellules des caractères des deux procréateurs. On peut généraliser cela et l’étendre à tous les organes du protoplaste qui, dans la copulation, se mêlent sans se fondre et proviennent les uns du mâle, les autres de la femelle. Cependant, sous l’action directrice du
noyau leurs caractères s'uniformisent aussi bien que s’ils avaient une origine mixte.
2 Mais est-il bien sûr que l’élément sexuel mâle ne fournisse absolument que du nucléoplasma à l’ovule fécondé?
Les spermatozoïdes des algues ne contiennent pas seulement de la substance nucléaire. Les réactifs qui dissolvent la nucléine laissent une enveloppe et le cil, et la pepsine, qui ne dissout pas la nucléine, dissout ces parties. Le spermatozoïde contient donc très probablement une membrane et une portion de cytoplasma dérivant des parties similaires de sa cellule-mère. Mais ces parties ne sont pas utilisées pour la fécondation. Par exception les spermatozoïdes des plantes peuvent contenir des chromoleucites, mais il n’est pas prouvé qu’ils jouent un rôle dans la fécondation. Il semble donc établi que la membrane et les autres organes du cytoplasme, en particulier les chromoleucites et les vacuoles, proviennent exclusivement de la mère.
Phylogénétiquement la chose a dû s’établir de la manière suivante : d’abord les deux éléments sexuels ont fourni chacun leur part de tous les organes du protoplaste (conjugaison), mais peuàpeu (il y a des intermédiaires) le mâle n’a plus fourni que le noyau, ayant dans celui-ci un moyen suffisant d’exercer son influence héréditaire sur toutes les autres parties.