‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 220 sur 300 · THÉORIE DE DE TRIES · texte numérisé non relu

THÉORIE DE DE TRIES

théorie dynamique . Mais il est évident que l’excitation ne suffit pas à elle seule, sans une substance excitable appropriée. Ce ne peut être une substance banale, identique dans toutes les cellules, qui réponde par tant de fonctions différentes aux excitations du noyau. Cette substance doit nécessairement être différente dans les cellules à fonctions différentes. Or, les qualités diverses de ce cvtoplasma sont héréditaires et l’observation des hybrides prouve qu’elles peuvent être léguées par le père. Donc elles dépendent du noyau et proviennent de lui. Cela nous ramène aux pangènes.

D’autres auteurs pensent que le noyau agit comme un ferment. Mais tout ferment suppose une matière fermentescible appropriée. Cette matière doit donc différer dans les cellules différentes et l’objection précédente s’applique intégralement.

La seule manière de concevoir cette action intégrale du noyau sur le cytoplasma est d’admettre que le noyau envoie dans le cvtoplasma des particules matérielles qui le modèlent et lui donnent dans chaque cellule son genre particulier d’activité : c’est la migration intracellulaire des pangènes 1 .

En somme, il est impossible, si l’on veut expliquer l’action du noyau et

1 Les pangènes sont invisibles, et l’on ne peut, songer à observer directement cette migration, maison connaît certains phénomènes mécaniques qui pourraient bien être en relation avec elle. Ce sont les courants protoplasmiques que l'on voit, dans les cellules très actives, aller en rayonnant du noyau dans le cytoplasma.

On ne voit pas le mouvement lui-même, mais il se révèle par la striation due aux granulations alignées et, si on observe assez longtemps, on constate des changements dans la forme des figures. On avait cru d'abord que ces courants ne se montraient que dans certaines cellules et Hofmeister avait affirmé qu'on ne les trouvait pas dans la période méristématique, c’est-à-dire dans la période où les cellules sont jeunes, où la voie de leur différenciation se dessine et où, par conséquent, elles ont le plus besoin de pangènes. Mais des observations plus précises ont montré que c’était, au contraire, un

THÉORIES DE I.’llÉRÉDITÉ.

phénomène tout à fait général. Welten et Went ont même reconnu que des courants plus énergiques se portent vers les points de la cellule où une activité plus grande est mise en œuvre. Chez les animaux, on n'a rien trouvé de pareil, mais les difficultés de l'observation sont beaucoup plus grandes et suffîsentà expliquer cette lacune.

[De Vides admet qu'il sort le nombre strictement nécessaire de chaque espèce de pangènes et que ces pangènes se multiplient ensuite dans le cytoplasma. Le nombre absolu des pangènes qui émigrent est donc très faible et ne nécessite pas un transport de granulations suffisant pour dessiner un courant énergique et continu.

[On voit aussi par là que de Vries ne songe pas à placer cette émission au moment où le noyau se divisant perd sa membrane.

[Il admet implicitement les pores dont Weismann parlera plus tard].

LES THÉORIES GÉNÉRALES

les phénomènes de la transmission des caractères par la reproduction, de se soustraire à l’hypothèse suivante qui résume toute la théorie : les caractères et propriétés élémentaires des organismes ont pour facteurs des particules matérielles, les pangènes, intermédiaires aux molécules chimiques et aux cellules ; la diversité immense des organismes repose sur la variété presque infinie des combinaisons possibles des pangènes ; les pangènes sont contenus à l’état latent dans le noyau qui sert à les transmettre à l’ovule fécondé dans la reproduction et, de cellule à cellule, dans l’ontogénèse; enfin, ces pangènes sortent du noyau et se répandent dans le cytoplasma, auquel ils infusent ses propriétés particulières, et la différenciation cellulaire résulte de ce que chaque cy toplasma reçoit seulement ceux dont il a besoin pour son évolution particulière et pour les fonctions qu’il doit remplir.

Critique.

De Yries propose sa théorie comme une variante de celle de Darwin, et ses pangènes comme des gemmules dont la circulation se limite à l'intérieur des cellules. Il est possible que, historiquement, il en soit ainsi et qu’il ait pensé à perfectionner la pangénèse .Darwinienne en imaginant la pangénèse intracellulaire. Mais, en fait, sa théorie se rattache à celle de Nægeli beaucoup plus qu’à celle de l’auteur anglais. Les pangènes n’ont rien de commun avec les gemmules. Celles-ci représentent des cellules, c’est-à-dire des unités matérielles d’un autre ordre avec leurs caractères concrets, ceux-là représentent des caractères élémentaires indépendamment des organes où ils s’expriment. Pour Darwin toutes les gemmules des cellules différentes sont différentes ; pour de Yries les pangènes de toute cellule peuvent se retrouver dans d’autres, associés différemment.

Entre les pangènes et les faisceaux micelliens de Nægeli, il y a, au contraire, conformité parfaite dans tout ce qui est essentiel. Ils ont la même signification dans l’organisme et jouent le même rôle. La seule différence entre les uns et les autres, c’est que ceux- ci sont des unités de second ordre composées d’éléments, les micelles, plus petits et disposés d’une au tre manière dans les cellules ; la seule ressemblance entre les pangènes et les gemmules, c’est qu’ils sont les uns et les autres des unités primitives, logées côte à côte dans les cellules qu’ils déterminent, et cette ressemblance leur est commune avec les bioblastes d Altmann, les plasomes de Wiesner et les déterminants dont Weismann va bientôt nous parler.

Page 1