LES ORGANES ACCIDENTELS DU CYTOPLASMA
particulier, leur présence ou leur absence n’est nullement accidentelle et ceux qui doivent s’y trouver y sont toujours.
Ces organes sont les vacuoles et les leucites.
Les vacuoles sont les unes contractiles et tout à fait permanentes, comme siège, comme forme et en quelque sorte comme individu ; les autres sont inertes et accidentelles, et il peut sembler étrange qu’on puisse les considérer comme des organes fixes. Elles semblent, en effet, de simples lacunes du cytoplasme, se formant là ou ailleurs indistinctement, aux endroits où s’accumule le suc cellulaire. Mais il n’est pas certain qu’il en soit ainsi. De Vries (85) s’est efforcé de démontrer que leur paroi, à laquelle il a donné le nom de tonoplaste , est une partie permanente et différenciée du cytoplasma. Ce tonoplaste aurait pour fonction de sécréter le suc des vacuoles et de le maintenir dans la fixité de composition nécessaire à l’accomplissement de ses fonctions.
Les leucites sont des différenciations locales du cyptoplasma végétal qui se présentent sous la forme de petits grains, plus denses que le reste, mobiles et ayant des fonctions diverses selon leur nature. Il y en a trois sortes : les leucoleucites ou amyloleucites , incolores, donnant naissance à des grains d’amidon; les chlowleucites servant de support à la chlorophylle dont on connaît les fonctions; et les chromoleucites formant les cristaux colorés qui donnent les couleurs rouges et jaunes aux pétales des fleurs b
Tonoplaste et leucites seraient d’après de Vries 85), comme le centrosome et le noyau, des organes spéciaux de la cellule, chargés de fonctions déterminées; comme eux ils se reproduiraient par division et, quand la cellule elle-même se divise, ils se partageraient par moitié entre les deux cellules-filles. La seule différence enfre eux et le noyau ou le centrosome, c’est que leurs fonctions étant plus spéciales, ils manquent dans les cellules où ces fonctions n’existent pas, tandis que ceux-là, ayant des fonctions indispensables, sont partout présents.
La question aune certaine importance théorique au point de vue de l’ hérédité. Si la théorie de de Vries est vraie, les vacuoles, la membrane, les leucites se trouvent avoir une lignée généalogique indépendante, à côté de celle du noyau. Toute plante ainsi tiendrait ces organes de sa mère seule par l’ovule, sans participation du noyau pollinique à leur for-
1 Les Allemands emploient une termi- cite, amyloleucite, ils disent plastide , nologic différente. En place de leucite, trophoplaste, chromoplaste, chloroplasle, cfiromoleucite, chloroleucite , leucoleu- leiicoplaste, cimyloplaste.
LES FAITS
mation. Si, dans un croisement, ils assument quelques caractères paternels, cela prouve que ces caractères sont dus à une influence du noyau sur le cytoplasma l.
1 L'opinion de de Vries sur ce point demande à être exposée et discutée avec quelque détail. D'après cet auteur, à la théorie ancienne tend à se substituer une théorie panméris tique, d’après laquelle toute partie se forme uniquement par les parties similaires préexistantes. Pour la membrane, on croyait savoir que, lorsqu’elle était partiellement détruite, elle était reformée par une simple exsudation du cytoplasma périphérique, et que, dans la division cellulaire, la cloison nouvelle naissait par un disque central s’accroissant peu à peu vers la périphérie et ne pouvant, par suite, tirer son origine de la membrane cellulaire. Mais ce n’est pas ainsi que les choses se passeraient.
Lorsqu’une cellule est blessée, qu'une de ses parties est excisée, la plaie se referme, le cytoplasma se soude à luimême, la membrane se rapproche, s’accroît et soude ses bords, et les vacuoles se referment aussi par le même procédé.
Deux fragments de cytoplasma isolés peuvent se souder à la manière des pseudopodes des rhizopodes. Leurs vacuoles se fondent en une seule. Mais il ne se forme pas toujours une membrane. Il faut pour cela que quelque fragment de la membrane ancienne soitresté adhérent.
Du moins n’a-t-on jamais pu démontrer l’absence de tels fragments dans les cas où on a vu cette membrane se reformer.
Dans la division cellulaire, Went a montré qu’il se forme d’abord dans le plan de la future cloison un anneau qui s’accroît jusqu’à atteindre la cloison. Or on n’a pu déceler par les réactifs la présence d’une membrane cellulosique dans l'anneau que lorsque celui-ci a atteint la paroi au moins en un point. Il reste donc possible que cette cloison cellulosique émane de la paroi.
Dans les cas de formation cellulaire endogène, il semblait impossible que les parois nouvelles provinssent de l'ancienne. Mais on sait aujourd’hui que, dans le sac embryonnaire, les œufs, les antipodes et les synergides sont immédiatement adossés à la paroi et non libres dans l'intérieur, et les recherches de Prohaska ont montré que ces trois sortes de cellules sont extérieures et non intérieures au sac embryonnaire et sont les sœurs et non les filles de celui-ci. Rien donc ne s’oppose à ce que leur membrane soit née d'une membrane préexistante.
Dans tous les autres cas de formation endogène (zoospores des algues, oospores des saprolégniées, endosperme des phanérogames) les cellules-filles naissent au contact de la paroi de la mère. C'est seulement dans les ascospores et dans l’œuf de l’oogone des péronosporées qu’il semble en être autrement, mais les observations dans ce cas sont toutes anciennes et mériteraient d’être reprises avec les nouvelles méthodes.
Les chromoleucites, granules porteurs de la chlorophylle, qui jouent un rôle si important dans presque toutes les plantes, ont également une existence et une reproduction indépendantes. Chez les plantes supérieures jeunes, ils sont d’abord incolores, puis se chargent de matière colorante: ils se multiplient par scission et, dans la division cellulaire, ils se partagent entre les deux cellules-filles. Les taches pigmentaires des zoospores ne sont que des chromoleucites d’une nature spéciale et se reproduisent de la même façon que les autres.
Quant aux vacuoles, elles ne sont pas de simples lacunes dans le cytoplasma.
Elles ont une paroi différenciée qui sécrète un suc vacuolaire de composition déter-