WEISMANN
Tliéorie des déterminants.
Exposé .
Constitution intime de l’idioplasma.
Il y a clans la cellule deux sortes de protoplasmes : celui du corps cellulaire ou morphoplasma , et celui du noyau, Yidioplasma l.
Il a été démontré dans les Essais (921) que, conformément à l’opinion deNægeli, le morphoplasma n'a qu'un rôle subordonné dans l’évolution de la cellule. Il jouit de la propriété de se nourrir, de s'accroître, de se diviser, mais il ne peut en aucun cas se modifier par ses propres forces. Le rôle directeur, dans la cellule, appartient au noyau et c’est lui qui détermine tous les changements qui se produisent dans la forme, la structure et les propriétés de la cellule depuis sa naissance jusqu’à sa mort2.
C’est donc surtout de l’idioplasma que nous devons nous occuper.
Les biophores. — La substance vivante diffère des substances chimiques les plus complexes par une propriété fondamentale, la nutrition, avec ses conséquences, l’accroissement et la reproduction. Les unitésfonda mentales du protoplasma ne peuvent donc pas être de simples molécules chimiques, même extrêmement complexes. Ce sont des unités d’ordre supérieur, des groupes de molécules chimiques ayant une composition et une structure déterminées. Nous les nommerons les biophores. Les biophores sont donc les unités fondamentales du protoplasma, douées de vie, c’est-à-dire capables, dans un milieu convenable, de se nourrir, de s’accroître et de se mutiplier par division. Ils sont les facteurs des caractères des cellules et il y a, dans chaque cellule, autant d’espèces de
1 Ce sont respectivement le trophoplasma et Yidioplasma de Nægeli.
2 La, découverte des centrosomes semblerait rendre au corps cellulaire une part au moins d’initiative dans la division cellulaire. Mais on ne sait d'où sort
le centrosome et, en outre, Hertwig a démontré, que, dans certains cas, la division longitudinale du cordon nucléaire peut précéder son apparition. Ce n'est donc pas lui qui détermine la division longitudinale et par suite la caryocinèse.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
biophores qu’il y a, dans cette cellule, de caractères élémentaires indivisibles. Ces biophores, appartenant à l’idioplasma, sont contenus dans le noyau. Mais la membrane nucléaire est percée de pores minuscules par lesquels ils sortent du noyau, se répandent dans le morphoplasma et lui impriment son cachet caractéristique h
Le caractère d’ensemble de la cellule, sa forme, sa structure, ses propriétés spéciales, sont la résultante de tous ces caractères élémentaires imprimés par les biophores au morphoplasma, qui leur sert seulement de support et de milieu nutritif. D'ailleurs, les biophores ne se répandent pas au hasard dans le morphoplasma; ils s’y disposent suivant une architectonique définie, sous l’action de forces qui nous sont d’ailleurs entièrement inconnues.
Le nombre des biophores d’espèce différente doit être immense, car immense est le nombre des caractères que peuvent assumer les innombrables cellules d’un être organisé supérieur. Mais cela n’est pas une difficulté, car, si l’on admet que le biophore comprend en moyenne un millier de molécules chimiques qui peuvent varier de l’un à l’autre; si l’on admet, en outre, que le caractère du biophore dépend, pour une part importante, de la disposition structurale de ces molécules, disposition qui peut varier de l’un à l’autre, on voit que le nombre des combinaisons possibles est pratiquement infini.
Les déterminants. — Les innombrables biophores contenus dans le plasma germinatif ne sont pas disséminés au hasard, car, s’il en était ainsi, on ne comprendrait pas comment, lorsqu’un organe varie, les biophores représentant cet organe dans le germe varieraient avec ensemble, tandis que les biophores, peut-être semblables, appartenant à d’autres rudiments, ne varieraient pas. Ils doivent donc former des groupes correspondant aux cellules et aux organes. En outre, les quelques biophores qui, contenus d’abord dans le plasma germinatif, doivent finalement se rencontrer dans une même cellule, n’ont besoin d’être séparés à aucun moment de l’ontogénèse. 11 est donc naturel d’admettre que, même dans le plasma germinatif, ils sont réunis en un groupe indissoluble. Ce groupe est le déterminant, ainsi nommé parce qu’il contient tous les facteurs de la détermination de la cellule en question.
Comme les biophores, les déterminants se nourrissent, s’accroissent et se multiplient par division.
1 [Cette idée appartient à de Vries, manu y ajoute seulement les pores que comme nous l’avons vu page 678. Weis- de Yries n’avait pas spécifiés].
THÉORIE DE WEISMANN. — DÉTERMINANTS
Il semblerait qu’il doive y avoir dans le plasma germinatif autant de déterminants qu’il y a de cellules à déterminer, c'est-à-dire qu’il y a de cellules dans l’être, y compris les stades de son ontogénèse. Mais, en y regardant de plus près, on voit qu’un même déterminant peut suffire à toutes les cellules qui sont forcément identiques, car il n'a qu’à se multiplier par division pour fournir à toutes. En fait, il faut et il suffit qu’il y ait autant de déterminants que de parties différentes susceptibles de variation individuelle. Il faut : car si deux parties différentes étaient représentées dans le plasma germinatif par un seul et même déterminant, elles recevraient chacune un déterminant identique, produit par la division en deux de ce déterminant unique ; elles seraient donc forcément identiques, ce qui est contraire à l’hypothèse. Il suffit : car si elles doivent forcément être identiques, un seul et même déterminant peut, en se divisant, leur fournir à* chacune le déterminant identique dont elles ont besoin h
Les ides. — Enfin il est bien évident que les déterminants ne sont pas mêlés au hasard dans le plasma germinatif. Il y a donc autant de déterminants que de parties différentes ou susceptibles de le devenir, disons donc : autant que de parties susceptibles de variation indépendante. Gela résulte nécessairement de la régularité minutieuse avec laquelle s’accomplit l’ontogénèse. Lorsque l’on voit l’œuf se diviser d’abord en deux cellules dont l’une représente la moitié droite, l’autre la moitié gauche du corps, comme chez les tuniciers, ou bien l’une l’ectoderme, l’autre l’endoderme, comme chez certains vers, il faut bien que les déterminants des moitiés droite et gauche du corps, ou ceux de l’ectoderme et de
1 Ainsi, les globules rouges du sang sont évidemment identiques, car, parcourant tous tout l’organisme, ils n’ont aucune ac tion individuelle ; il peut y avoir intérêt à ce que l’ensemble soit modifié, mais non à ce qu’une partie d’entre eux varie à l’exclusion du reste. Ils peuvent donc être représentés par un seul et même déterminant.
De même, des étendues plus ou moins larges d’épiderme, de poils, d’épithélium des muqueuses, des groupes de fibres musculaires, des masses de tissu conjonctif, etc., peuvent être aussi représentées par un déterminant unique et cela allège beaucoup la complexité du plasma germinatif. Cependant il ne faudrait pas aller trop loin dans cette sim-
plification et supposer que toute la peau d’une même région ou tous les cheveux, par exemple, puissent avoir un déterminant unique, car, si un père lègue àsonfils une mèche blanche à un endroit donné, ou un nævus, il faut bien que cette mèche ou la peau de ce nævus aient été représentés dans le plasma germinatif par un déterminant différent de ceux des autres poils ou des autres parties de la peau. Il est probable que c’est seulement par parties restreintes que les tissus et les organes semblables sont représentés par un même déterminant.
[C’est à Brooks (83) que revient la priorité de cette idée (Voir Théorie (/nierai e de cet auteur, p. G03, note)].
LES THÉORIES GÉNÉRALES
l’endoderme, aient été d’avance triés et réunis en deux groupes pour pouvoir être séparés par une seule section. Il en est de même pour les divisions suivantes. Cela conduit à admettre que les déterminants sont arrangés dans le plasma germinatif suivant une disposition architectonique rigoureusement définie. Chaque partie de l’organisme est représentée, à une place donnée, par le ou les déterminants qui lui appartiennent, et cette place est fixe et la même pour tous les individus de la même espèce h
Nous appellerons ide le groupe à structure définie contenant tous les déterminants nécessaires au développement de l’organisme.
Vide est, comme les unités précédentes, capable de se nourrir, de s’accroître et de se multiplier par division.
Les Liantes. — A priori, il ne serait pas nécessaire que le plasma germinatif contint d’unité d’ordre supérieur à l’ide, et l’on pourrait être tenté de penser que les chromosomes sont l’expression réelle des ides hypothétiques, en sorte qu’il n’y aurait qu’un petit nombre d’ides dans le plasma germinatif. Mais d’abord les chromosomes ne sont peut-être pas des formations permanentes, car pendant l’état de repos ils se fondent en un long cordon continu. En outre, les forts grossissements aidés de réactifs convenables ont montré, dans quelques cas, qu’ils sont formés d’une file de petits grains arrondis, séparés les uns des autres, les microsomies . Dès lors le chromosome ne saurait être le représentant de l’ide. Car alors les microsomes seraient les déterminants et il est impossible que cet arrangement banal et sans doute variable de particules en chapelet puisse correspondre à l’architecture fixe et complexe de l’ide. C’est donc le microsomie qui représente l’ide et les chromosomes sont des unités d’un ordre supérieur. Nous les nommerons les idantes.
Donc, en somme, l’idioplasma est formé d’un petit nombre Aidantes, les bâtonnets ou chromosomes ; ceux-ci sont formés d’une longue file d’ides en chapelet, les microsomies, dernière unité visible au microscope. Les ides sont formés d’un édifice extrêmement complexe de déterminants . Ceux-ci sont formés d’un petit édifice de biophores et enfin les biophores sont des édifices de molécules chimiques.
1 Ce n’est pas à dire pour cela qu'il y ait quelque ressemblance entre la disposition des parties de l’adulte et celle des déterminants correspondants dans l'œuf.
L’exemple cité plus haut, où nous voyons les déterminants de l’endoderme et ceux
de l’ectoderme former, dans l’œuf, deux groupes plus ou moins symétriques suffit à le prouver, car, dans le ver adulte, les tissus endodermiques et ectodermiques sont une disposition tout autre, plus ou moins concentrique et nullement juxtaposée.
THÉORIE I)E WEISMANN. DÉTERMINANTS
Comme les déterminants et les biophores, les ides et les idantes se nourrissent, s’accroissent et se multiplient par division et cela n’est plus une hypothèse, c’est un fait dont l’expression histologique est la division longitudinale du cordon nucléaire.
Dimensions absolues des unités idioplasmatiques . — Les déductions tirées de l’ondulation de la lumière, des phénomènes d’attraction ca pillaire et d’électrisation par contact, enfin de la théorie cinétique des gaz permettent d’attribuer au diamètre de la molécule 1/10 000 à 1/1 000 de soit en moyenne 5/10000 de p.. Admettons que le biophore contienne 1 000 molécules disposées en cube. Le diamètre du biophore sera 5/1 000e de p.. Le déterminant, contenant en moyenne une cinquantaine de biophores, mesurera environ 18 1 000 de p. . de diamètre. L’ide, c’est là une mesure réelle, a (chez Y Ascaris megalocephala) 8/10 de p.. Il ne peut donc contenir que moins de 100 000 déterminants (91 1*25 en admettant toujours la même disposition cubique). C’est là un nombre tout à fait insuffisant, car il y a dans le corps des êtres supérieurs bien plus de 100 000 parties différentes susceptibles de variation individuelle. Il n’y a d’autre issue que d’admettre que le volume d’une des unités invisibles (molécule, biophore ou déterminant) est plus petit qu’on ne croit b V ontogenèse. — L’idioplasma de l’œuf fécondé contient donc un certain nombre d’idantes, c’est-à-dire de chapelets d’ides que nous supposerons provisoirement identiques entre elles et dont chacune contient,
1 Ces divers degrés de complication de la matière vivante doivent avoir une expression phylétique.
Les êtres primitifs les plus simples ont dû être composés d’un seul biophore.
[L’auteur ne les nomme pas, on pourrait les appeler les monobiophorides]. Peutêtre n’en existe-t-il plus aujourd’hui.
Le premier degré de perfectionnement a été le groupement de plusieurs biophores semblables pour former un même individu. Ce sont les liomobwphorides. Nous ne les connaissons pas non plus.
Les Mtôro b ioplwrides , êtres formés de plusieurs biophores différents, constituent le troisième échelon. Ici, il doit y avoir, comme chez les êtres unicell niai res aujourd’hui existants, un dos et un ventre, une extrémité antérieure et une postérieure,
une zone corticale plus dense, une centrale plus molle, des appendices variés, etc.
Dans les deux groupes précédents, aucune disposition spéciale n'était nécessaire pour assurer la conservation des caractères dans la reproduction scissipare, car, de quelque manière que l’animal se coupe, ses deux moitiés sont identiques. Ici, il n’en estplus de même, chaque moitié est différente de l’autre et restera incapable de régénérer lamoitié différente, nécessaire pour compléter l’animal, sans l’aide de quelque disposition particulière. C’est le rôle du noyau, au début simple magasin de réserve de biophores, contenant toujours tous ceux nécessaires à l'animal au complet, en sorte que chaque moitié reçoitde lui ceux qui lui manquent pour reproduire l’autre moitié.
LES THÉORIES GÉNÉRALES
une fois seulement, tous les déterminants nécessaires au futur produit et aux divers stades de son ontogénèse.
Lorsque cet œuf se divise, les bâtonnets se fendent longitudinalement en deux, et chaque moitié contient exactement une moitié de chacun des microsomes que contenait le bâtonnet primitif. Ces demi-microsomes, un moment hémisphériques, se complètent bientôt et redeviennent sphériques en sorte que tout se trouve avoir doublé et l’œuf contient deux groupes, composés chacun d’autant de bâtonnets, c’est-à-dire d’idantes et d’autant de microsomes, c’est-à-dire d’ides qu’il y en avait eu tout au début. Quand la division est effectuée, chacun des deux premiers blastomères reçoit un de ces groupes et contient autant d’idantes et d’ides qu’en contenait l’œuf primitif. A la division suivante, les mêmes phénomènes se reproduisent, et ainsi de suite, jusqu’à la lin de l’ontogénèse, en sorte que chaque cellule de l’organisme contient autant d'idantes et d’ides que l’œuf fécondé. On sait que, pour les idantes, ce nombre fixe est une caractéristique spécifique d’organisme.
Mais que s’est-il passé au moment de la division longitudinale 9
Deux hypothèses sont possibles : ou bien chaque moitié a reçu la totalité des déterminants, dont chacun s’est doublé au préalable par scission, et la chose a continué ainsi jusqu’à la fin, en sorte que chaque cellule contient dans son idioplasma tous les déterminants que contenait le plasma germinatif 1 ; ou bien, à chaque division il s’est fait une répartition inégale des déterminants, chaque cellule recevant seulement ceux qui seront nécessaires aux tissus et organes qui dériveront d’elle. Dans le premier cas, il faut admettre que dans chaque cellule de l’organisme définitif tous les déterminants autres que le sien restent à l’état d’inactivité, ce qui suppose une multiplication inutile et une dépense superflue de déterminants. C’est donc le second cas que nous admettrons.
Les déterminants sont donc conduits, de cellule en cellule, jusqu’à celle où ils doivent arriver à la fin de l’ontogénèse, et là se dissocient en leurs biophores, qui sortent du noyau et se répandent dans le cvtoplasma pour le déterminer2.
1 [C’est l’hypothèse de de Vries pour ses pangènes].
2 Voici comment les choses se passent.
Supposons que les deux premiers blastomères A et B représentent l’un l’ectoderme, l’autre l’endoderme primitifs. A la première division, A reçoit tous les déter-
minants des tissus d’origine ectodermique et B tous ceux des tissus d’origine endodermique. Admettons que A se divise en deux autres, C et D, représentant l’une le futur épiderme, l’autre les tissus nerveux. C recevra tous les déterminants de l’épiderme, D tous ceux des centres nerveux,
THÉORIE DE WEISMANN. — DÉTERMINANTS. 703
Mais deux choses sont à remarquer. Il n'y a pas que les cellules définitives qui aient besoin d’être déterminées. Toutes les cellules transitoires de l’ontogénèse ont leurs caractères propres aussi bien que les cellules définitives. 11 faut donc qu’elles aussi soient représentées dans le plasma germinatif par un déterminant. Quand une de ces cellules ontogénétiques reçoit le lot de déterminants qu’elle doit transmettre, ce lot contient, en outre, son déterminant à elle, qui se dissocie et envoie ses biopbores au corps cellulaire pour le déterminer b •
Les déterminants sont donc ainsi transmis, de cellule en cellule, durant l’ontogénèse et, dans chaque cellule, un seul arrive à maturité, sort du noyau, et se dissocie pour la déterminer, tandis que les autres restent à l’état latent dans son noyau et se divisent en deux parts, une pour chacune des deux cellules qui proviendront de sa division.
Le même phénomène se passe à chaque division dans toutes les ides d’un même idioplasma. Chaque ide de chaque idante de l’idioplasma de la cellule sacrifie un de ses déterminants pour déterminer la cellule et partage les autres entre les deux cellules-filles du stade suivant2.
Le nombre des déterminants devrait donc décroître rapidement dans les ides, et on devrait voir celles-ci diminuer peu à peu de volume jusqu’à devenir aussi petites qu’un déterminant dans les cellules définitives où elles n’en contiennent plus qu’un. Or l’observation montre qu’il n’en est rien. Les microsomes et les chromosomes gardent le même aspect dans les cellules définitives que dans l'œuf. C'est que, à chaque division, l’ide récupère, par scission des déterminants qu’elle conserve, un nombre de déterminants égal à celui qu’elle a perdu; ou plutôt, dès avant sa division, elle
et ainsi de suite jusqu’à ce qu'à la fin, les dernières cellules de chaque lignée ne contiennent plus chacune que leurs propres déterminants. L’un de ceux-ci alors se dissociera en ses biophoresqui se répandront par les pores de la membrane nucléaire dans le corps cellulaire et lui imprimeront ses caractères particuliers.
1 Dans l’exemple précédent, la cellule C ne dure que quelques instants, depuis le moment où elle est née, avec D, de la division de A, jusqu’au moment où elle se divisera en E et F. Elle n’en est pas moins représentée par un déterminant propre dans le plasma germinatif et c’est ce dé.-
termi liant qui se détruira en elle par émission de ses biophores. Au contraire, tous les autres déterminants des cellules qui proviendront d’elle restent dans son noyau et à l’état d'inactivité pendant toute son existence.
2 [Si Eide du plasma germinatif en contient n, celle des premiers blastomères
en contiendra en moyenne celle
des blastomères du stade 4 n — 1
et ainsi de suite.]
LES THÉORIES GÉNÉRALES
double tous ses déterminants en sorte que le nombre total ne varie pas. A mesure que l’ontogénèse avance, Fide contient moins de déterminants différents, mais plus de déterminants semblables et, à la fin, elle n’en contient qu’une seule espèce représentée par autant d’échantillons qu’il y avait de déterminants différents dans le plasma germinatif1 II.
Telle est l'évolution de l'idioplasma au cours de l’ontogénèse. Deux points encore sont à mettre en lumière pour bien faire comprendre comment, dès l’œuf fécondé, le produit est entièrement déterminé jusque dans ses moindres détails.
Ce que nous avons exposé jusqu’ici explique bien comment chaque cellule est déterminée et comment, de par son rudiment dans l’œuf, sa forme et sa constitution finales sont définies à l’avance, mais la forme des organes dépend bien plus de l’arrangement des cellules que de leur forme individuelle et de leur nature. Aussi cet arrangement futur doit-il être déterminé dès l’œuf. Voici comment s’explique la chose.
L’ide du plasma germinatif contient tous les déterminants arrangés suivant une disposition définie. Cette disposition contient en elle-même les causes qui détermineront la division de l’ide dans tel sens et non dans un autre et par conséquent la répartition des déterminants dans les deux cellules-filles, et l’idioplasma tout entier contient en lui les causes qui détermineront la position des deux centrosomes et par conséquent le sens de la division du noyau et de la cellule. Dès que l’ide s’est divisée, elle reprend sa forme sphérique et ses déterminants prennent des positions nouvelles résultant : 1° de leur disposition primitive ; 2° de leurs attractions réciproques; 3° de la nécessité de faire place aux déterminants nouveaux nés par division des premiers. Mais ces deux derniers facteurs sont contenus presque complètement en puissance dansle premier, en sorte que l’édifice structural de l’ide des premiers blastomères est, sauf de minimes détails,
I [Cette multiplicité est d’ailleurs inutile, puisqu’un seul sort de chaque ide pour la détermination de la cellule et c’est là un argument contre l’interprétation qui sert de base à la théorie.]
II y a cependant une restriction à faire à cette description. Les choses ne se passent ainsi que dans les divisions que nous avons appelées hétérogmes dans la théorie des Essais (92i) (Voir p. 544). C’està-dire dans celles où les deux cellules-filles sont différentes l’une de l’autre.
Mais dans les divisions homogènes, lorsque, par exemple, la cellule mère d’une zone épithéliale restreinte dont tous les éléments sont identiques, se divise plusieurs fois successivement jusqu’à ce qu’elle ait fourni tous ses produits, à chaque division les déterminants doublent de nombre et se répartissent également entre les deux cellules-filles, en sorte qu’il n’y a pas diminution du nombre des déterminants différents contenus dans l’ide.
THEORIE DE WEISMANN
DETERMINANTS.
la conséquence forcée de la disposition structurale des déterminants dans l’ide de l’œuf fécondé. Mais cette disposition des déterminants dans l’ide des deux premiers blastomères contient la cause pour laquelle le prochain centrosome apparaîtra en tel point précis et non ailleurs et par conséquent la cause du sens de la prochaine division par rapport à la précédente. La disposition des ï blastomères du 2e stade est donc contenue en puissance dans le 1er stade, celle des deux du 1er stade dans l’œuf fécondé et, par conséquent, dès l’œuf fécondé, était définie la disposition réciproque des W premiers blastomères. La même explication peut se continuer indéfiniment et elle permet de comprendre comment, dès l’œuf, sont définies, sauf de légères variations, les dispositions des cellules de l’organisme futur.
Ainsi, chaque cellule de chaque degré ontogénétique a sa position relative'définie d’avance par la structure de l’ide du plasma germinatif, et chaque déterminant de ce plasma sera conduit, de division en division, jusqu’à la cellule où il doit aboutir et dans laquelle il arrivera juste au moment où, étant parvenu à maturité, il se dissociera en ses biophores qui se répandent dans la cellule pour la déterminer L
Ces deux phénomènes de la maturation du déterminant et de son ar-
1 [Dr: Yhies a objecté à cela que l’étude des galles fournit la preuve directe que chaque cellule contient d’autres particules déterminantes que celles qui déterminent ses caractères normaux. Beyerink, en effet, a constaté (pie les galles forment des tissus nouveaux identiques à ceux qui se trouvent ailleurs dans la plante, mais qui normalement ne se forment pas au point où est la galle. Ainsi, sur les galles des feuilles, se forment des cellules semblables à celles de l’écorce de la tige ou des racines. Les galles produites par la Cecidomya Pose sur le Poa nemoralis forment des racines que l’auteura vues se développer normalement et pousser des ramifications. Il y avait donc là, dans les cellules de la partie aérienne, des pangènes des racines, dont rien sans cela n’eût fait soupçonner l’existence. Plus remarquables encore sont les galles produites par le Nrmatus vinsinalis sur le Salix purpurea. Elles restent très vivaces,
TIIÉOIUES DE L HÉIŒDITÉ.
même après que les parasites les ont quittées; plantées en terre humide, elles poussent des racines aussi bien à 1a. face interne qu’à l’externe. Ces racines atteignent plusieurs centimètres, elles se ramifient et l’auteur s’est assuré qu’elles avaient une structure identique à celle des racines normales. Or ces dernières ont la faculté de former des bourgeons adventifs capables de reproduire la plante entière. Il n’est donc pas douteux que ces racines de la galle ne puissent en faire autant, en sorte que l’on a, dans les cellules du tissu gallifère, non seulement des pangènes déracinés, mais, sans nul doute, tous les pangènes de la plante, c’est-àdire, contrairement à la théorie de Weismann, du plasma germinatif dans des cellules somatiques.
[Mais l’expérience n’a pas été faite, et Weismann ne manquera pas de tirer de là une objection].
LES THÉORIES GÉNÉRALES
rivée clans la cellule à laquelle il est destiné sont entièrement connexes et ne peuvent s’accomplir séparément1.
La formation des cellules germinatives . — Il a déjà été expliqué dans la théorie des Essais que le soma ne peut reformer le germe, qu’aucune cellule du corps ne saurait revenir à la structure de l’œuf dont elle descend. Dans la conception nouvelle, la chose se précise et devient plus claire. Il est évident qu'une cellule de n’importe quel degré ontogénétique ne peut récupérer les déterminants qui lui manquent. Dès lors, 1a, théorie de la continuité du plasma germinatif s’impose. A chaque division de l'œuf fécondé, et des hlastomères qui dérivent de lui, une des deux cellules reçoit, outre son lot de déterminants, un exemplaire de réserve de la collection complète et, tandis qu’elle partage son lot entre ses deux filles, elle remet à une seule d’entre elles l’exemplaire complet de réserve qu’elle tenait de sa mère; et cela se continue ainsi jusqu’à la cellule mère des cellules germinatives qui ne contient plus, outre son précieux dépôt, que son déterminant propre et ceux des cellules germinatives qui vont naître d'elle. A partir de ce moment, la chose change, ce plasma germinatif jusque-là inactif, va, à chaque division, doubler tous ses déterminants, en sorte que chaque cellule-fille en recevra un lot complet. Ainsi nous arriverons aux cellules germinatives définitives qui contiendront chacune un plasma germinatif complet, plus un déterminant unique, ovogène ou spermogène, qui, d’ailleurs, répandra immédiatement ses biophores dissociés dans le morphoplasma et disparaîtra en le déterminant2.
1 Nous avons dit que l’organisme futur était déterminé dans l’œuf fécondé, sauf de légères variations. Ces variations individuelles sont dues aux conditions ambiantes provoquant une nutrition plus ou moins rapide de quelques biophores, ou déterminants, ou cellules, parrapportaux autres, ce qui fait qu'ils se multiplient un peu plus ou un peu moins, provoquant ainsi une légère variation dans le sens de la division et dans la disposition réciproque des cellules ; mais elles sont peu importantes.
Leu jumeaux dits identiques , et de même sexe, dont on a cité quelques exemples et que leurs proches parents seuls peuvent distinguer l’un de l’autre, donnent une idée du faible degré de ces variations. On
peut considérer, en effet, ces jumeaux comme provenant du dédoublement d’un même œuf fécondé et exprimant, par leurs différences, les différences que les conditions de ce genre peuvent mettre entre deux organismes issus d’un même plasma germinatif.
2 Ainsi se trouve éliminée une difficulté qui existait dans la théorie des Essais. J’avais conclu à l’existence nécessaire d’un plasma ovogène et interprété le premierglobule polaire comme servant à son élimination. Plus tard il a fallu renoncer à cette manière de voir et reconnaître que les deux globules polaires éliminent du plasma germinatif. La question de l’élimination du plasma ovogène restait donc irrésolue. Elle est résolue maintenant. Ce
THEORIE DE WEISMANN
DETERMINANTS.