‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 232 sur 300 · THÉORIE DE DESCARTES · texte numérisé non relu

THÉORIE DE DESCARTES

DESCARTES (1662) Exposé de la théorie.

Comment s entretiennent et s'accroissent les organes qui forment le corps. — Les viandes digérées dans l’estomac livrent au sang leurs parties les plus subtiles et celui-ci les distribue dans tout le corps en les laissant sortir, au contact des organes, par les petits pores dont les vaisseaux sont percés, et assure ainsi la nutrition des parties solides. « Et pour concevoir comment ces particules se meuvent, il faut penser que toutes les parties solides ne sont composées que de petits filets diversement étendus et repliés, et quelquefois aussi entrelacés, qui sortent chacun de quelque endroit de Tune des branches d’une artère; et que les parties fluides, c’est-à-dire les humeurs et les esprits, coulent le long de ces petits filets par les espaces qui se trouvent autour d’eux, et y font une infinité de petits ruisseaux, qui ont tous leur source dans les artères, et ordinairement sortent des pores de ces artères qui sont les plus proches de la racine des petits filets qu’ils accompagnent; et qu’après divers tours et retours qu’ils font avec ces filets dans le corps, ils viennent enfin à la superficie de la peau par les pores de laquelle ces humeurs et ces esprits s’évaporent en l’air.

« Or, outre ces pores par où coulent les humeurs et les esprits, il y en a encore quantité d’autres beaucoup plus étroits, par où il passe continuellement de la matière des deux premiers éléments que j’ai décrits en mes Principes; et comme l’agitation de la matière des deux premiers éléments entretient celle des humeurs et des esprits, aussi les humeurs et les esprits, en coulant le long des petits fdets qui composent les parties solides, font que ces petits filets s’avancent continuellement quelque peu, bien que ce soit fort lentement, en sorte que chacune de leurs parties a son cours depuis l’endroit où ils ont leurs racines jusques à la superficie des membres où ils se terminent, à laquelle étant parvenue, la rencontre de l’air ou des corps qui touchent cette superficie l’en sépare; et à mesure qu’il se détache ainsi quelque partie de l’extrémité de chaque filet, quelque autre s’attache à sa racine, en la façon que j’ai déjà dite. Mais celle qui s’en détache s’évapore en l’air, si c’est de la peau extérieure qu’elle sort; et si c’est de la superficie de quelque muscle ou de quelque autre partie intérieure, elle se mêle avec les parties fluides, et coule avec elles

LES THÉORIES GÉNÉRALES

où elles vont, c’est-à-dire quelquefois hors du corps, et quelquefois par les veines vers le cœur, où il arrive souvent qu’elles rentrent » [p. 460-461 j.

« Je ne détermine rien touchant la figure et l'arrangement des parcules de la semence, il me suffît de dire que celle des plantes, étant dure et solide, peut avoir ses parties arrangées et situées d’une certaine façon, qui ne saurait être changée que cela ne les rende inutiles; mais qu’il n’en est pas de même de celle des animaux, laquelle étant fort fluide et produite ordinairement par la conjonction des deux sexes, semble n’être qu’un mélange confus de deux liqueurs, qui, servant de levain l’une à l’autre, se réchauffent, en sorte que quelques-unes de leurs particules, acquérant la même agitation qu’a le feu, se dilatent et pressent les autres, et par ce moyen les disposent peu à peu en la façon qui est requise pour former les membres. Et ces deux liqueurs n’ont point besoin pour cela d’être fort diverses; car comme on voit que la vieille pâte peut faire enfler la nouvelle, et que l’écume que jette la bière suffit pour servir de levain à d’autre bière, ainsi il est aisé à croire que les semences des deux sexes se mêlant ensemble servent de levain l’une à l’autre.

« Or, je crois que la première chose qui arrive en ce mélange de la semence, et qui fait que toutes les gouttes cessent d’être semblables, c’est que la chaleur s’y excite, et qu’y agissant en même façon que dans les vins nouveaux lorsqu’ils bouillent, ou dans le foin qu’on a renfermé avant qu’il fût sec, elle fait que quelques-unes de ses particules s’assemblent vers quelque endroit de l’espace qui les contient, et que là, se

dilatant, elles pressent les autres qui les environnent ce qui commence à

former le cœur » [p. 466-468].

Pour ce qui est des autres organes c’est la poussée du sang qui détermine les formations, et ce sont les particules qu’il contient qui viennent selon leur subtilité, leur degré d’écbautfement et le cours que leur impriment les parties déjà formées, se condenser et se grouper ici ou là pour former en chaque endroit les peaux et les filets dont tous les organes sont constitués.

[Nous nous abstenons de résumer ses idées sur la formation des autres organes. Son explication est toujours la même et les citations que nous avons faites suffisent pour en indiquer l’esprit].

Critique .

Descartes a tenté l’œuvre impossible à son époque d’expliquer la pre-

Page 1