‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 253 sur 300 · Variai ion plasmatique · texte numérisé non relu

Variai ion plasmatique

La variation plasmatique est celle qui intéresse directement le plasma germinatif. Elle doit donc être toujours héréditaire. Elle peut être un résultat immédiat de la maturation ou de la fécondation de l’œuf, ou se produire pendant la formation de l’élément sexuel par l’intermédiaire des cellules des lignées germinales qui relient l’œuf de la génération précédente à celui de la génération suivante. Il n'y a pas d’autres éventualités possibles. Examinons-les successivement.

а) Variation pendant la formation de l’œuf. — La théorie de la continuité du plasma germinatif suppose que ce plasma se divise dans l’œuf en deux parts identiques, une pour la génération actuelle, l’autre pour la génération suivante. Elle n’admet que des divisions homogènes clans la lignée des cellules germinatives. Galton (75) pense, au contraire, que ces deux parts sont complémentaires l'une de l'autre et naissent cl’une division fortement hétérogène. Il est plus probable qu'il n’y a ni identité ni opposition, que l’œuf de la génération suivante est seulement très semblable à celui de la précédente. Nous avons montré, en effet, que le premier descendait du second par l’intermédiaire des cellules très peu, mais toujours quelque peu différenciées ; il comprend donc dans sa lignée ascendante, en outre des homogènes, au moins quelques divisions un peu hétérogènes. Il y a donc toutes chances pour qu’en revenant à la constitution de l’œuf qui lui a donné naissance, il ne l’atteigne pas tout à fait exactement. L’hypothèse la plus probable est que l’œuf, dès avant sa maturation, est quelque peu différent de celui des générations précédentes au même stade. Il y a là un élément de variation.

б) Variation par le fait de la maturation. — Les divisions réductrices de la maturation peuvent être, comme l’a avancé Weismann, un élément important de variation (*).

(*) Voir p. 1 10, note, comment nous concevons la possibilité d'une réduction qualitative compatible avec la division longitudinale des chromosomes, mais tout autrement comprise que celle de Weismann.

LA THÉORIE DES CAUSES ACTUELLES

Mais ce changement doit être tout autre que ce qu’imaginent les partisans du rôle directeur du noyau et ceux des particules représentatives. 11 est moins spécial que ne pensent ceux-ci et moins grand que ne croient ceux-là. Il n’y a ni rejet de facteurs de caractères déterminés, d’éventualités évolutives précises, ni altération de la seule partie essentielle de la cellule; il y a simplement un changement dans la constitution physicochimique d’une partie de l’œuf. Le noyau réduit constitue un appareil physico-chimique quelque peu diffèrent, qui se comporte un peu autrement dans les réactions chimiques et les échanges osmotiques qui interviennent entre lui et le cytoplasma et qui modifient secondairement celuici. L’œuf étant un peu modifié dans sa constitution, l’est aussi dans ses propriétés et en particulier dans sa division. Quelque changement se produit dans la position de son plan de segmentation et dans le mode de répartition de ses substances entre ses cellules-filles ; ainsi les deux premiers blastomères se trouvent quelque peu modifiés, et de même de proche en proche toutes les cellules de l’ontogénèse.

y) Variation par la fécondation. — La fécondation est, comme l’ont très bien montré divers auteurs et en particulier Weismann, un facteur important de variation; ce qui n’empêche pas qu’elle soit en même temps, comme l’a prouvé Strasburger (84) l, un des facteurs de la fixité de l’espèce, en noyant dans la moyenne les variations individuelles. Bien entendu cette variation, si notre théorie est vraie, doit se comprendre, non comme un apport de facteurs spécifiques nouveaux, mais comme le mélange' à des substances chimiques et à des forces physiques déterminées, de substances et de forces semblables, mais un peu différentès, en sorte que le complexus physico-chimique qui en résulte est un peu different de ce qu’il était auparavant.

Tous ces changements affectent le plasma germinatif dans son ensemble, mais ils peuvent, comme nous l’avons vu plus haut, être fort inégalement répartis dans le corps par l’effet des divisions hétérogènes et donner l’illusion de modifications particulières et localisées. Les variations dues à ces diverses causes sont très inégales en intensité. Le plus souvent elles sont modérées et constituent de simples particularités individuelles; parfois elles sont considérables et deviennent des cas tératologiques. Elles sont naturellement héréditaires et, par là, semblent pouvoir servir à la for-

1 Weismann le reconnaît lui aussi (Voir 2 Voir la note cle la page 814.

p. 724, note).

LA VARIATION ET SA TRANSMISSION HEREDITAIRE

mation des espèces. Mais elles sont irrégulières, inconstantes, individuelles. Pour qu’elles puissent servir d’origine à des formes nouvelles, il faut donc qu’elles soient fixées, dirigées, soit par la sélection, soit autrement.

Nous examinerons dans le prochain chapitre s’il en est ainsi.

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