LA COMPLICATION PROGRESSIVE DES ORGANISMES
rapport, la substance nouvelle s’introduit d’abord simplement dans la cellule à titre additionnel, sans faire immédiatement partie delà molécule chimique des substances albumineuses du protoplasma et, tant qu’il en est ainsi, elle peut être expulsée par un changement de régime. Mais, peu à peu, elle s’incorpore à l’édifice chimique, il vaudrait mieux dire aux divers édifices chimiques du protoplasma cellulaire et, désormais, ne peut plus être expulsée. Bien plus, elle devient dès lors nécessaire, et l’organisme souffre si elle vient à être supprimée de l’alimentation.
Donc, règle générale, toute variation est complicative. Il peut y avoir des exceptions, mais le sens général du phénomène est celui que nous indiquons.
L’addition de la substance nouvelle rend possible une nouvelle différenciation histologique. Si, comme nous le pensons, la différenciation histologique repose sur la séparation, dans des cellules déterminées, et par le moyen de la division hétérogène, d’un protoplasma où une (ou quelques) substance prédomine sur les autres, il est évident que, grâce à la substance nouvelle, une nouvelle catégorie de cellules pourra se différencier en même temps que les anciennes cellules seront plus ou moins modifiées. Et ces nouvelles cellules pourront donner naissance à un nouvel organe ,et à une nouvelle fonction.
Il est â remarquer que (oute substance nouvelle arrachée au monde inorganique sert non seulement à l’espèce qui a réussi à l’incorporer, mais à l’ensemble ou du moins à une nombreuse catégorie d’espèces, car les animaux se mangent entre eux, ils mangent les végétaux, et ceux-ci se nourrissent des produits de la dissolution des animaux. D’ailleurs la substance nouvelle aura, dans chaque protoplasma où elle prendra place, un effet différent, en raison de la différence des combinaisons qu’elle y rencontre. C’est ainsi que le fer, arraché sans doute aux roches ferrugineuses par les végétaux, qui en ont formé un élément de leur chlorophylle, est devenu, chez les animaux, un élément de l'hémoglobine où il joue un rôle tout autre que dans le chlorophylle des végétaux. Enfin la complication n’a pas de limites, car ce ne sont pas seulement les corps simples comme le fer, mais les combinaisons simples du règne minéral, comme le chlorure de sodium, et les combinaisons complexes du monde organique, comme les corps gras, les composés aromatiques ou leurs radicaux, qui peuvent prendre place dans le protoplasme à titre d’élément indépendant.
Aussi Danilevsky a-t-il grandement raison quand il conseille de se
LA THÉORIE DES CAUSES ACTUELLES
méfier des substances diverses que Ton introduit dans le corps à titre d’aliments, d’excitants ou de remèdes, l’alcool, la morphine, la cocaïne.
En prenant place dans la cellule, elles produisent un mal réparable sinon chez l'individu du moins dans l’espèce. Que feraient-elles de nous le jour où elles auraient pris place dans une molécule chimique du protoplasma? Peut-être rien de pire, peut-être d’excellents effets, car leur rôle peut changer avec leur mode de combinaison, mais cela est peu probable et il est plus prudent de ne pas l'essayer.